Chevaliers
3. Chevaliers^ 255. 11 n'est pas question du triobole dans les Anhanùcns, d'où l'on conclut que la mesure a été prise entre les ilcux rcprùboulations. Cf. MuUcr Slrubing, livre cité, p. 149 et suiv.
d'autre part les revenus des citoyens pauvres diminuaient, plus il fallait leur permettre de vivre aux dépens de l'État, pour leur laisser le temps de l'administrer. Les deux mesures étaient logiques et imposées par les circonstances.
Réélu stratège en 424, Cléon, qui se sentait plutôt les talents d'un administrateur que ceux d'un général, ne prit aucune part aux expéditions de cette année. Il veillait à tout, de loin. Parmi ces expéditions, la plus malheureuse fut celle d'Euclès et de Thucydide l'historien en Thrace. Elle eut pour résultat la perte d'Amphipolis. A la suite de cette campagne, Thucydide, mis en accusation et sans doute condamné à mort, partit pour l'exil. Il est impossible que Cléon soit resté étranger à ce procès. La situation prépondérante qu'il occupait alors, son caractère, les précédentes accusations qu'il avait soutenues contre d'autres généraux, tout démontre que Cléon a dû contribuer à la condamnation de Thucydide. Le biographe de Thucydide l'atteste, et il est probable qu'il a dit vrai. Cette condamnation fut-elle méritée ? Le dossier de l'affaire est trop incomplet pour que Ton puisse se prononcer en connaissance de cause. Il est du moins incontestable que Thucydide envoyé, à cause de ses relations en Thrace, au secours d'Amphipolis menacée par Brasidas, ne sut pas ou ne put pas prévenir les intrigues de l'ennemi et laissa la ville tomber dans ses mains. Cet échec eut pour Athènes les conséquences les plus désastreuses : c'était le premier coup sensible porté à sa puissance. La chute d'Amphipolis arrivant, presque immédiatement après la défaite sanglante de Délium exaspéra les Athéniens. Malheureuxou coupable Thucydide devait être victime de cette exaspération. Cléon, qui jouait auprès des stratèges envoyés en expé-
dilion le rôle des envoyés de la Convention auprès de nos généraux, dénonça Thucydide comme il avait, un peu auparavant, dénoncé trois autres stratèges, Sophocle, Pythodore et Eurymédonau retour d'une expédition en Sicile, sous prétexte, dît Thucydide, « qu'ils auraient pu soumettre la Sicile, et qu'ils s'étaient laissé gagner par des présents ^» C'était le système du terrorisme appliqué aux chefs d'armées, comme si la crainte des condamnations pouvait donner du talent aux incapables, et contraindre la fortune. Mais il est rare que les démocraties félicitent Varron vaincu.
Un peu plus tard, en 422, Gléon élu stratège se décida, sans doute pour répondre à ceux qui l'accusaient de lâcheté, à prendre le commandement, d'une expédition. Depuis longtemps le parti aristocratique l'attendait à cette épreuve et espérait l'y voir succomber. Cléon partit, confiant dans sa fortune. Les généraux de métier avaient échoué presque partout, peut-être serait- il encore une fois plus heureux que ses rivaux. Mais après â'étre montré si impitoyable pour l'incapacité des autres, il lui fallait une victoire éclatante, un nouveau Pylos, pour désarmer l'envie. Il essaya de reprendre cette même Amphipolis que Thucydide avait perdue, eut à lutter contre le même Brasidas, et obtint le même succès. Mal soutenu par l'armée composée de citoyens riches qui le détestaient et ne voulaient pas obéir, obligé de prendre l'offensive dans des conjonctures défavorables, puis de battre en retraite, il ne sut ni attaquer avec décision ni se défendre avec sang-froid *, et il fut tué en fuyant avec ses soldats débandés '. Tout, dans