Arist., Eth. Nie, B
AKiSTOTE. 20
306 ARISTOTK.
leur nature : ce qui parait s'éloigner outre mesure de l'idée kantienne. On peut également se demander si « le milieu relatif » convient à toutes les vertus, par exemple à la justice commutative; car, ainsi qu'on le verra plus loin, la justice commutative ne tient pas compte des personnes ; elle s'exprime sous forme de proportion arithmétique : elle est absolue. Tl y a même lieu de douter que ce milieu relatif, qui procure à l'individu la plus grande jouissance possible, suffise à constituer une vertu quelconque. Il n'y suffit que s'il procure en même temps la plus grande jouissance de tous; il n'y suffit qu'autant qu'il existe une harmonie de fond entre le bonheur particulier et le bonheur général. Or, cette condition que les Grecs ont presque toujours regardée comme un fait, n'est que partiellement donnée. La vertu, pour être digne de son nom, demande plus qu'une douce et pleine activité ; il y faut de l'effort : elle exige des sacrifices qui impHquent la douleur, qui peuvent aller jusqu'à la mort. Et Aristote lui-même en convient. Le sage, dit-il, « brille dans l'infortune..., non qu'il soit insensible, mais parce qu'il est grand et généreux » ' ; il veut aussi que les citoyens sachent affronter une belle mort par amour pour leur pays.
Quoi qu'il en soit de la valeur de ces observations, voici la preuve sur laquelle se fonde la théorie du « milieu ». out défaut d'action ou d'action pleine entraîne une privation déplaisir et concourt plus ou moins à la diminution de nos énergies. Tout excès d'action produit un excès de plaisir qui affaiblit les lumières de la raison et tend à dégénérer en douleur^'. Il en va tout différemment de l'action