‹ AristoteChapitre 219 sur 304 · LE DESIR · texte numérisé non relu

LE DESIR

Tout désir renferme trois éléments principaux : un but * qui a toujours un certain degré de bonté 2; une tendance de l'âme vers ce but ^ ; et quelque lueur de conscience *. Chacun de ces éléments comprend plusieurs espèces ; et de là plusieurs espèces de désirs.

Il y a des désirs qui procèdent de l'appétit sensible ^. Et ceux-là sont de deux sortes : les uns naissent d'un besoin, comme celui de boire ou de manger 6; les autres viennent d'un certain luxe de la vie, tels que le plaisir

1. Arist., De an., r, 10, 433^*, 15 :Kat y; ôpe^içsvexà tou irôcaa.

2. Id., Ibid., 433*, 27-29 : Atà àei xiveï [xèv to ôps/.TOv, àXkà tout' èa-xlv Y) TO àyaOôv î) to çaivéjxevov àyaôov; Ibid., 7, 431*, 9-12 ; Ibid., 431'', 8-10; Met., A, 7, 1072*, 27-28 : èniôuariTÔv (xàv yàp to çatvôfxevov xaXôv, pou).rjTàv ôè TcpûTOv TÔ ôv xa),6v; De mot. an., 6, 700", 25-29 (authenticité contestable).

3. Id., Dean.,T, 7,431*, 9-10 : ôrav ôà r,ô'j r; ÀuTcyjpbv, otov v.a.x<x<pS.(soi ri OLTcofpàaay ôtcôxeif, tovjyei; Ibid., 15-16; Ibid., 431'', 8-9; Et/l. Nie, Z, 2, 1139*, 21-22.

'i.Id., Dean., T, 10, 433'', 28-29 : 'OpsxTi/.ov oà oùx aveu çavTacrîaç.

5. /(/., De an., B, 3, 414"; l-ô : el ôè xô alG-6-/)Tixôv, xal to ôpexxixov "OpeÇiç (xèv yàp ÈTiiôujAia xat ôuaôç xai PoûXr,<ytç, xà ôè Çioa Tiàvx' eyouffi [JLÎav ye Ttôv alcOr.creajv, xfjV àçviv to û'a-'aÔYiatç -jTràpyei, xoûxw yiôûvï) xe xai l\inr\ xat xô t?iôux£ xat )u7tiQp6v, ot; ce xaùxa, xai -fi è7ii6u|JLta; Ibid., B, 2, 413", 21-24; Zôirf., T, 11,433", 31, 434*, 1-3; Desomn., 1,454", 29-31; Part, an., h, 17,661*, 6-8.

6. Id.,Rhet.,A, 11, 1370*, 16-25; jF^/?. Mc, K, 2, 1173", 13-16 ; Etii. mag., B, 7, 1205", 22 : al è^ èvôeiaçàva7i>Yipa)(7£t;.

ArasTOTE. 18

de voir de belles couleurs, d'entendre de la musique ou de sentir des parfums ^ Et cette différence d'origine en amène une autre. Les premiers, à leur début, n'ont pas encore une fin bien précise : ils la déterminent en tâtonnant et commencent ainsi par s'en créer à eux-mêmes la représentation. Les seconds, au contraire, ont toujours une fin nettement connue dont la représentation devient leur cause médiate : ils supposent un état vif ou bien un souvenir dont le charme les fait éclore.

Il y a des désirs qui procèdent du courage 2. Au-dessus de l'appétit sensible, réside en notre âme un principe d'émotions généreuses, telles que le sentiment de la justice, la magnanimité, l'amour de la patrie, l'amitié et la sympathie de l'homme pour l'homme 3. De là résulte tout un ensemble de désirs du même ordre, et qui ont à ce titre quelque chose de raisonnable ^. Ils sont encore capables de manque et d'excès, ils ignorent l'à-propos et la juste mesure ; mais ils militent naturellement pour le bien : ils sont amis de l'intelligence. « Certains serviteurs se précipitent par zèle avant d'avoir entendu complètement l'ordre qu'on leur donne et se trompent ensuite en l'exécutant. Les chiens ne considèrent pas s'il s'agit d'un ami; ils aboient dès que l'on frappe. Ainsi du courage : la chaleur et la

1. Arist., l<:Ui.Nic.,K, 2,1173", 13-25; Eth.mag., B, 7, 1205^, 10-28; De an., r, 12, 43i^ 21-24; Ihid., 13, 435^ 19-25 ; De sens., 5, 443\ 2G et sqq.

2. /rf., De an., l\, 3, 414", 2 : ôpeÇi; (i.èv yàp è7riôu[j.ia xat OufAÔç...; Ibid., r, 9, 432", 29 qX sqq. ; Ibid., 433^ 7-8 ; De mot. an., G, 700", 22 ; Etli. mag., A, 12, 1187", 3G-37; Polit., U, 15, 1334", 17-25; Llh. Nie, A, 13, 1102», 26-34, 1102", 1-31.

3. Jd., Eth. Nie, H,7, 1I49«, 29-34; Polit , H, 7, 1327", 36-41, 1328*, 1-3.

4. Id., Eth. Nie, A, 13, 1102", 13-14 : èoixe ôè xal 6Xh.-t\ xt; cpucri; ttî; 'l'uxyiç à>oyo; eTvat, \).ixi-/ri\jaoi. [xévToi Try; /ôyou ; Ibid., 29 et S(|(i. Le conlexle dit assez clairement que les termes â),Xyj ti; çOoi; désignent le Gu(xô;.

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promptitude de la nature font qu'il entend le commandement de la raison sans le comprendre ; et il court à la vengeance )>*.

Tous ces désirs, qu'ils relèvent de l'appétit sensible ou du courage, échappent aux atteintes de la force, puisqu'ils ont leur cause dans le sujet qu'ils modifient -. Tous ces désirs également dépassent le domaine de l'ignorance, vu que le sujet qui les éprouve en connaît l'existence et la fin. Ils s'élèvent donc au-dessus de la zone inférieure de l'involontaire : ils sont spontanés ^. Mais aussi ne sontils que cela. Leurs antécédents une fois donnés, le déroulement en est fatal, à moins qu'un pouvoir supérieur ne vienne y mettre obstacle : d'eux-mêmes, ils se développent avec la nécessité d'un syllogisme. Chez l'animal, l'appétit tient lieu de majeure; la sensation ou l'imagination, de mineure; et l'action elle-même, de conclusion. « Il faut boire, dit l'appétit; voici la boisson, ajoute le sens;

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