LE DÉSIR
Tout désir renferme trois éléments principaux : un but ! qui a toujours un certain degré de bonté ?; une tendance de l’âme vers ce but; et quelque lueur de conscience #, Chacun de ces éléments comprend plusieurs espèces; et de là plusieurs espèces de désirs.
Il y a des désirs qui procèdent de l'appétit sensible 5. Et ceux-là sont de deux sortes : les uns naissent d’un besoin, comme celui de boire ou de manger 5: les autres viennent d’un certain luxe de la vie, tels que le plaisir
1. AnisT., De an., l', 10, 433°, 15 : Kai h Opetrs Evex& tou rnäca.
2. Id. Ibid., 433%, 27-29 : Atd dei xivel pèv T0 Gpextév, &Â& toùt’ éotiv D td &yabdy À Tù paivéuevov &yalév; Ibid., 7, 431*, 9-12 ; Ibid., 431%, 8-10; Met., À, 7, 1072*, 27-28 : énuôuuntèv pèv yap Td paivépevov xa)6v, Bouanrèv 8ë æpûrov rè dv xa)év; De mot. an., 6, 700», 25-29 (authenticité contestable).
3. Id., De an.,T, 7,431*, 9-10 : ôtav GE AôÙ À Aurmmpov, olov xatapäox À änopäaa, diner h pebyer; IDid., 15-16; Jbid., 431°, 8-9; Eth. Nic., Z, 2, 1199, 21-22.
4. 1d.. De an., T, 10, 433°, 28-29 : ’Opextixdv GÈ oùx veu pavtaaiac.
5. Id., De an., B, 3, 414; 1-6 : el GE to alobntixôv, xai Tè bpextixév: “Opelic pv yap éxiôvula rai Ouudc xai BobAnots, Ta Où Lpa névr” Éyouar piav ys tüv alobñazuwv, tv ph © d'aïobnais iTépye, Tout AGovh te xal }urmn xal td AG ve aa Auxnpôv, ol êè taüta, xal à énxiduuia; Zbid., B, 2, 413°, 21-24; Ibid. T, 11,433, 31, 434°, 1-3; De somn., 1, 454°, 29-31; Part. an.,B, 17,661*, 6-8.
6. Id., Rhet., A, 11,1370*, 16-25; Eth. Nic., K, 2, 1173°, 13-16; Eth. mag. B, 7,1206°, 22 : al êE évôciac vanAnpuautc.
ARISTÜTE. 18
promptitude de la nature font qu'il entend le commandement de la raison sans le comprendre: et il court à la vengeance »!.
Tous ces désirs, qu ils relèvent de l'appétit sensible ou du courage, échappent aux atteintes de la force. puisqu'ils ont leur cause dans le sujet qu ils modifient *. Tous ces désirs également dépassent le domaine de l'ignorance. vu que le sujet qui les éprouve en connaît l'existence et la fin. Ils s'élèvent donc au-dessus de la zone inférieure de l'involontaire : ils sont spontanés 5. Mais aussi ne sontils que cela, Leurs antécédents une fois donnés. le déroulement en est fatal, à moins qu'un pouvoir supérieur ne vienne y mettre obstacle : d'eux-mêmes, ils se développentavec la nécessité d’un syllogisme. Chez l'animal. l'appétit tient lieu de majeure; la sensation ou l'imagination. de mineure ; et l’action elle-même, de conclusion. « Il faut boire, dit l'appétit ; voici la boisson, ajoute le sens:
l.Ausr., Eth. Nic. H, 7, 1149, 25-32.
2. Id., Ibid., TV, 1, 1110", 1 : B'œuov 8 05 Ÿ àpyh Élwev; Ibid. 1110". 15-17; Jbid., 1110v, 9-11 : el Gé vis 1x ôéa xai Ta xa)à çain Sia:a sivar verra ya Eu ôvra), rävra dv ein cÜte Biaua Tobtwv yap pésev æivzes Ta rpértovoivs [bid., 3, 1111", 24-25; Elh. mag., À, 14, 1188", 1-5, 1188, 1-14 : Eth. Eud., B, 7, 8, 9, 1223*-1225e.
8. Id., Eth. Nic., F, 1, 1109, 35 : Aoxet dE &xoûaia eiva ta Biz À à Errav pivéueva ; 1bid., 3, 1111%, 22-24 : évcos 8’ &xevaiov voù;Bla na 81” yvorav, TobxoiotovbéEnEv àv elvar 00 À &pyh êv adré eicott 1tà ua)’ Éxagta év oùs r, Tux; Eth. mag., À, 14, 1188+, 11-14. Ce concept de spontanéité n'est ce- Pendant pas toujours très fixe; et, parfois, il est bien près de se confondre avec celui de liberté. On lit par exemple à la page 1135* (Eth. Nic., 23-28) : lu 3” Enodatov uv, Gonsp xal npétepov elentar, 8 &v vis tüv do’ abr@ Évcuv Eiêa xai ué œyvoüv RpATTE phte Üv pite & pnte oÙ Évexa, olov tiva ûRte xai vin Xai tivog Évexa, xaxcivuv Exaotov ph xata oupebnxds unôs Ba, ooxep dit: Mbv my yeïpa adtoë rümtor Étepov, oÙy éxv- où yàp dr” ad<ÿ. On ne réussit ae voir en quoi ce texte ne serait pas la définition de F'acte libre luième,
elle se trompe, ce que l’on veut n'est jamais tel bien, c'est toujours ce que l’on croit être le bien !.
