‹ Aristophane et les partis à AthènesChapitre 9 sur 18 · MENACES DE CLÉON ET ACCOMMODEMENT · texte numérisé non relu

MENACES DE CLÉON ET ACCOMMODEMENT

vie était toujours assez difficile à justifier (1) ; et, lorsque Taccusateur avait du crédit auprès des tribunaux, lorsqu'il disposait de témoins complaisants et qu'il était assez puissant pour intimider les autres, lorsqu'enfin il savait arranger les choses adroitement et construire une argumentation captieuse, les meilleurs titres pouvaient sembler faibles. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, nous ignorons ce que valaient exactement ceux d'Aristophane. Qu'il fût en possession de la qualité de citoyen, cela n'est pas douteux, et la plainte môme de Cléon en est une preuve irrécusable, puisqu'elle visait à l'en dépouiller. Mais était-il bien sur d'en établir la parfaite légitimité, en face d'une loi très exigeante et d'un tribunal très défiant ? 11 est permis d'en douter.

Le seul témoignage que nous ayons sur cette afTaire est celui qu'on peut tirer d'un passage des Guêpes, assez obscur d'ailleurs. Dans cette pièce, jouée deux ans après les Cavaliers, en 422, Aristo-

(1) Il fallait légalement, pour être citoyen, être fils légitime d'un Athénien et d'une Athénienne, el avoir été inscrit à 18 ans sur le registre d'undèmeet d'une phratrie, ou encore justifier d'une naturalisation en règle. Mais les accusateurs pouvaient soutenir que Tinscription avait été obtenue à tort, que le père ou la mère n'étaient pas réelle* ment athéniens, ou que l'accusé n'était pas né d'une union légale. Comme tout cela se prouvait par des témoignages, toujours contestables, et se ramenait à des questions de notoriété, il y avait là ample matière à chicanes.

phane, par la bouche de son coryphée, s'exprime ainsi : « Il y a des gens qui ont dit que je m'étais réconcilié avec Cléon, lorsqu'il s'acharnait après moi pour m'effrayer et me mordait de ses calomnies. Et alors, tandis qu'il m'écorchait, les spectateurs, tranquilles pour eux-mêmes, riaient de m'entendre crier, fort indifférents à mon sort, mais curieux de voir si, maltraité, je ne laisserais pas échapper quelque bon mot. M'en étant aperçu, je fis quelque petite singerie ; mais, aujourd'hui, l'échalas, comme on dit, a trompé la vigne (1). »

Examinons de près ce témoignage. Il ne permet pas de douter qu'il n'y ait eu, à un certain moment, une apparence d'arrangement entre Aristophane et Cléon. Cet arrangement ne peut pas avoir été antérieur aux Cavaliers : cela résulte évidemment de tout ce qui a été raconté plus haut et de l'esprit même de cette pièce. Il est donc postérieur à 424. Enfin, comme nous le voyons aussi, il fut imposé au poète par la peur, au milieu de l'abandon où le laissèrent ceux sur qui, sans doute, il avait compté. D'après cela, nous devinons à peu près ce qui dut

se passer.

Accusé par Cléon d'avoir usurpé le titre de citoyen, Aristophane ne se sentit pas assez fort pour se'défendre. Ses amis, les jeunes cavaliers, ou ne

(1) Guipes, 1284-1291.

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