‹ AristoteChapitre 295 sur 304 · Id., Ibid. y B, 1, 12G0", 27-3G · texte numérisé non relu

Id., Ibid. y B, 1, 12G0", 27-3G

LE NATURALISME ArJSTOTÉLlCU.N.

Du système de Platon à celui cVAristote, la philosophie est en marche vers le naturalisme. Après Aristote, et sous son influence, ce mouvement ne fait que s'accentuer. Ses premiers disciples, si l'on en excepte le pieux Eudème^, tendent de plus en plus à supprimer , les différences qu'il a établies entre la pensée et la matière; si bien que,

1. V. plus haut, p. 293, n. 1 ; p. 331, n. 2. — Eudème admet également une sorte de divination qui est d'inspiration platonicienne.

A son sens, la bonne fortune (sÙTu/ia) ne trouve son explication complète ni dans le hasard (tu//,), dont les effets ne peuvent être réguliers {9i àei tôorayTO); y) tî); ÈTtt xb iioXu) ; ni dans la science (fxàôiQdt;), puisque les hommes qui en sont privés ont parfois de la bonne fortune (ôcappovsç yàç ôvre; xaTopOoO(7t 7:o),)à) ; ni dans l'exercice lui-même (àdxyiGi;) ou l'expérience (éfXTcsifiîa). 11 faut donc qu'il y ait une cause hyj)ernaturelle à ce fait singulier et cependant réel; celte cause, c'est Dieu : to oè liyiToûuLsvov ttoOt' èdxt, t:; v) Tyjç y.ivrjae(o; àpX'H ^^ "^Ti '1'^"/^- ^'^Ao^ ^^i» wo'î^îp Èv toi ô/.o) ôeô;, xai iràv èxeivco. KivsT yàp iTwç uâvra âv r,[jTv 6£'0v. Aoyou o' àpyri où ),6yo; àX),à n xpeiTTOv. Tt oijv àv xpeÎTTov xai èTt'.(7Trj[xy); eiTrot ttativ Osô;; yj yàp àp£T?i toù voù ôpyavov. xal Già TouTo ol TtàXai êXeyov, eCiTu^eï? xaXoOvTat oî àv ôp[xr,(r(0(7i xaxopôoOv àXoyoi 6vxe;, xai pouXeuedôai où avifiçépsi aOtoî; {El/i.Eud., H, 14, 1248'*, 24et sqq.).; V. aussi tout ce chapitre; Ibid., A, 1, 1214", 14-24 ; Ibid., B, 8, 1225*, 27-33. V. aussi plus haut, pp. 204, n. 6. — Au contraire, la Grande Morale, qui n est très probablement qu'un résumé des deux autres, est d'un aristotélisme plus pur. On n'y trouve ni la théorie ^'Eudème sur le rapport de la vertu H Dieu (A, 35, IIOS^, 8-20 ;B, 10, 1208", 5-20), ni son explication delà bonne fortune, eÙTVx'-a(15» 8, 1207*, 6-17; cf. /^><t/., 17 et sqq.).

au terme de leurs spéculations, il ne reste ni moteur transcendant ni « intelligence séparée » : On aboutit à une conception de l'univers d'où s'est évanouie toute idée de surnature ^.

C'est de tous côtés que le surnaturalisme superbe de Platon s'appauvrit et s'étiole sous la main d'Aristote : ses intelligibles deviennent le fond du monde sensible; de son âme entièrement éternelle il ne reste qu'une pointe de l'entendement qui ressemble bien plus à un être logique qu'aune réalité; et son Dieu si riche en science et en amour n'est plus qu'une intuition qui n'a d'autre contenu qu'elle-même.

Ces transformations diverses, Théophraste les maintient ; bien plus, sa doctrine tend par endroits à les rendre plus profondes.

