‹ AristoteChapitre 33 sur 304 · rf., Ibid., Z · texte numérisé non relu

rf., Ibid., Z

lui-même que pèche la théorie « des idées séparées ».

« 11 faut donc que « les idées » descendent de leur Olympe pour entrer dans le cours des choses; il faut qu'elles deviennent inhérentes aux individus : elles sont les déterminations spécifiques de la matière, rien de plus. Et, si telle est leur nature, on ne peut plus les regarder comme éternelles. Ellesne se « produisent» pas, il est vrai; c'est toutd'uncoup qu'ellessont, et tout d'un coup qu'elles cessent d'être ^. Mais elles n'en subissent pas moins l'alternative du commencement et de la fin. Elles n'existent pas avant les choses, elles n'existent pas après non plus ; elles sont simplement leurs contemporaines, et parce qu'elles en constituent l'essence -.

Toutefois, l'on ne peut remonter indéfiniment du contraire au contraire ; la série régressive des formes doit avoir un terme ultime. Il faut qu'à l'origine il y ait au moins une forme antérieurement à laquelle il n'en existe pas d'autres, et qui soit par là même immuable 3. C'est à l'éternité que l'on aboutit par l'analyse de la forme aussi bien que par l'analyse de la matière : il y a cela de vrai dans le poème des « idées ».

Des concepts de matière et de forme dérivent les rapports que soutiennent entre eux ces deux principes de la substance.

1. Arist., Met., Z, 15, 1039", 23-27 : ... *AXX' aveu yavéasto; xaiçOopà; dal xal oùx elaîv : il en est comme du contact. Ibid., Z, 8, 1033", 23-24; Ibid.f Z, 8, 1033^ 28 et sqq.; De cœL, A, 9, 277^ 30 et sqq.

2. Id., Mkt., a, 3, 1070^ 21-27; Ibid., Z, 10, 1035", 25-27 ; Psych., T, 5, 430», 22-25.

3. Id., Met., A, 3, lOGO", 35-3G; 1070", 1-4; Ibid., 0,8, 1049", 4elsqq.; 1050, G-19.

l'être. 35

La forme, sous la poussée du désir qui anime la nature, devient un principe d'action, elle s'imprime dans la matière : elle la pétrit du dedans; elle la façonne à la manière d'un architecte intérieur. Et, si son œuvre organisatrice n'y rencontrait aucun obstacle, elle en épuiserait la puissance, arriverait à la plénitude de son acte et se trouverait du même coup harmonisée avec le reste de l'univers. Il n'y aurait plus alors aucune place pour le changement; mais aussi toute imperfection, tout désordre aurait à jamais disparu : le monde serait immobilisé dans une extase éternelle. C'est qu'en effet la nature obéit de soi-même à la loi du meilleur 1, et qu'elle ne fait rien de son chef qui soit inachevé, vain ou superflu-. L'universelle harmonie, voilà son but; et ce but, elle l'atteindrait infailliblement, si son effort se pouvait déployer en toute liberté.

Mais la matière est là, dont l'influence a quelque chose d'essentiellement limitatif. Elle entraîne à sa suite un cortège de nécessités, qui sont autant d'imperfections plus ou moins graves ^. Veut-on construire une maison,

1. Arist., De gêner, et corrup., B, 10, 336", 27-28 : ... èv àuaaiv àei rou [3e>,Tiovû; ôpÉYeaQat çafxev xrjv çuaiv; DecœL, B, 5, 288», 2-3 : ... r\ ^ûffti; àei ttoisÏ TÛiv £v5c"/ofJiév(riv 10 PéXtiotov; Part, an.. A, 10, 687*, 15-16; [ne. an., 2, 704", 15-18; Phys., A, 1, 193^ 12-18 : ... r; àpa (xopçri çuff-,; ; De an., B, 4, 415", 16-17 : çavepov ô' w; xal ou evsxsv t?; 4"^"/^ aixia* waTiep yàp ô voù; évsxà TO'J TTOieT, Tov aÙTÔv xpoTTOv xal r\ çûatç, xai tout' eaxiv aOi^ téXoç.

2. Id., De cœl., B, 11, 291", 13-14 : rj os çuffiç oùSèv àXdywç oùSè {i,àTr)v Ttoieï ; Polit., A, 8, 1256'», 20-21: ... y) çuai; fi,Y]8èv {xtqts àteXèç r^oizX [xt^te (;.àTriv...; Part, an., A, 12, 694*, 14-15 : atxiov ô' ou oùôèv t^ ©uaiç 7:01e t Trepîepyov.

3. Id., Anal.post.t B, 11, 94", 36 et sqq. : yj p-èv Y^pivexà tou uoteî <pu(yi;, y) S' il àvâyxri;, etc. , Phys., B, 9, 200», 13-16,30-32 : çavepov ôr] ôti rà àvayxaïov èv ToTç çuctxoî; xô w; uXri ^eY^JJ^evov, xai al xtvriaei; al xauxyiç ; Part, an., A, 1, 639^ 19-30; /6^t^., A, 1, 642% 1-13; Ibid., T, 2, 663S 22-24; Gc>i. an., A, 4, 717», 15-16; /&îcZ., B, G, 743^, 16-18; Ibid., A, 8, 776", 32-34; Met., A, 5, 1015, 20-30; Ibid., E, 2, 1026", 26-31 ;/&icZ., K, 8, 1064^ 32-36; /6*d., A, 7, 1072", 11-13.

il y faut des pierres, du bois, des tuiles, plus tout un long et pénible labeur ^. Pour scier une planche, il faut se procurer une scie ; et, pour faire une scie, il faut avoir du fer ^. Possède-t-on un domaine à Égine, on ne s'y rend point avec la vitesse de la pensée ; une traversée s'impose où l'on peut subir une tempête ^. La vigueur du corps ne va pas sans gymucistique ; et chaque animal a besoin, pour vivre, d'air et d'aliments ^. Toute forme, soit naturelle, soit artificielle, exige, pour se réaliser, un ensemble de conditions à la fois difficile et complexe, qui tient à la passivité de la matière ^. Et l'être une fois constitué, ce principe est loin d'abdiquer tous ses droits. Pourquoi tel œil est-il bleu plutôt que jaune^ ? A quoi servent les cornes du cerf^? quelle est la fonction du fiel^? que peuvent signifier les éclairs et le fracas terrible qui s'ensuit? A moins que ces choses-là ne soient faites, comme le disaient les Pythagoriciens, pour effrayer les habitants du Tartare^. La matière conserve donc, sous l'empire de la forme, des superfluités où la finalité ne trouve pas son compte. De plus, elle s'y révèle comme une source permanente de véritables anomalies. A peine une habitation estelle achevée, qu'elle commence à se démolir en vertu de la pesanteur, sous l'influence de la gelée et du dégel, et sous

1. Arist., Phys., B, 9, 199^ 35 et sqq. ; Part, an., A, 1, 63y^ 25-30.

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