‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 90 sur 242 · Thucydide, V · texte numérisé non relu

Thucydide, V

celte campagne se tourna contre lui, comme tout avait été en sa faveur dans la campagne de Pylos; la fortune fit alors sa défaite comme elle avait auparavant fait sa victoire. Il évita du moins en mourant de voir se tourner contre lui les accusations qu'il n'avait pas ménagées aux autres.

Telle fut la vie de Cléon pendant les dix années qu'il joua un rôle politique. On voit combien les outrages d'Aristophane dépassent la mesure. Il l'accuse surtout de vénalité; or, les deux seuls faits qu'il ait allégués contre lui sont faux. Il est vrai que dans un autre passage, au commencement des Acharniens^ le poète parle de cinq talents que Cléon aurait été obligé de rendre, et qu'il avait par conséquent volés. On a fait bien des suppositions pour expliquer ce passage; il est probable qu'Aristophane rappelle une plaisanterie d'une comédie précédente, qui avait eu du succès * ; dans tous les ca& on est d'accord pour reconnaître que jamais Cléon n'a pu être poursuivi et condamné pour concussion. S'ill'avait jamais été, Aristophane n'eût pas manqué de le dire. Au contraire, dans les Nuées ', il engage les Athéniens à citer Cléon devant les tribunaux, comme un voleur et à lui mettre le carcan au cou. Comment l'aurait-il demandé, si c'était déjà fait? Quelques mois plus tard, Cléon partait pour l'expédition où il mourut. Pourquoi donc Aristophane a-t-il avec tant d'acharnement accusé Cléon d'être un infâme voleur? C'était le moyen le plus sûr de le déconsidérer et de rendre son zèle suspect. D'ailleurs les mesures prises par Cléon contre la fortune des riches étaient, à leurs yeux, de véritables vols, et ils ne pou-

4. Cest l'explication la plus simple d'un problème qui a soulevé d'interminables controverses.

a. Nuées, 591 et suiv.

4^4 AIllSTOPlIANii:.

valent admettre qu'en les proposant il n'eût pas agi dans «on seul intérêt; enfin, Aristophane, attaquant, sous le nom de Gléon, la démagogie, la chargeait de tous les méfaits des démagogues, de même qu'il attribuait à Socrate tous ceux des sophistes. Or, la vénalité fut le vice le plus commun des hommes politiques d'Athènes. €lcon paraît en avoir été exempt; du moins rien ne prouve qu'il en ait mérité le reproche. Thucydide, qui ne cherchait pas à l'épargner, ne l'en a pas accusé nettement. Dans un passage où il distingue Périclès de ses successeurs qui firent de la politique t pour leur profit particulier », tandis que Périclès était lui-même d'un ïlésintéressement incontestable, il ne nomme pasGléon^ Ailleurs, il lui reproche d'avoir voulu continuer la guerre pour cacher ses forfaits y mais ce mot vague s'applique plutôt aux actes violents de Cléon qu'à ses rapines ^ Dans la discussion au sujet de 31ytilùne, tandis que Cléon -accuse ses adversaires de se laisser corrompre par de l'ar- {j'^nt, Diodote n'ose pas lui renvoyer l'accusation, comme il l'aurait fait, s'il l'avait pu '. Bien plus, Aristophane lui-même, dans ce jugement définitif sur Cléon, que je rappelais tout à l'heure, ne parle plus de la vénalité de Cléon, mais seulement de sa, scélératesse, de ses calomnies^ de sa turbulence démagogique. Les expressions de Thucy- <lide se rapprochent tellement de celles d'Aristophane, -qu'on les croirait empruntées au poète par l'historien *.

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