Arist., Polit.,!, 2, ISIT'-ISIS
2. Id., Ibid.f r, 11, 1281'', 24-28 : toioùtoi 6' elcrlv otoi (jltjTE tt)o-'7ioi (jL-r,Tc à^îwfxa ëxouaiv àper?)ç {xriôév t6 {xàv ^àp {xsxéx^iv aùtoù; xtov àp"/tov xàiv jxsYÎfTttov oOx ài75a).è; {àii. xe yàp àoixîav xat à'fpoaOvy^v ta jxev àoixeîv àv ta ô' àfxapTave'.v aùxou;)...
qu'avide ^. Précisément parce que cette foule est telle de sa nature, elle ne tarde pas à tomber sous la domination des démagogues ; et dès lors, tout va se précipitant vers la ruine finale. La loi ne compte plus; les décrets la remplacent. Les chefs que le peuple se donne ne songent qu'à le flatter pour conserver leur influence : ils cultivent avec art sa jalousie farouche et sa rapacité; et l'on assiste à un défilé croissant de délations, de procès, d'exils, de confiscations. La démocratie pure devient en peu de temps une tyrannie collective qui n'est guère moins terrible que l'autre 2.
Le vice radical de la démocratie est de se fonder sur une idée incomplète de la justice. On n'y tient compte que de la quantité ^ ; besoin s'impose de considérer aussi la quahté. Les nobles veulent être tout; ainsi des riches, ainsi de ceux-là mêmes qui se disent vertueux et que l'on appelle « les bons » ^. Et ce sont là autant de prétentions exagérées; le désir, comme on l'a vu, ne connaît pas de limites. Mais on commettrait l'excès contraire, en excluant de la cité des supériorités sociales qui sont nécessaires au bonheur public. La vraie solution , c'est de donner plus à celui qui vaut pins, et moins à celui qui
1. AriST,, Polit., Z^ 2, 1317", T-lOicpaai yàp ôeïvtaovI-^etvexatîTov XMVtiokizGiV' w(jT6 èv Taî; SyiixoxpaTiat; crufxêatvei xupiwTepou; etvai roù; àTiôpou; tûv eÙKopwv 7:).eîo'j; ^àp elffi, xûpiov oà toi; TiXetoffi Ôô^av ; Ihid., A, 6, 1292»», 41, 1293*, 1-10.
2. /tZ.,/6it/., A,4, 1292», 2-32;Po/i^, E, 9, 1310», 25-36; IIoXit. 'AOrjvaîwv, XXVIII. Cf. Plat., De leg., 111, 698* et sfiq.
3. AiUST., .Polit^ Z, 2, 1317'', 3-4 .-Kalvàp to ôixatov to 8Yi[X0Ttxèv xô Iffov ë^et^ édti -/.at' àpi6[xov àX)à (jlv) xat'à^îav.
4. Id., Polit.. E, 1, 1301', 28-40, 1301", 1-6 : Arislole al'air ici de ménager la classe des vertueux; c'est qu'il s'agit, dans sa pensée, de ceux qui le sont vraiment et excelletninent. Voir, dans la Cité antique de Fuslel de Couliinges, le rôle politique des « bons » (pp. 329-331, Hacli(îlle, Paris, 1880).
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vaut moins : ainsi le veut l'intérêt général. La participation de tous au pouvoir doit être proportionnelle; la justice arithmétique se corrige en s'alliant à la justice géométrique ^
€ette première restriction ne suffit pas ; il faut encore épurer la cité des éléments qui ne font point partie de son essence. Tous ceux qui l'habitent n'en sont pas. Elle contient des membres proprement dits ou citoyens, et des « instruments animés » qui ne sont pour elle que des conditions d'existence. Or cette dernière catégorie, ce clan des « nécessaires » qui pourtant ne comptent point, ne comprend pas seulement la tourbe des esclaves; elle s'étend aux mercenaires (O-^tsç), aux artisans (gàvauaot), aux agriculteurs eux-mêmes (vEiopyot), lesquels n'ont point par ailleurs la propriété du sol qui boit leur sueur. La cité a pour fin naturelle le bonheur; le bonheur suppose la vertu ; et celui qui vit de son travail n'a point les loisirs voulus pour l'acquérir. Bien plus, sa besogne l'avilit et le rend à la longue incapable de s'élever si haut. Un citoyen ne doit avoir que des occupations libérales'^.
Ainsi la meilleure des formes politiques est une aristocratie des plus impitoyablement fermées aux prétentions du grand nombre : tout y travaille, sans dédommagement, au profit d'une élite affinée, qui comprend des degrés divers, mais qui se réserve tous les droits politiques et tous les biens, parce qu'elle est seule capable de collaborer efficacement à Fœuvre du bonheur et d'en jouir.
1. ÀRIST., Polit., r, 12, 1282^, 14-27; Ibid., E, 1, 130l^ 29-40, 1302^1-8; Ibid., Z, 3, 1318% 27-40, 1318% 1-5; cf. Plat., De leg., VI, 757\
2. ÀRiST., Polit., r, 5, 1277% 33-39, 1278", 1-21 ; cf. Ibid., H, 8, 1328% 21-37 ; Ibid., 9, 1328", 33-41 ; 1329=*, 17-26 : ...to yàç; [iivaucov où {jLstexsi Tr,? Tio/.ewi;, oOô' à>v>.o oùOàv Y£vo; ô [xtj Tri; àp&i:?,; ôy,a'.oupYÔv è<7ti.
Comment se constitue l'État auquel convient ce « régime parfait » ? Quelles sont la nature et l'extension de son territoire? Quel emplacement et quelle grandeur doit avoir sa capitale? Lui faut-il un port? et à quelle distance sied-il de le situer pour que les citoyens n'aient pas à souffrir du contact des commerçants et des étrangers? Combien y a-t-il d'espèces de charges publiques? De quelle manière et à qui peut-on les départir avec le plus d'avantage? Ce sont autant de questions qu'Aristote traite au livre VII de la Politique avec un soin minutieux^, comme l'a fait Platon lui-même dans ses Lois'^. Et, quand on regarde de près à cette description, on y reconnaît sans peine l'idéalisation de l'Attique : le Stagirite s'y révèle comme un Athénien de cœur.
En cherchant la meilleure des formes politiques, Aristote rencontre sur sa route les constitutions deCarthage^, de Lacédémone*, de la Crète ^, la réforme de Solon ^, les théories de Phaléas"^ et d'Hippodamos ^; et il en fait la critique avec cette puissance de pénétration qui est l'un des traits dominants de son génie. La meilleure des formes politiques une fois découverte, il aborde les systèmes qui n'ont qu'une perfection relative, ceux aussi qui ne sont que des déviations franchement perverses^. Il étudie sous
1. V. du chapitre 4 au chapitre 13; v. aiKsi pour les charges, IbicL, A, 15, 16; Z, 8.