Id., Ibid., A, 3, 407^ 5-9. V. plus haut, p
n'est plus celle d'un Dieu, c'est celle d'un autre Ixion ^ Il faut renoncer aux définitions de lame que l'on a données jusqu'ici. Les anciens, dans leurs recherches psychologiques, ont adopté comme point de départ l'idée de mouvement; et ils ont eu raison. Mais ils se sont arrêtés trop tôt : ils n'ont pas poussé leurs analyses assez loin pour arriver jusqu'à la vérité. Après eux, la question est à reprendre ; et voici comment on peut l'approfondir. Il y a des substances qui ne sont que mues ; mais il en est d'autres qui se meuvent elles-mêmes : tels sont les êtres intelligents et les êtres sensibles, tels sont aussi ceux dont Tactivité se borne à la nutrition. Car se nourrir, c'est produire une action qui commence au dedans et s'y termine : se nourrir, c'est encore se mouvoir soimême. En d'autres termes, il y a des êtres bruts et des êtres vivants 2.
Ceux qui vivent ne s'expliquent pas d'une manière purement mécaniste; ils supposent une énergie spéciale, ils contiennent un principe hyperphysique. Que ni la pensée, ni Timagination, ni le souvenir, ni même la sensation ne puissent trouver dans le corps leur véritable cause, c'est ce que l'on vient de voir précédemment. Et l'on peut montrer qu'il en va de même pour le phénomène
1. AiiiST., Dean., A, 3, 407", 34 et sqq. ; De cœL, B, 1, 284», 28-35. — La plupart des raisonnements qu'Aristote oppose à la conception platonicienne n'ont de valeur que si l'on prend le terme de mouvement dans son sens mécanique. Mais il est très sur que Platon ne le i)renait pas ainsi. Quand il affirmait que l'âme « se meut elle-même », il voulait simplement dire qu'elle peut se déterminer de son chef : mouvement, dans ce cas, signifiait passage de la puissance à l'acte ou changement. La critique d'Arislole est donc quelque peu tendancieuse.
2. Id., Dean., li, 1, 412", 13-15 : Tûv 8è (pucrixôv Ta (xèv lyti Cwtqv, ta ô' oùx. iyti...] Jbid., B, 1, 412% 15-17; Ibid., B, 2, 413", 20-31.
l'ame. 14^5
de la nutrition. Les plantes ne croissent pas au hasard et à l'indéfÎDi, comme un tas de pierres; elles acquièrent un volume et une figure qui sont toujours les mômes pour cliaque espèce : elles se développent d'après un pian déterminé. Or il est illogique d'affirmer que des parties corporelles, dont chacune agit pour son propre compte, suffisent à cette savante et progressive coordination : autant vaudrait dire qu'une maison peut se bâtir toute seule. Il faut qu'une force distincte et unique s'empare des éléments ambiants, se les assimile et leur impose sa loi K
Ce principe hyperphysique, qui façonne la matière du dedans, qui s'élève parfois jusqu'à la sensation et même jusqu'à la pensée, voilà ce qu'il faut appeler du nom d'àme 2.
Mais c'est là une définition qu'il faut serrer de plus près.
Bien qu'hyperphysique et par là même incorporelle, l'âme n'est pas unie à son organisme d'une manière purement extérieure : elle n'y est ni « comme le pilote dans son navire », ni comme l'eau dans les pores d'une éponge. Si telle était l'union du physique et du mental, l'âme
1. Arist., De an., B, 4, 416*, 6-18 : npo; Se toOtoi; tî tô ffyvéy(ov eî; Tavavxia çepôjjLEva TÔ ryp xai ttiv y^jv; ôtaffTrnecrôinffeTai yap, el [xy) ti e<TTai tô xwXuov et S'êffTai, tout' écTtv r) ^\)yji y.at to aïxiov toO aOlàvedôai v.a.\ Tpé?e<i8ai. Aoxeï ôé TKTiv 7) Toù Ttypô; fviCTi; à7t)vc5; akla tt]; TpoçY;; v.al Trj; aù^y.a-ecoç eîvaf xai yàp aÙTÔ çaîvETai (xdvov tc5v aa)|j.âT(ov v^ twv oToi/eîwv xpeçd^ievov xat aOÇojxevov, Ato xat èv ToT; çutoT; xai èv Toïçî^tpotc; ÛTcoXaêoi Tt; àvToÙTO eivat tô èpya^ojAevov. TÔ 6è cuvaiTiov |xév ittô; èoTiv, où [xrjv àuXû); y^ atxtov, âXXà (jLàXXov ^ 4'^-/^' "h F^^ yàp TOÙ TTupè; aû^rjctç et; àretpov, eu); àv tq to xauiTov, twv ôè qpuffet GUvtaTajxevwv TiâvTtov èffTt Tcépa; xat Xôyo; (xeYeOou; Te xai aù;:Q<7ew;' TaÛTaSè T-Tj; ^'vx^;, àXX'où Tïupô;, xai XÔYou [xàXXov t) u/.r,;. — Id., Ibid., B, 2, 413*, 25-31.
2. Id., Ibid., A, 1, 402', G-7 : êoTi yàp oîov àp/ri tûv Zuttù^-, Ibid., B, 4, 415", 8: ÊoTi 6è i^ 'l'^/'i "^^^ Çûvxo; acâjxaToç alTia xai àp^ii.
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serait coétcndue à son corps ou du moins à quelques-unes de ses parties; et, pour avoir cette coextension,il faudrait qu'elle fût elle-même un corps ^ : la théorie de Platon redevient matérialiste à force de spiritualisme. De plus, si l'âme s'appliquait simplement du dehors à son organisme, si elle s'y adaptait comme fait un levier, rien n'empêcherait qu'elle n'y rentrât après en être sortie ; on pourrait voir des morts s'échapper tout vivants de leurs tombeaux 2.
Il faut qu'entre l'âme et le corps il existe quelque chose de plus intime qu'une simple adaptation et même qu'une sorte de compénétration : il faut que l'âme et le corps soient plus que contigus. Et c'est ce que démontrent les faits. Il n'y a pas un mouvement du corps qui ne s'achève dans l'âme, sous forme de nutrition, de sensation, de souvenir ou d'imagination. Inversement, il n'y a pas un mode de l'âme qui ne s'achève de quelque manière dans le corps lui-même , si l'on excepte la pensée proprement dite : « le courage, la douceur, la crainte, la pitié, la joie, l'amour et la haine » sont autant d'états qui participent à la fois du physique et du mental. Le corps, aussi longtemps qu'il est animé, n'a pas d'aifection qui lui soit propre; et l'âme, aussi longtemps que l'on ne s'élève pas jusqu'au vouç, n'en a pas non plus ^. C'est donc qu'ils font un seul et même être à deux as-