D'après Aristote, tous les mouvements requièrent, pour s'accomplir, une certaine portion de l'espace et par là môme une certaine portion de la durée. Conformément à cette notion, il n'admet pas que les actes de la pensée soient des mouvements; car le sujet qui les produit et les supporte est indivisible. Ces actes n'ont ni terme initial ni terme final, ni avant ni après; ils s'accomplissent tout d'un coup. Théophraste n'en est pas pour cette distinction radicale entre les phénomènes de l'esprit et ceux de Tétendue. A son sens, il y a des mouvements qui s'opèrent au même instant dans toutes les parties d'une

1. Nous ne considérons ici les disciples immédiats d^Aristote qu'au point de vue naturaliste. Ceux qui désirent en avoir une étude complète, la trouveront dans Ed. Zeller {loc. cit., II, 2, p. 800-946), qui n'omet aucun détail, aucun trait, aucun document : c'est ce que l'on possède, en l'espèce, de plus riche et de plus approfondi.

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même masse ^ ; et par suite, il ne voit pas d'inconvénient à se servir de ce terme, lorsqu'il s'agit d'intellections et de jugements : pour lui, ce sont de vrais mouvements que les actes de la pensée -.

Au regard d'Aristote, l'imagination et l'intelligence sont nettement irréductibles l'une à l'autre : la première ne renferme que des intelligibles en puissance, la seconde ne contient que des intelligibles en acte. Et de ceux-ci à ceux-lA, le passage ne se fait point par voie d'affînement; les intelligibles en acte sont des formes à l'état pur, qui se dégagent du sensible sous l'influence illuminatrice de l'intelligence active. Théophraste se demande si l'imagination se rattache à la « partie rationnelle » de l'âme ou bien à sa partie sensible 3. Et cette question le laisse dans le doute.

On sait comment Aristote essaie d'expliquer le rapport des idées aux objets. En vertu d'une excitation dont la nature reste assez indéfinie, l'intelligence s'éveille dans les images qui nous viennent du dehors. Du même coup, elle réduit en acte les formes qui s'y trouvent à l'état latent et les perçoit. Par conséquent, la pensée n'est pas

1. TiiEOPiiH., Frag. 55, p. 428», éd. Fiud. Wimmer, Firmin-Didot, Paris, 184G. Comme le fait observer Themislius, dans le fragment cité, c'est probablement sur le mode de propagation de la lumière que Théophraste fondait son sentiment. — Ibid., Frag. 26, p. 4?0«.

2. Ibid., Frag. 53 (tiré de Simpl., Phys., 225), p. 426». D'après ce passage de Simplicius, Théophraste affirme d'abord que les désirs (ÈTiiOufjLiat) et les colères (opYaî) sont des mouvements (xivr.aetç (TtofjiaTtxa:). Puis il ajoute un peu plus loin qu'il en va de môme pour les intelleclions et les jugements : y.ai TOUTOtç èTzctytv \jtiÏç> jièv ouv toûtwv cxsTtiéov et Tiva ■/toptfffj.àv lyznzçtà^ tôv ôpov, £7iel t6 7e xiv^ffei; sîvai xai TaOra; [xptce-.; xai ôewpîa;] ôao),oYou[jL£vov.

3. Simpl., hi Ubros Arisi. De an. comment., p. 286*, 26-32 : Simplicius, expliquant l'opinion d'Aristote sur le rapport de l'intelligence et de l'imagination, ajoute sous forme d'incidente : ... 9avTa(Ttav,7Îvxat ô Geoipadtcç èvxoT; îûtoi; çuaixoîç àTtopsî, TroTepov XoyixYiv r\ àXoyov Ôexéov.

