V. ALEx.,Z)ea/i
2. Arist., De an., r, 5, 430*, 22-23 ; x«*>p'<î9-"'? ô' èail p.ôvov xoùO' ÔTiep èffTÎ, xai Toûxo [ji,6v(?5 àOscvarov xal à'idiov; Ibid., A, 4, 408", 18-29.
3. kl., Ibid., r, 5, 430*, 24-25 : où [xvy][xov£uo(jL£v Se, ôxi toOto (xèv aTcaôe;, ô 8ï TcaOriitxo; voù; (pOapxo;, xai aveu xojxou oOOsv vosï; car il faut que l'intellect actif dégage l'inlelligible qui est en puissance dans l'image, paur que l'intellect passif soit à même de le recevoir.
4. Id., Ibid., r, 7, 431", 2 : xà [xàvouv etô-/] xôvor,xtxôv èv xoT; çavxàcriiacri vocï; Ibid., r, 8, 432% 3-10. Saint Thojnas dit que l'intelligible se sépare de l'image pour entrer dans l'intellect passif [ouvr. cit., p. 159*); il trouve ainsi le moyen de combattre Avicenne au gré duquel l'espèce intelligible a pour sujet l'image elle-même. Cette interprétation ne nous paraît pas bistoriquement exacte. Sur l'éternité du voù;, voir plus loin, p. 332, n. 2.
lorsqu'ils passent à l'état d'acte, ils en deviennent comme des déterminations supérieures : ils en deviennent les formes 'et leur demeurent immanents. C'est donc là que l'intellect passif reçoit et perçoit les idées qui l'actualisent lui-même : si bien que, les images venant à s'évanouir, tout s'évanouit avec elles, et le trésor de la science acquise et la possibilité d'en acquérir un autre. Ce n'est pas, cependant, qu'il ne survive absolument rien de cette seconde espèce d'intellect. Sa ruine ne saurait être radicale, vu que rien ne se perd : rendu au commerce de la nature, il se dilue dans la puissance universelle d'où sort toute faculté de connaître et concourt, lorsque les conditions deviennent favorables, à la formation d'autres âmes humaines.
L'intellect actif est unique. Car les formes se multiplient par la matière ^ ; et il n'en a pas : c'est un acte pur. Il en va différemment de l'intellect passif : il a son support dans l'âme sensible, il en découle sans se séparer d'elle ; et, par suite, il semble qu'il doit aussi trouver son principe d'individuation dans les organes.
Puisque l'intellect actif est « acte » de par son essence, il pense toujours ^; et sa pensée ne souffre ni progrès ni déclin : elle reste éternellement invariable. De plus, ce qu'il pense, ce ne sont pas les intelligibles qu'il dégage des données expérimentales ; car alors il y aurait en lui du plus et du moins, il changerait. Ce n'est pas non plus un monde d'idées qui existeraient en ellesmêmes à l'état séparé, conmie un autre univeis; car les idées ainsi comprises ne sont que des abstractions réalisées. L'intellect actif est à lui-même son objet
1. Arist., Met., A, 8, 107i", 33-34 : à)X' o^a àptO|xâi 7:o»,â, uXyiv l^^i.
2. Id., De an., l\ 5, 430', 22 : à/>.' où^ ôiï [xàv voet ôtèô' où voet.
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unique : il se connaît, et ne connaît que lui. Mais que découvre-t-il en son intérieur? Ne trouve-t-il pas dans l'intuition de son être celle des principes directeurs de la pensée, tels que le principe de contradiction et celui de raison suffisante? A cette question Aristote ne donne pas de réponse formelle; et, si l'on cherche quel pouvait être son sentiment là-dessus, on incline à croire qu'il opinait pour la négative. Les principes directeurs de la pensée sont des jugements ; les jugements supposent une analyse et une synthèse de l'être ; ils impliquent un commencement de dialectique ; et l'intellect actif ne fait pas de dialectique, car alors il deviendrait : il voit, c'est tout \ Quoi qu'il en soit, Aristote n'a pas recours au contenu de l'intellect actif pour expliquer l'origine et le développement du savoir humain; d'après lui, c'est par la sensation qu'il débute ^.
