‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 86 sur 242 · CUcvati ts, oM-llj · texte numérisé non relu

CUcvati ts, oM-llj

LE COU VERNKUENT. — LES HOMMES. l-iT

orateurs qu'on écoulait le plus. Dans une première délibération il obtint la condamnation à mort de toute la. population mâle de la ville révoltée. Une seconde délibération qui eut lieu le lendemain donna aux Athéniens le temps de revenir, malgré Cléon, sur leur premier vote; on se contenta d'exécuter les chefs et les principaux partisans de la révolte, au nombre de mille. Cléon avait soutenu la nécessité d'une vengeance plus terribledans un discours conservépar Thucydide, où la théorie de la raison d'État est développée avec hardiesse, et où ne manquent pas les aperçus politiques qui prouvent la sagacité de Cléon. Pour bien comprendre son discours, il faut se représenter l'empire d'Athènes comme une province en état de siège, où des mesures sanguinaires peuvent être prises en raison du danger couru. Les Athéniens en guerre avec Lacédémone agissaient à l'égard de leurs colonies comme nous agirions nousmêmes, toutes proportions gardées, en cas de révolte de l'Algérie, si cette révolte éclatait pendant que nos armées seraient à combattre sur le Rhin. 11 faut aussi tenir compte des idées de l'antiquité en matière de conquêtes et d'empire colonial. Le droit des vainqueurs était absolu et n'avait d'autres limites que leur intérêt. L'adversaire de Cléon, Diodote, n'essaie même pas de réfuter la thèse de Cléon; il discute seulement l'opportunité de la vengeance. Cléon ne faisait d'ailleurs que suivre la tradition établie par Périclès lui-même. Périclès avait dit de l'empire athénien ; c Votre empire est une tyrannie; il peut sembler injuste de s'en être emparé, mais y renoncer serait périlleux *. i De même Cléon disait : c Vous ne voyez donc pas que votre empire est

i. Thucydide, II, 63, 2

une tyrannie élevée contre des sujets qui vous tendent des embûches, et supportent à contre-cœur votre domination * .1 De plus, entre les paroles de Périclès et celles de Gléon, plusieurs années s'étaient écoulées; les dangers que le premier redoutait pour Tavenir s'étaient manifestés; les alliés ne pouvant être maintenus dans l'obéissance que par la force, la mort des rebelles était le seul moyen d'empêcher d'autres rébellions. Il faut enfin se figurer Texaltation des sentiments dans une ville entourée d'ennemis, où les motions les plus extraordinaires trouvaient leur explication et leur excuse dans la surexcitation du patriotisme. Cléon n'avait d'ailleurs rien à gagner personnellement, à prendre une attitude intransigeante; sa conversion à la clémence aurait été une concession aux sentiments de la majorité, et lui aurait valu plus d'applaudissements que son obstination dans la férocité. On ne peut donc expliquer sa conduite en cette circonstance que par les suggestions d'un patriotisme étroit et fanatique dans une âme portée au soupçon et incapable d'humanité. Un peu plus tard, pour les mêmes raisons, Gléon conseilla le massacre des habitants de Scioné*.

En 427-426, Gléon était sénateur. Il déploya dans Texercice de ces fonctions la plus grande activité, surveillant l'état des affaires au dedans et au dehors, faisant voter l'envoi d'une flotte en Sicile et la levée d'une contribution extraordinaire, dénonçant l'indiscipline des chevaliers, les menées des riches, intentant un procès de concussion au stratège Lâchés après son retour de Sicile, montrant partout cette vigilance agitée et inquiète jui soulève les haines sans corriger personne. Le peuple,

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