identique aux choses elles-mêmes; elle n'est identique qu'aux espèces intelligibles que nous nous en faisons. C'est là du moins ce que l'on a le droit de regarder comme l'explication dominante du Stagirite ; nous ne disons pas qu'il soit impossible de fonder sur quelques-unes de ses formules une interprétation très différente : il a des textes qui, lorsqu'on les sépare de l'ensemble de sa doctrine, mènent directement à l'idéalisme K Théophraste n'adopte pas de tous points la solution dualiste à laquelle s'est arrêté son maître; il paraît même l'avoir transformée en sa contraire. Comment se détermine Imtelligence passive? D'où vient l'excitation qui la fait sortir de son état de puissance? C'est un problème qu'il pose derechef. Or il se refuse à croire que le sensible puisse actionner la pensée, et même que la pensée puisse actionner le sensible, vu qu'entre le corporel et l'incorporel il n'y a pas de relation dynamique. La conséquence à laquelle il arrive, c'est que l'intelligence se développe d'elle-même, c'est qu'elle enferme en son être et les intelligibles et la spontanéité voulue pour les découvrir 2. Mais cette

2. TiiEOPiiH., Frag. 53" (Tiiemist., De an., 91), p. 427" : àaetvov os xà Beo- 9pà(TTou TrapaÔeaOat Tiepi xe toù 5uvà(xst voO xat toû htoye'.a. Ifept {xèv oùv xoO ûuvâjj.ei xàôô çr]iiv : «... 7r(7); oé tcoxe yivzzcf.i xà vor,xà xaî xi x6 TCûta-/etv aùxôv ; Sît Yap, etTrep etç èvépyeiav r,^£t, xaOàuep i] aicOyidiç" àaw|Ji.àx(i) os Otto aiîi[iaxoç, xi lô TiâÔû;; y] noia (xexaêoXiQ ; xal Troxepov an' èx.sivou -i^ àpyi] y] an' aOxou; x6 [jlsv yàp 7ràoy£tv an èxeîvou fiôEeiev àv, oCiSèv yàp àç' éauxoû xwv èv TrâOei, xô ôà àpyr\{v) Ttàvxwv eivat xat èiz* aOxô) xè vosîv -/ai \t.-}] M<JTZtp raïç alcrôi^aeCTiv au' aùxoù. Tâx'-^ 0 àv favei'O xal xoùxo âxo'aov, ti o voO; u).r); ëxei cpOaiv (xyiSèv tôv àuavTa os ouvaxô; » ... ÔTtaû^O!; yàp, çyjatv, ô voOç, et jxt^ àpa àXXto; 7ra6riXix(i;, xai oxi xô 7raOr,xiy.6v Oti' aOxoù ovy^ w; x6 xtvYjxtxôv ),y]7tX£ov, àxeXyjç y^^P ^ xîvY]at;, àXx' w; èvs'pYsiav. Kal Tipoïwv ÇYidi xà; [xèv alcOiQrret; oOx aveu <Ta)fji.axoç, xôv oà voOv X'»>P'<r'r'>v. El la inôrne pensée s'afTiirne à nouveau dun.s la suite du lexte où il s'agil de l'iiilellect actif. Au regard de Théophraste, l'intelligence est tout entière séparée

conséquence ne va pas seule; elle soulève naturellement une autre question. Si les intelligibles sont dans la pensée, il s'agit plus que jamais de définir quel rapport ils peuvent avoir avec les objets réels. Et là s'accuserait, au dire de Priscien, une divergence nouvelle, beaucoup plus profonde que la première. ïhéophraste admettrait que les intelligibles s'identifient avec les choses dans la mesure même où elles sont « formes » : ce qui suppose que la pensée est immanente au monde, qu'elle sommeille et s'éveille en lui K Toutefois, ce dernier point souffre quelque réserve. Le texte où l'on se fonde pour rétablir est la rédaction d'un néoplatonicien; et l'on n'est pas sûr de sa complète fidélité.

On connaît mieux l'idée que Théophraste s'est faite de l'âme humaine. Et là son esprit naturaliste se manifeste à nouveau. Comme il a pu voir et comparer un très grand nombre d'êtres vivants, il n'a plus une confiance absolue en la distinction métaphysique des espèces; il incline plutôt à croire que tous les individus s'apparentent de quelque manière. Pour lui, l'âme humaine, y

et ne peut éprouver l'action d'aucun corps. — Puiscian., Metaphr., p. 25- 29, TTepi vou, éd. Bywater, Berolini, 1886.

