‹ AristoteChapitre 290 sur 304 · Id., Ibid · texte numérisé non relu

Id., Ibid

Sans doute, il y a des réformes qui s'imposent en vertu de l'évolution naturelle de l'esprit humain. Autrefois, par exemple, les Grecs sortaient toujours en armes et vendaient leurs femmes; en Crète, il suffisait à quelqu'un d'obtenir le témoignage d'un certain nombre de ses parents, pour faire condamner son semblable comme coupable de meurtre. Aujourd'hui, de telles pratiques nous paraissent barbares ou simplistes. Les lois se peuvent perfectionner comme les sciences et les arts ; mais la marche à suivre n'est pas la même. La loi n'a d'autre force que celle de l'habitude : quand on la change, on lui ôte son autorité et l'on cultive d'autant l'esprit d'insubordination ^

L'une des principales conditions de la durée d'un régime politique, c'est l'existence d'une classe moyenne dont la puissance l'emporte à la fois sur celle des riches et celle des pauvres. Supposez une société, où l'on ne compte que des grands et des petits, des richards et des miséreux ; les uns et les autres sont conduits par des voies contraires aune vie également criminelle. Ceux-ci ne savent plus ni ne peuvent plus obéir ; ceux-là ne tardent pas à former un troupeau d'êtres rampants. Et Ton obtient un État composé de despotes hautains et d'esclaves haineux : ce qui est la négation vivante de l'idéal de la cité -. De plus, comme cette situation est violente, il faut que Ton en sorte. Elle engendre des luttes intestines qui ne peuvent avoir que deux issues : une oligarchie débridée, si les grands l'emportent ; une démocratie féroce, si les

1. Arist., B, 8, 1208", 26-^12 ; 1 20'.^, 1-28.— Cf. Pl4T., De Icg., VI , 772" ; MoNTKSQUiEU, ouvr. cit., p. 537 : Le mal de clianger est-il toujours moins grand que le mal de soulïrir? Hossuet, Polit. ^ ï, art. IV, prop. 8.

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