d., Ibid., A, 8, 215', 29 et sqq
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le vide, ces obstacles n'existent pas ; et, par conséquent, tous les corps devraient y tomber avec la même vitesse ^ : ce que l'expérience dément chaque jour.
Cette théorie du lieu et du plein, qu'Aristote a créée de toutes pièces, provoque quelques remarques qui nous semblent suggestives.
Il s'en dégage d'abord une notion de l'espace qu'Aristote n'a point formulée ; car ses préoccupations n'étaient pas les nôtres. L'espace est quelque chose de plus que le lieu; il y ajoute un élément qui est l'intervalle ou la grandeur : c'est le ciel lui-même, en tant qu'il forme un système de contenants et de contenus. Et, par conséquent, il n'y a pas d'espace pur, au sens où l'on prend ce mot de nos jours.
En second lieu, Aristote a vivement senti l'éternité et l'immutabilité de l'espace, dont les modernes ont si souvent parlé; mais il ne semble pas qu'il en ait donné une explication complètement satisfaisante. La limite du contenant est aussi changeante, aussi périssable que la limite inhérente au contenu ; et alors que deviennent l'immobilité et l'indestructibilité du lieu? De plus , comment la limite intérieure du ciel, s'il y en a une, peut-elle être « quiescente », vu que la sphère du premier ciel se meut avec une vitesse extrême? Elle n'est telle qu'idéalement. Mais, dans ce cas, on n'a plus le droit de la considérer comme le lieu des diJfférentes parties du monde; car il est entendu que le réel ne se situe pas dans l'intelligible. D'autre part, est-il bien démontré que le lieu n'a pas d'in-
1. Arist., P/ît/.v., A, 8,216% 13-27. Épicure et ses disciples ont vu plus juste qu'Aristote à cet égard : ils ont exprimé clairement la loi d'après laquelle tous les corps tombent avec une même vitesse dans le vide (Diog. Laert., X, 61; LucR., II, 225-242, éd. P. Aug. Lemaire, Paris, 1838).
tervalles? Je suppose que l'on détermine un point de l'espace à trente mètres de l'extrémité de l'obélisque de Louqsor, et qu'ensuite on fasse dans l'intervalle le vide absolu. Croit-on que le point dont il s'agit ne garderait plus la distance indiquée? Sans doute, on pourrait répondre avec Aristote que l'hypothèse n'est pas faisable , puisque tout est toujours plein de par la nature même des choses. Mais, si l'hypothèse n'est pas faisable d'après Aristote, ne l'est-elle pas en soi? Il y a là un problème qui continue à tourmenter les vrais « amants de la sagesse ».
La question du temps est plus épineuse encore que celle du lieu : de quelque point de vue qu on l'envisage, elle présente surtout des difficultés ^
Que peut être le temps?
Ce n'est pas le passé, puisqu'il n'est plus. Ce n'est pas l'avenir, puisqu'il n'est pas encore 2; et il semble aussi qu'il ne soit pas le présent. Le présent n'est que la limite commune du passé et de l'avenir. Or cette limite varie sans cesse, elle devient toujours autre; et, par suite, elle n'est jamais ^. De plus, cette limite est un instant indivisible. Et, par là même, on aura beau la multiplier; on n'en tirera point du continu : on n'en fera pas plus de la durée qu'on ne fait de la grandeur avec des parties simples. Si le temps est une somme de limites, tous les moments qui le composent n'en formeront plus qu'un; et Homère se trouvera d'avoir été le contemporain de Socrate*.