1. Priscian., ouvr. cit., p. 34, 29 et sqq. : iTà).iv os \j'Ko\i.\.]V)r,a'/.z\ (çCkoaoiif-tôxara ô ©eoçp. w; vcai aùxô tô etvai là 7rpàY(xaTa tôv voOv y.ai ôuvâae; xal èvepYôîa "kr^ixiov o'r/.sîœ;- 'l'va y-y) d); érrt Tr^ç uày]? xatà 0T£pr,c7iv t6 oyvdcfxsi, f, xaTà xrjv e^coôiiv xal 7ra6r)Tixriv Te)>tîa><7iv to èvepyeîa \i-îZovor^a(ù]xtv' à>>).à [xr,&è (b; Èiù Tyjç aÎTÔT^TEw;, evôa Stà Tr,ç tûv al(x6y]Tr]p(a)v xiv/iaewç r\ xïjiv Xoyœv Y'" v£Tat 7rpo6o)vri, xal auTY) xôiv ê|(o xeiaÉvwv o-jora ôewpïiTtxy], à/Xà voepw; iizX voO xal TO ouvà!J.ci xal to âvepYE'-a sivai Ta TipâyiJ.aTa ^.r^rziiov . . . Ibid., 37, 24- 33 : ... Ttô vô), çyiori (Gîdçp.). Ta fi.£v votitoc, TOUTsffTi Ta àvj>a, àei uuàpyef ÈuEiSy) xaT* oOfftav aÙToT; ouve<7Tt xal £(rTi(v) oirsp Ta voiQTà- Ta 6è ëvu).a, ÔTav vor.Ôig, xal aÙTa "zîô vw Onào^ôi, oùy d>; aucxoiy^oi^ aÙTfo voYiOriaôuieva' oùSÉTioTE Y^'? "^^ £vu),a T(o vûi àu/tp ôvti* à)v).' ôtav ô voOç Ta ev a'Jiiô f;,r] o)ç aÙTà (xôvov àX/à xal a); aiTta twv èvj/.cov Yt^W(Tx9i, t6t£ xal Tcîi viô ÛTrâp^Ei Ta évuXa xaTà tyiv attiav.

compris l'intelligence active, est pareille de sa nature à celle des autres animaux; elle n'en diffère que par son degré de développement. De part et d'autre, en effet, ce sont les mêmes sensations, les mêmes désirs, les mêmes passions, les mêmes raisonnements; il n'y a de dissemblance que dans l'affmement de ces divers phénomènes ^ Assurément, Aristote est déjà sur cette voie; mais il ne va pas aussi loin. D'après sa doctrine, l'évolution des formes trouve dans les résistances de la matière une limite infranchissable.

Avec Aristoxène et Dicéarque, on fait un autre pas dans la même direction; et ce pas est considérable. Aristoxène admet l'empirisme d'Aristote. Il observe sa méthode avec rigueur et l'applique, en musique'^, d'une manière ingénieuse et féconde. Mais il subit en même temps l'influence des pythagoriciens : son intelligence demeure frappée du sens de Tharmonie qui s'est révélé dans leur école. Il se passionne pour leur théorie des nombres dont l'idée fondamentale lui semble juste, et finit par conclure que l'âme elle-même n'est qu'un certain rythme des parties du corps. L'organisme est un instrument de musique : quand il est bien accordé, la conscience jaillit et n'est que

