AiiiST., FAh.mc., A
2. /(/., /Oui., r, 15, 111'.)'', 8-12 : ... Ivcxl tôv loyi<7\i.bv èxypoûoiidi [tûO t^jôeo;
qui déploie entre ces deux extrêmes. Elle se traduit par un charme qui est le plus doux possible; elle conserve, elle accroît la source dont elle émane, au lieu de la détruire ; on y garde la maîtrise de soi, et par là même le pouvoir de calculer l'avenir, de déterminer quand et comment il convient d'agir dans la suite ^ : c'est elle qui nous garantit ce maximum de jouissance rationalisée qui est la fin immanente de la vertu morale.
Voilà donc ce qu'il faut entendre par la mesure que rintelligence introduit dans notre conduite. Et dès lors, on peut donner de la vertu morale une autre définition, plus précise que la précédente : c'est la libre fixation de nos tendances naturelles dans un milieu qui nous est relatif et que détermine la raison -.Le courage est un milieu entre l'effroi et la témérité 2; l'intempérance un milieu entre la licence et l'insensibilité tactile^; la libéralité un
ope^i; xaî ;^ôovr,]; fhid., 13, 1118'', 2'J-33, 1119*, 1-5; il est vrai que les plaisirs, même quand ils sont intenses, fortifient l'énergie dont ils sont l'achèvement; mais il y a un degré au delà duquel ils produisent l'effet opposé : Kal Tr,v >.ijTCYiv ôs Troieï aÙTôi [t(S âxo).â(TTt})] r, tFjSov^.
1. Arist., Eth. Nie, H, 2, 1104*, 11-19 : izpôiTov ouv toOto ôswprjxeov, ou xà TOtxJta Tiiçu/.ev UTtè èvôeîa; xai uTripêoXïji; çOeîpeaÔai (ôeï yàp ùnlp tcov àçavcôv Tot; !;pavîpoTç (JiapTupîoiç y^çtriG^cti) wcTTiep ètiI zr,^ W/yoi:, xal xrj; uYteîa; ôpwfxev xà TE yàp 07rcpêâX).ovTa yufjLvàa-ia xal xà ê/XeÎ7tovxa çOeîpei xtqv layy^. '0(iota)çÔ£ xai xà Tzoxà xai xà <nxîa rù.ziiii xal èXàtxo) y^'^ôiJ.sva çQeipet xr)v uyîstav, xà Ô£ auf^-fjiexpa xai 'îTOteT xal aû^et xal gcoî^ei. Ouxw; ouv xal ètiI aïoçpoa-jvrjç xal àvôpsca; è'/et xal xwv àÀXwv àpsxtôv; 1bi(L, 1104*, 20-35; Ibid., B, 5, lîOG", 8-12; Ibid., T, 14, 1119% 11-20; 1119% 13-18; Eth. Eud., B, 3, 1220% 21-35.
2. Id., Eth. Nie, B, G, 1106'», 36 : ëffxiv àpa -i] àps'ô ë^tç Trpoaipsxixii, èv (jLeffoxTjTi oZaa. xîj 7cp6; yjaàç, cbpi(T(j,£vri Xoyw. Aristote ajoute : Kal wç àv ô «pp6vi{w;ôpl<rei£v; mais ce dernier caractère ne lient pas à l'essence de la vertu, et il soulève une question importante qui viendra un peu plus loin.
3. Id., Ihid., B, 7, 1107% 33 et sqq.; Ibid., B, 2, 1104% 20-22; Ibid., T, 9, 1115*-1115''.
4. Id., Ibid., B, 7, 1107% 4-8; Ibid., B, 2, 1104% 22-27; Ibid., F, 13-15, 1117''-1119^
308 ARISïOTE.
milieu entre la prodigalité et l'avarice ^; entre la présomption et la pusillanimité se situe la grandeur d'âme 2. Ainsi des autres vertus : elles sont toutes des appétits irrationnels, d'où la liberté, sous Finfluence de la raison, a chassé et le trop et le trop peu.