Pris en lui-même, Fintellect actif possède donc les caractères essentiels que l'on a découverts plus haut dans la pensée de la pensée : il ressemble à Dieu. Et, si l'on suivait jusqu'au bout certains principes de la philosophie aristotélicienne, il faudrait dire qu'il se confond avec lui. Car, puisqu'il est aussi la pensée de la pensée, il ne
1. Arist., De an., A, 4, 408», 25-29 : to ot ôtavocTaGai -/.al çi>etv ^t [j.i(7£Tv oùx ê(TTiv èxeîvou TràOïi, cOlà touôI toO eyovTo; èxsTvo, ^ èxeivo eysi. Ato xai TOUTOU (f8eif>o[X£vou OTJTe (i.vr,{xoveC£i oijts çùtX' ôO Yàp£xeivo\jy;v,àX).à toO xoivoO, ô à7tô).w).ev ; Ibid., F, 4, 'i29», 23 : Xs^w 6e voOv Jj ô'.avoetTat xal 07ioÀa[j.êàvet y) '\i^'/jï. Il s'agit dans ce chapitre du voù; TïaôrjTixo;; et c'est à lui, non au voO; TToiYjTixo;, qu'Aristote atlribue la croyance et le raisonnement. D'ailleurs, si le voù; uoiriTixo; faisait de la dialectique, il changerait; et l'on sait qu'il est immuable.
2. fd., Anal, post., B, 19, 100", 10-11 : oûte Sy] evuTrâp/oycriv àçwpifffxévai al £;£i;, O'jt' à7i' àX/wv £?,£a)V yîvovTai yyodaTiY.b>iéçiurj, àXÀ' àno aloô^Tew;; De an., r, 8, 432*, 3-10; v. p. 207 et p. 234 de cet ouvrage.
pourrait se poser comme une individualité à part qu'au moyen d'une matière qui lui serait propre; et l'hypothèse, c'est qu'il n'en a pas. On comprend donc qu'Alexandre d'Aphrodise ait identifié rinteliect actif avec le premier moteur : il s'est conformé à la logique du maître. Mais Aristote ne va pas si loin, il n'affirme nulle part que l'intellect actif soit Dieu. Et, s'il dit à diverses reprises que ce principe est <( divin » , ce qu'il y a <( de plus divin en nous » , l'on n'en peut rien conclure de si précis ^ : ces expressions signifient seulement dans sa langue que l'intellect actif est lune des formes les plus approchantes de la pensée souveraine <( à laquelle sont suspendus le ciel et la nature ))2. Bien plus, Aristote déclare en plusieurs endroits que l'intellect actif est « une partie de l'âme » ^ : il le considère comme un élément constitutif de notre entendement; et c'est là un rôle qu'il paraît difficile d'attribuer à la divinité elle-même. Il semble qu'il y ait une interprétation plus probable qui résulte de la hiérarchie des formes telle qu' Aristote l'a conçue. Poussée par le désir du meilleur, la nature fait effort pour se délivrer de la matière et s'achever elle-même; elle s'achemine sans relâche vers « l'Acte pur » dont le spectacle la tourmente. Et l'un de ses succès les plus pleins, c'est l'intelligence de l'homme. Car, bien que cette intelligence soit encore conditionnée par des organes et conserve autour d'elle comme une pénombre de pensée en puissance, il n'en reste pas moins vrai que, par un de ses as-
1. AitiST., De an. y A, 4, 408*', 29-30 : 'O oè voO; 6et6T£f*dv ti xai àTiaOi; èotiv, Gen. an., B, 3, 730^ 28; fbid., 737% 10; Lth. Nie, K, 7, 1177", 13-17.