1. PORPH., De abst., III, 25, éd. Rud. Herciier, Paris, 1858 : ©eoçipacrToç 6è xal ToiouTw y.éxpviTai Xoyf}),.. Tïàvraç ôè toù; àvOpioTcou; àXXiîXot; (pajxàv olxecou; T£ xai G'o-^^viiii^ elvai ôuoîv OdTepov, ïi tû Trpoyôvwv cTvat tôjv aùxwv, "i^ xû xpoç?;; xal y)Où)V xal xaÙToO yevou; xotvwveTv... xai ny)V Ttàdi toîç J^woiç aï xe xwv (Tw[/.âxa)v àp-/ai TieçCxaciv al aùxal (toinine les germes, la chair, etc.). \\o\\j 6è fAàXXov TÛ xà; èv aùxoî; ^'^/à; àStaqpôpou; lueçuxévai, Xéyw ^À ^atÇ è7riGu|xta'.ç xai iqlXc, ûpYaï;, ëxi Se xoî; >OYta|xoï;, xoi |xà)>iaxa i^é.^'zuiv xaî; alaôrideaiv. 'AXX' ojTTrep xà otûixaxa, xal xà; «j/ux^î ouxo) xà jj.àv àu'iixpiêwixévaç eyei xôiv ^[(ôtov, xà ôà ■^xxov xoiaûxa;, Ttàdt -yt (i.Y)v aùxoï; al aùxal Tie^ûxaaiv àp/a^ AyjXot Se r, xôiv Traôwv oixet(5xY]!;.

2. AiiisToxKiv., Die JJarmonische fragmente, 32, 10-33, éd. Paul Marquard, Berlin, 18G8.

cet accord; elle s'évanouit dès qu'il vient à se désajuster^ Dicéarque s'est encore plus occupé de l'àme qu'Aristoxène, son ami; et il en donne la même définition : il la considère également comme une « harmonie des éléments » corporels. Par suite, elle ne saurait avoir une existence indépendante : elle ne peut nullement survivre à l'organisme ; et la croyance en l'immortalité n'est qu'une erreur dont il faut purifier l'esprit humain -. Malgré cette théorie matérialiste, Dicéarque ne laisse pas d'admettre un principe divin et même une sorte de divination' : ce qui ne doit surprendre personne. Démocrite est tombé dans la même contradiction; et l'histoire de la

1. Frag. Hist. grxc, t. II, Akistox. frag. 82, p. 290, éd. Car. Mûller Firmin-Didol, Paris, 1848: Cicero, TuscuL, I, 10 : Aristoxenus Musicus idemque philosophus ipsius corporis intentionem quandam animam esse dixit ; velut in cantu et fidibus, qux harmonia dicitur, sic ex corporis totius natura et figura varias motus cieri, tanquam in cantu sonos. Hic Aristoxenus ab artiflcio suo non recessit, et tamen dixit aliquid, quod ipsum quale esset, erat inulto ante dictum et explanatum a Platone (in P^a?rf., p. 390-392); /c/., Ibid., iS ; Lkcta^tws, Instit. div., VII, 13; Id., De op. Dei, c. xvi.

2. Ibid., DicEAKCH. frag. 62, p. 265. En ce fragment, Dicéarque s exprime ainsi par la bouche d'un certain Phérécrate : nihil esse omnino animum et hoc esse nomen totuminane, frustraque animalia et animantes appellari ;...vimqiie omnera eam, qua rel agamus quid vel senliamus, in omnibus corporibus vivis aequabiliter esse fusam, nec separabilem a corpore esse, quippe quaî nulla sit, nec sit quidquam nisi corpus unuin et simplex ita hguralum, ut tetnperatione vigeat etsentiat; Ibid., TuscuL^l, 11, 18, 22; Acad., Il, 39, 124. — Frag. 63, Jambl. ap. Stoboeum, Ed., 1. 1, p. 870, éd. Ileeren (cf. Osann., p. 51). — Frag. 64, Nemesius, De natur. hom., p. 68, éd. Malhœi : Aiy.a(ap//>; 5à (animam dixit) àp(xovtav tôôv Tecrcràpwv Gzoïy^zloiv...; Pllt., Plac. ph., IV, 2, 5, p. 898; Stoboeus, Ed., t. I, p. 796; Sextus ëmp., Adv. Math., VII, p. 438; /</., Pyrrhon. llypoth.. Il, c. 5; Atticus Platonicls, apud Euseb., Prep. Ev., XV, 9, p. 810, A; Tertullun., De anim., c. 15.

