F. Ravaisson, ouvr. cit., t. I, p
272 ARrSTOTE.
tive. Ils présentent des exigences essentielles en vertu desquelles il faut qu'il y ait autre chose : on dépasse les apparences par l'analyse des apparences. Et là se trouve le point de départ de la métaphysique.
Le fond du sensible est le logique; le logique, de son côté, a sa manière de nous conduire au réel : or c'est cela que nous vivons. « Si Kant, dit M. Boutroux, a découvert une conception nouvelle des choses dont l'examen s'impose désormais à quiconque veut philosopher, on ne saurait dire qu'il ait complètement réussi à faire prévaloir cette conception. S'il a pour lui le témoignage de la conscience morale , qu'il se propose d'ailleurs surtout de satisfaire, il ne peut obtenir l'adhésion franche et complète de l'intelligence. Celle-ci persiste à dire avec Aristote : « Tout a sa raison, et le premier principe doit « être la raison suprême des choses » K Ces paroles sont la formule d'une préférence qui nous paraît fondée.
Il convient aussi d'observer qu'Aristote ne supprime pas l'analyse ; il lui laisse , au contraire , un rôle important. A partir de l'intuition rationnelle des données sensibles, elle intervient partout, et dans l'induction dont elle est l'unique ressort, et dans la démonstration elle-même ; comment juger autrement que par l'analyse de la convenance ou de la disconvenance du moyen terme avec les extrêmes? Cependant, Aristote n'admet pas que l'analyse soit tout, comme le veut Descartes : il fait du syllogisme un instrument d'invention. Et peut-être, sur ce point, le père de la philosophie moderne a-t-il vu plus juste que le Stagirite ; il semble bien que le syllogisme ne vienne qu'après la découverte.