Id., Met., 0. S
produirait jamais aucun changement. Par le fait même que cette fin se situe à l'origine des choses, c'est un acte pur; c'est une forme, la seule qui soit parfaite i. Néanmoins, on peut faire ici une remarque analogue à celle que l'on a faite un peu plus haut. La fin, bien qu'ontologiquement identique à la forme, ne se confond pas avec elle de tous points : ce n'est pas la forme considérée en soi, en tant qu'elle sert à constituer la substance ; c'est la forme, en tant qu'elle sollicite le désir de la nature. Et, à ce titre, on doit la regarder comme une cause qui diffère de toutes les autres 2.
11 y a donc bien quatre causes, quoiqu'il n'y ait que deux principes 3. Et l'on peut voir, parla définition même de ces causes, comment elles se subordonnent les unes aux autres. La fin éternelle et universelle provoque le désir, qui meut la matière, d'où sort la forme* ; de là les substances sujettes au devenir qui deviennent à leur tour causes motrices. Ainsi le mécanisme n'arrive qu'en dernier lieu. Au-dessus du mécanisme où se sont arrêtés
1. Arist., Met., 0, 8, 1049»», 23-29; 1050», 2-3; 1050^, G-19 : ... eîlyàp xaùxa (i^O "^i^, O'JÔèv àv ^v,
2. Il nous semble donc qu"Ed. Zeller a siinj)li(ié outre mesure la lh'''orie aristotélicienne des causes en les réduisant à deux . la matière et la forme [ouvr. cit., II, 2, 327-330). La division quaternaire qu'Arislote donne en général est logiquement fondée, vu la nature de son système métaphysique.
3. Ou trois, si l'on veut, en comptant la aTÉpricrtc; qui est plutôt une condition qu'un principe.
4. AniST., Phys., B, 3, 195*, 24-25 : to yào ou ëvsvta péXxtaxov xal réXoç xôiv âX),u)v èOé)et elvat; Ibid., B, 9, 199», 34-35, 200% 1-15; De part, an., A, 1, 039", 14 : (paîvstai oè irptôxy), V )iyo[X£v ëvexà tivo;; Jbid., A, 5, Gi5% 30 et sqq.; Met., 0, 8, 1050", 7-11 : xal oti à^av âvi' àp/riv Paôî^si to YtYvô[J.£Vov y.al Té).o;* àpx^ yô'? "TÔ ou ëvexa, tou téXou; ô' evexa r\ yéveoi;. TéXo; o' i] tvépyeia, xal TOUTOU xdtpiv •}] 5"jva|J.i; ),a(j.?av£Tar où yàp "va ô'{^iv e-^oxjiv ôpwdi xà Çwa, a>X ÔTioi; ôpÛCTiv ô'Iiiv ëyouaiv.
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Leucippe et Démocrite, il y a une sorte de dynamisme psychologique qui s'interpose entre « l'acte pur » et les virtualités de la matière; ce dynamisme lui-même se couronne de finalisme. Et l'on retrouve la pensée d'Anaxagore, modifiée par Socrate', transformée par Platon. Mais cette pensée elle-même est transformée de nouveau par Aristote, comme la suite le fera voir. A ce point de vue, ainsi qu'à beaucoup d'autres, c'est d'après le principe de continuité que se développe la philosophie grecque. Les révolutions lui sont étrangères; il ne s'y fait que des réformes où l'on va précisant de plus en plus la même idée.
C'est maintenant le lieu de montrer comment la philosophie est une science et une science unique ; les considérations que l'on a faites jusqu'ici nous mettent à même d'élucider ces deux questions dont Aristote a parlé en plus d'un endroit.
En réalité, il y a autant d'actes que de puissances, autant de formes que de matières. Et la matière elle-même se multiplie avec les individus ^ ; la matière de Socrate , par exemple, n'est pas celle de Callias ^. Pareille est la façon dont se diversifie la cause motrice : c'est le corps A qui pousse le corps B; et c'est Pelée qui est le père d'Achille*. Pris à l'état concret, éléments et causes sont
1. Voir sur ce point Socrate, c. vu, p. 193 etsqq., Alcan, Paris, 1899 (Collection des Grands Philosophes).
2. Arist., Met., A, 5, 1071*, 27-29 : Kai tcjv èv TaÙTfô eïôei îxepa, oùx eïSeï, akV ÔTi Ttôv xaô* exacTTOv à),Xo, ri xe (jt) ûXt] xal xo xivyjcrav xat t6 eïôo; xai ii è\iri, xiô xa86).ou 6ê Xôyto xaùxâ.