3. Ibid., Frag. 69, Ciceko, De Divin., I, 3; Ibid., 50; Ibid., Il, 51. — Frag. 70, Plut., Plac. Phil., V, 1, 4, p. 1105* : 'ApKTTOTéXr,: v.al A-.xottap/o; t6 xat' èvOouciaCTtJLÔv jxovov Tiapeiffàyo'jffi xal toù; ôvetpouç, àOàvaTov (xàv eîvai où

pensée abonde en cas analogues : les philosophes enlèvent aux concepts ce qu'ils contiennent et continuent ensuite à s'en servir comme s'ils ne leur avaient rien enlevé.

Mais ce sont là des idées plus ou moins fragmentaires et dont la substance était connue depuis longtemps. Il en va différemment de l'œuvre de Straton : c'est une conception originale, compréhensive, dérivée d'un seul principe, et le naturalisme y triomphe d'un bout à l'autre : il y est plus intense que dans l'épicuréisme où subsiste une sorte de mythologie divine, plus intense même que dans le stoïcisme. Straton a subi très probablement l'influence de ces deux derniers systèmes et il en traduit avec une puissance singulière le caractère commun qui est la négation du transcendant.

Le mouvement local ne s'explique pas , comme l'a dit Aristote : contrairement à sa pensée, tous les corps sont pesants et tous ils tombent vers le « milieu >'. Mais leur pesanteur est inégale et par là môme i!s y tombent avec des vitesses difl'érentes : c'est ce qui fait que les uns montent, tandis que les autres vont en bas. Les plus lourds, dans leur chute, exercent une pression sur ceux qui le sont moins et les obligent à changer leur route naturelle. Si le feu, par exemple, va vers le haut, ce n'est pas qu'il y tende comme vers sa fin et sa forme; les autres corps l'actionnent dans cette direction en vertu de leur gravité plus grande : supposé que l'on suppiime à la fois l'air, l'eau et la terre, le feu se mettrait de lui-môme à descendre, comme tout le reste. La loi qui préside aux mouvements de translation est unique; et c'est celle de la chute vers le centre du monde '.

1. SiMi'L., De cœl., 121", 32 et sqq.; Sch. in Ar., 48G", 5 : 6ti 5z o-jts ty] Ok'

A quoi tient l'inégalité de la pesanteur? Est-elle de provenance (jualitative? ou bien faut-il, coninic Ta fait Démocrite, Tattribuer à de petits interstices? il y a là un point qu'il n'est pas facile d'éclaircir. Il semble néanmoins que Strviton ait incliné vers la seconde de ces deux hypothèses. Sans doute, il combat le mécanisme de Démocrite qu'il appelle « un rêve », il rejette ses « atomes insécables » et s'élève avec force contre sa théorie du vide ^. Mais il ne laisse pas de s'en inspirer au profit d'une solution qui lui est personnelle. Il faut croire avec Aristote à la divisibilité indéfinie de la matière et du mouvement ^; il faut maintenir aussi qu'il n'y a pas de vide en dehors

