‹ AristoteChapitre 247 sur 304 · Id., Ibid., I · texte numérisé non relu

Id., Ibid., I

une coordination de nos actes en vue de la félicité sociale ; elle n'existe qu'autant qu'elle rompt les barrières de l'égoïsme, revêt un caractère d'universalité, et par là même de désintéressement. Ce caractère de désintéressement, voilà le trait qui donne à la vertu morale sa valeur incomparable; et c'est aussi la note spécifique de sa beauté ^ La théorie aristotélicienne de l'intention morale a comme trois moments assez distincts : il faut pratiquer la vertu pour elle-même ; il faut la pratiquer ainsi, parce qu'elle est belle ; sa beauté n'est autre chose que la splendeur de l'énergie rationnelle que nous déployons à la réalisation, non de notre bien, mais du bien. C'est la pensée de Socrate avec un degré en plus de précision.

L'éthique d'Aristote est une morale d'esthète. Mais, en même temps, elle est quelque chose de plus et :1e mieux. La beauté de la vertu pratique consiste en un certain ordre de nos actions libres. Et cet ordre, la raison ne se borne pas à le proposer; elle l'impose. Il y a des choses qu'il faut faire, d'autres qu'il faut éviter, d'autres qu'il faut subir 2. Le tempérant désire ce qu'il faut; et l'intempérant ce qu'il ne faut pas^. L'homme de bien fait ce qu'il doit; chez le méchant, au contraire, domine le désaccord entre ce qu'il doit et ce qu'il fait'*. Il y a des actions auxquelles il n'est pas possible de se laisser contraindre; il faut plutôt mourir, après les plus cruels tourments^. Et ce que désigne ici le mot $£T, ce n'est pas

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