Le choix, au contraire, porte sur les moyens*; et il dépend de nous : il est libre. Lorsqu une fin nous es donnée, nous cherchons les différentes voies qui peuvent nous y conduire; nous pesons les avantages et les inconvénients que présente chacune d'elles. Et, l'instruction une fois close, nous sortons par nous-mêmes de notre ndétermination : nous tirons de notre énergie une décision qui ne vient que de nous et qui, comme telle, échappe à toute nécessité. L'autonomie de nos résolutions est un fat d'expérience intime #. De plus, ce fait a son rayonnement dans les lois sociales et la manière dont nous apprécions la conduite de nos semblables. On ne blâme pas quelqu'un d'être né cul-de-jatte; on s'avise encore moins de l'en punir ou de l'en déclarer responsable : on s'apitote sur son sort. Le blâme et la punition ne tombent juste que lorsqu'on les inflige à des personnes qui ont pu ne
1. ARIST., Eth. Nic., 6, 1113*, 23-24: De an., FT, 10, 433”, 24-97 : Gzav ès xat: TOv Aoyiouüv xivnTau, ai xatTa Bosnaiv xiveïtar +, C’GcelG xiveï Rasa 707 ANT uv: À yao Énifuuix Opelis is Éativ. voës pèv oùv rüs O5hds" Oseirz à nai sT taota xai 050 ai oÙùx dcôr;, Eth. Nic., E, 11, 1136v, 7-8 : oùte yas So. irt3: oÙfeis & ur oietar eivar oxoubatov; Rhel.. À. 10, 1369%, 3-4 : oùèsis v22 D0°7 Astat a)) 7, Grav oir ir, eivat &yabôv.
>. Id, Eth. Nic. FT, 4, 1111v, 26-29; Ibid, 5, 11195, 11-21, 32-34: El. Eutl., B, 10, 1226v, 9-13; Ibid.,1227%, 5-9: Ibid., 11, 1227, 25-30.
3. [d., Eth. Nic, V, 5, 1112*, 30-31 : Boukeuéueda GE nepl tov Ëf LA AN Rpaxzwv; Jbid., 1112", 96-28 : av ÔÈ duvarov saimtar, Éyyergodor 72277 Auvarà de à à Huov res éctiv… À ya àcyr évuiv; Jbid., 4, 1111r, 4-31.E8 ce dernier passage, Aristote distingue le choix de l'appétit sensible (èz:ÿ#? : du courage (6ou6s), du vouloir (Boÿnots); puis il conclut : Guws 22 içanr * Rponigeo!; neci ta És' Huiv lv; th. Eud., B, 10, 1226", 16-17 : Sacv 59 Ÿ Aionicents pv Écriv sels Tov Ês aûTe GrudeuTtur.
4. 1d Llh. Nic, V. 7, 11136, 21-23; Lth. mag., À, 10, 1157, 9-39. 1187", 1-20; Eth. Eud., B, 6, 1222"-1923%,
même principe, nous répondons aussi de notre méchanceté!. C'est par une série plus ou moins longue de défaites morales que nous y arrivons. Nous ne prenox pas la peine de nous instruire; et de là une ignorant croissante de ce que nous avons l'obligation de savoir. Nous cédons au charme du plaisir; et de nos actions per verses naissent des habitudes qui nous rendent le bien de moins en moins facile?. A la fin, nous nous trouvons enchalnés : pratiquement, il ne reste plus ni dans notre intelligence ni dans notre franc arbitre l’énergie voulte pour réagir contre les tendances acquises. De l’abus de la liberté procède en nous la nécessité3. Et cette nécessité nous est imputable, au moins dans une certaine mesure. Car tout homme a quelque sentiment de la génération des habitudes par l'action et prévoit d’une certaine manière le terme où elles aboutissent : celui qui fait le mal veut être mauvais#,
Bien qu'exposée à défaillir, la liberté n'en est pas moins un principe d’ascension morale. Elle va d'elle-mème au meilleur : c’est là son but naturel: et, si rien n'ettravait son élan natif, elle l'atteindrait toujours avec ls sûreté de la flèche lancée par la main d'Apollon. Il sufi
1. ARIST., Eth. Nic., F, 7, 11130, G-21 : ëp’ fuiv CE xai # &oetr,, éproinxs & 1% 7, xaxta.….; Eh. mag., À, 11, 11870, 17-20.
2. Id., Eth. Nic, V, 7, 1114", 1-7; 1bid., B, 1, 1103, 6-25; Jbid., ?, 1° 27-35, 1104, 1-3: Æth. mag., À, 6, 11862, 1-8; Jbid., 35, 1197, 37-39. 11K-. 1-22; Eth. Eud., B, 2. 1220°, 1-6.
3. Id., Eth. Nic. V, 2, 1110°, 28-30 : &yvost uèv oùv n&s 6 poybrpx 3 REATTEUNV Kai OV &gexTéOv, Kai Cia TRV TouaUtnv duaptiav Gôrxot xai Cds LI
vivovra; fhid., 7, 1114, 12-91 : .…. oÙteo CE xai to &dixe xai TD 3x0) 278 & apyns Èv Env touoûtois ph yEvéoOa, Oro ÉxévTec Eiaiv: yevouivors 9° oùxsr: ETS uy eva, Jbid., E, 13, 1137°, 4-9: … &Â)a to wèt Épovtes Taûsa noir 65°
Éaôtoy ot’ Èr” aÿtois.