à)v),r,>a)v èx0/.i4'îi ^taJ^oixeva xivciTai 6eîxvu(7tv ['Apiax.] è^e^ï^;. TaûxY)? Se ysy^^aai Tyj; ôù^Yi; (jlst' aÙTÔv StpâTwv ô ),ati."{^0(xr,v6; it v.où 'ETîîxoupoç, Tîàv owtxa [îapijTrjTa E'/ei'' vo(xt2JovTe<; xai upè; tô (xscov çeperiOat, tû cï xà papuxepa ûçiÇâvsiv xà ■^Txov Papéa Ok' èxei'vwv èxôXîêeaôai ^Id. îtpôç xo àvw, ôoffxe eïxi; OcpeîXe xir,v yrjv, £),0eiv àv xè {i5wp el; xô xlvxpov, xal e'î xiç xo OStop, xov àipa, xoà el xov àspa, xo TiOp... ol ôè xoO Tcàvxa Tcpôç xo [xeaov çépecOat xaxà çûcriv xexai^ptov xojxîl^ovxeç xo T^ç Y^ç uïtO(77tto{JLévyic xà îiStop ètti xo xàxw çépeffOat xal xoO iîSaxoç xov àépa, àyvùOai xrjv xouxou alxiav xr)v àvxiTtepîdxaffiv oîicav... Icrxécv 6è ôrt oO Xxpàxtov (xôvo; oOSà 'ETiîxoupoç Tràvxa eXîyov elvai xà awfi-axa ^xpfa xal ç-jeret [xàvxo xàxw çspofxeva Tiapà çucrtv 6e ini xô âv(o, à).).à xal ID.àxwv olSe cpepo[xévv]v xriv ôô^av xal ôieXeyxei; Stoiî. ,£"€/., I, 3î8 lixpâxtov (jièv upoceivai xoTç <7W|xafft çuffixov pàpoç, xà ûèxouçoxepa xoî; Papuxe'poi; èuiTroXâÇeiv oîov éx7cupr,viÇo(jLeva.

1. Cic, Acacl., II, 38, 121 : Quœcumque sint, docet oinnia elTectaesse natura : nec ut ille, qui asperis et levibus et hamalis uncinalisque corporibus concreta haec esse dicat, interjeclo inani. Somnia censet hœcesse Democrili, non docentis, sed optantis.

2. SlMPL.,Phys., 168, a,o ; ô Se ),au.i];axY)vo; Ixoàxwv oùxàTro xoO [xeyc'Oou; fiovov tryvex^ xr^v xivrjciv etvai çrjtrtv, àX).à xal xaô' éauxY,v, to:, el ôiaxoTieiri, oràdet oia).au.êavofi.£vy],xal xo |xexa^ù 50o otaffxàaewv xlvyirïiv oiUffav àôtàxoTtov. Kal Troffôv 6é XI, çYicîv, r) xivr)<7i!; xal Siaipexov eîç àel Siaipexà; voir aussi la conclusion de ce passage à partir de ces paroles : 'A)X' 6 [j.àv 'Aptaxox£),Yi;...; Sext. Emp., Adv. Math., X, 155. Dans ce passage, le temps est donné comme se composant de parties indivisibles : xoù; {xèv yàp -/povou; el; àfjLepè; ÛTiéXaêov [ol Trepl xov Sxpâxwva] xaxaAr,yciv. Mais cette indication semble inexacte. D'après Simplicius, Straton dit formellement que le temps, à la diiTérencedu nombre, est continu : t) ôè xîvricrt; xal 6 ypôvo; cuve/iî; (PAy.ç., 187", a, m).

du monde. Le vide est un lieu; le lieu est « l'intervalle qui se produit entre l'environnant et l'environné » ' ; i or par delà le ciel, il n'existe plus rien, il ne peut plus I rien exister de semblable. Et pourtant la thèse de Démocrite n'est pas entièrement fausse. Lorsqu'on expose aux rayons du soleil une bouteille pleine d'eau et hermétiquement fermée, la lumière et la chaleur la pénètrent de part en part : c'est donc qu'il s'y trouve des pores -. S'il n'y a pas de vide à l'extérieur de l'univers, il y en a du moins au dedans ^ ; et de là viennent probablement, au sens de Straton, les différences de gravité qui se révèlent dans le monde physique.

A côté des mouvements de translation, qui sont purement quantitatifs, il y a ce que l'on appelle aujourd'hui les mouvements moléculaires, et ceux-là sont d'ordre qualitatifs. 11 existe deux qualités premières : la chaleur qui a son substrat dans le feu, la froideur qui a le sien dans l'eau ^. Ces deux qualités sont des contraires qui s'ex-

1. Stob., Ed., I, 380, éd. MiîNEiRE, Lipsiœ, 1860 : loîtov ôà elvai (d'après Straton) xo (AeiaÇù ôtaaxrjjxa xoO 7i£pié-/ovToç xai toO Trepteyofxsvou.

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