Id., Ibid., A, 9,991", 4-9; /6id., M
« idées » n'a pas de limite. Il y en a pour le blanc et le noir, le grand et le petit, le plus et le moins; il y en a pour la vision, le son et le tact, pour chaque espèce de sensation et chaque espèce de mouvement; il y en a pour les relations et les négations elles-mêmes ; il y en a pour les produits de Fart aussi bien que pour les choses naturelles. Les idées comprennent toutes les déterminations de l'être et du non-être ; car il n'est rien qui ne se ramène d'une certaine manière à l'unité logique '. Et cependant les « idées » ne devraient pas s'étendre au delà des choses naturelles ~ ; vu que les produits de l'art n'en ont d'autre que celle qui réside dans l'intelligence de l'artiste ^. Et, parmi les choses naturelles, les idées ne devraient pas s'étendre au delà de leur essence ; car c'est par là seulement que les individus communiquent avec elles *; les accidents leur reviennent en propre. Gomment d'ailleurs les accidents auraient-ils des idées ? Comment ce qui change perpétuellement pourrait-il être représenté par ce qui est immuable?
1. Arist., Met., A, 9, 990»>, 11-27 ; Ibid.,M, ^i, 1079*, 7-U : ...tô yàp v6?iExa ev où (xdvovTcepi tàç oùffîa; àXXà xat xaxà (xy; oOdiûv ëffTat... j/6td., M, 2, 1076", 39 et sqq.
2. Id., Ibid., A, 3, 1070", 17-20 : àXX' eircep, ènl twv cpuo-ei' 8io Sy) où xaxwç ■6 nXaTtov ëçT) on etSr) éffTtv ôtzogol çùcei, eÏTiep èaTiv eiSï] àXXa toutwv, cîov 7:ûp, crâpÇ, xeçaXin-
3. Id., Ibid., A, 3, 1070*, 13-15 : ini (ièvoiv ttvûv, to tdôe tc oùx êffxt, napà. xi\y ayv6éTY)v oùaîav, oîov olxiaç to eîSoç, el {xV) v) xéxvri . D'après l'opinion de Xénocrate, « l'idée » de Platon ne serait que « la cause exemplaire de ce qu'il y a de perpétuel et de constant dans la nature » : xaOà çrjatv ô Sevoxpàr/]!;, eîvai t/jv ISeav 6é|xevoç altiav TiapaôeiYfxatixïjv twv xarà çuctiv àei <juvecTTcoxtov (Procl., Oper..., in Parmenid., 133, éd. V. Cousin, Paris, 1820- 1827),
4. Id., Ibid., A, 9, 990'', 27-34 : xaxà 8è tô àvayxatov xat xà; ooca; xàç uepi -aÙTÙiv, ei èaxi (xeOsxxà xà etÔY), xwv où(7t(Lv àvayxaïov iSéa; sîvai {xdvov... Ibid., M, 4, 1079', 24-31.
l'être. 33
Eq second lieu, si deux objets ont besoin d'une idée pour se ressembler l'un à l'autre, il faut une seconde idée en vertu de laquelle la première ressemble elle-même à ces deux objets : il y a l'homme sensible, l'homme en soi et un troisième homme ^ Déplus, ce troisième homme en suppose un autre qui en suppose un autre, ainsi à l'infini. Et c'est là pourtant une conclusion que Platon n'admet point : d'après lui, chaque idée est un terme ultime, un principe au delà duquel il n'y a plus rien.
Si du nombre des idées on passe à leur nature, les difficultés qui surgissent ne sont pas moins grandes. L'homme en soi est l'exemplaire de Callias. Mais, en même temps, il est copie à l'égard de son genre prochain qui est copie à l'égard du genre supérieur; carie principe sur lequel se fonde la théorie est général : c'est toujours, au fur et à mesure qu'on s'élève, par l'unité que s'explique la pluralité. Les idées sont donc à la fois modèles et copies, et dans le même sens ^. Or cela ne se conçoit pas. On conçoit encore moins que les « idées » existent en elles-mêmes et par elles-mêmes, qu'elles soient des substances, au sens rigoureux du mot. Au fond, elles sont des universels ^ : et l'universel n'est pas une chose en soi; l'universel ne peut être qu'attribut. On affirme l'homme de tel homme, d'Eudoxe, par exemple, ou de Calippe; mais on ne l'élève pas à l'état de réalité indépendante, car il n'est qu'un produit logique de notre esprit *. C'est par son fondement
1. Arist., Met., A, 9, y90^ 15-17; Ibid., M, 4, 1079», 11-13.
2. Ici., Ibid., A, 9, 991', 29 et sqq. ; Ibid., M, 4, 1079^ 33-35.
3. Car, si elles étaient individuelles, il faudrait quil yen eût autant qu'il peut exister d'individus : 7îoX),à lazaïaùzb tô îiwov (Met. y Z, 14, 1039*', 9). Mais alors, elles cesseraient d'être des principes d'unité.