Puisque la vertu morale enveloppe la liberté, les actions vertueuses supposent un choix : il s'y mêle toujours une intention. Et cette intention est essentiellement désintéressée : ce n'est ni en vue du plaisir, ni en vue de rintérêt que l'on doit se conformer à la vertu; ce n'est pas même pour la part de bonheur qui en résulte et qui est sa fin naturelle; il y faut aussi quelque chose de plus interne et de plus noble que la simple légalité. Aristote, sur ce dernier point, est du même sentiment que Kant. La vertu veut être aimée et d'un amour qui ne souffre pas de préférence : on doit la pratiquer pour ellemême^. Et la raison qu'Aristote se plaît à fournir pour fonder cette suprématie de la vertu morale, c'est sa beauté^. Il faut avoir du courage, non parce qu'on ne peut faire autrement, mais parce que cela est beau ^ ;
1. Arist., Eth. Nie, B, 7, 1I07^ 8-16; Ibid., A, 1-3, lll9b-1122\
2. Id., Ibid., B, 7, ll07^ 21 et sqq.; Ibid., A, 7-9, 1123''-1125'\
3. yrf., Ibid., 3, 1105", 28-33, 1105", 1-18 : Ta ôà xaxà rà; àpexà; yîvofxsva oùx èàv aùtà Tuto; ë/ï), cixaîwc ?] atoçpovw; TcpaTTexat, àÀ>à xal èàv ô TipàxTcov TTco; îyuiv TrpâTXTTj, 7ipo)Tov (Jièv Èàv eiôox;, CTreir' èàv TrpoaipoOfxevoç, '/.al Tcpoaipoujxevo; ôt* aùxà...; Ibid., Z, 13, 1144", 13-20 : woTrsp yàp xal rà Stxaia XéyofJLev upaTTOvràç Ttvaç oÙTxto oixaiou; elvai, olov toùç zàimo xcLv vo[J.o)v Tsxaytxeva TTOtoùvra; 9) àxovxa; •?) ôi' àyvoiav •?) ôi' exepôv xt xat (xy) Si' aùxà (xatroi TipàTToua-t Y£ à oeî xal oaa. ypy; tôv aTiouôatov), outo)^, o); ëoixev, ècrTi ib tuûç £X°'^'^°^ TrpQCTxeiv ëxaTTa /ôctt' eîvat àyaôov, liyoi 6' olov ûià upoaipeaiv xal aOxcov evexa Tiv TrpaTTO[j.£va)v; Ibid., l\ 11, lUG", 33-3G, 1117", 1-5; Etil. Nic, I, 4, 1160% 13-17; Eth. mag., A, 20, 1190", 35-37, 1191", 1-4.
4. Id., Eth. Nie, A, 2, 1120", 23-24 : al 6à xax àper^jv ■kçxxU^q v.olIol\ xal Toù xaÀo'j ëvexa.
5. Id., Ibid., r, 10, 1115^ 10-13, 21-24; Ibid., Y, 11, 1117», 8-9.
là se trouve le motif pour lequel le bon citoyen supporte les dernières souffrances et affronte la mort plutôt que trahir sa patrie^. Il faut être tempérant parce qu'il est beau de rester maître de soi-même et qu'il est laid de s'abandonner, comme un esclave, à la fougue des plaisirs-. Il y a une façon de donner où l'on n'agit pas en vue du beau : et ce n'est pas de la libéralité. Il y a une manière de faire de grandes dépenses, qu'inspire une certaine petitesse d'esprit : et ce n'est pas de la magnificence^. Celui-là seul est juste, dont la conduite a pour fin la beauté de la justice; on pratique l'amitié dans la mesure où le culte du beau devient le motif pour lequel on se donne ^. Rien n'est bon que par l'intention de réaliser le beau.
Mais l'on se tromperait, si l'on venait à croire qu'Aristote s'est contenté d'une telle explication; elle est, d'après sa doctrine, une preuve de surface, une conséquence plutôt qu'un principe. Dans le fond de sa pensée, si la beauté de la vertu morale a un prix souverain, c'est à cause du rapport spécial qu'elle soutient avec notre fin suprême envisagée du point de vue de la raison. La raison universalise tout ce qu'elle touche : elle veut que, si le bonheur est le bien souverain de tel individu, il soit également celui des autres; et, comme l'ensemble vaut plus que chacune de ses unités, c'est le bonheur général qu'elle élève au premier rang. Dès lors, la vertu morale n'est plus seulement orientée vers la plus grande jouissance possible des particuliers; elle n'existe qu'autant qu'elle devient
1. Arist., Eth. Nie, T, 11, 1116*, 10-15; Ibid., 12, 1117^ 7-16.
2. Id.,Ibid.,T, 13, 1118^ l-21;/ôid., 1119», ii-i8; Ibid., 15, 1119S 1-18; Elh. viag.. A, 22, 1191^ 10-16.