LE MOTEUR IMMOBILE
Rien ne s'élève par soi-même de la puissance à Tacte^; car rien ne peut être à la fois puissance et acte au même instant et sous le même rapport 2. A tout mobile, il faut un moteur externe ou interne ^ : ainsi le veut la raison ; et l'expérience ne lui donne jamais aucun démenti.
Il y a des mouvements que l'on peut appeler violents, parce qu'ils sont contraires à la nature ^. Or ces mouvements ne se font que sous l'influence d'une force extérieure à leurs mobiles. Ce n'est pas d'elle-même qu'une pierre s'élève dans l'air; il faut qu'on l'y jette ou qu'on l'y pousse. Et le feu ne descend que s'il rencontre un agent contraire à son élan natif qui l'emporte en haut ^.
1. Arist., Met., A, 6, 1071", 29-31 : Où yàp r\ -ys ^^f\ xtvr,'7Si aOxyi éauTrjV, «XXà TexTOvix^Q, oOSè ta l7rtji.r,vta, où5' yj y^i àV/.à ta CTTcéofi-aTa xai r\ yorf\.
2. Id.y Ibid., r, 3, 1005'*, 19-20 : to yàp aûxô à(Aa uTîàp/£iv xs xal (xt; Oirâp'^stv àSuvaxov Tû aùx(ô xal xaxà xo aùxô.
3. /cZ,, Phys., 0, 4, 256*, 2-3 : ôÎTravxa âv xà xivoùfxsva 0:iô xtvoc xivotxo; Ibid., 0, 5, 256*, 4-5 : Touxo Ss Ôixw;' y; vàp où Si' auxô xô xivoùv, àX).à ôi' £X£pov ô xiveî xô xtvoOv, 9) 6i' aûxo.
4. Id., Ibid., 0, 4, 254», 12-14 : xûv 6è xa6' aOxà xà (isv ûcp' éauxoO xà 5' Oir* âX/ou, xai xà (xèv çOaei xà Se pia xai 7;apà ip-j(7tv.
5. Id., Ibid., 0, 4, 254'', 19-27 : ... xal {Aà/iaxa xô uTrd xivoç xiveï<r6a;xà xivoufxsvov £v xûïç Tiapà çûffiv xivoutiévot; éorxi çavepôv ôiàxô SrjXov eivai utx* àXXou xivoù- (xevov.
108 ARTSTOTE.
Il existe aussi des mouvements naturels, dont les autres ne sont que des déviations plus ou moins temporaires. Et ceux-là non plus ne peuvent trouver leur explication intégrale dans la puissance dont ils sont « l'acte inachevé ». On serait tenté de croire, à première vue, qu'ils se produisent d'eux-mêmes ^ ; mais lorsqu'on y regarde de près, on s'aperçoit qu'il n'y a là qu'une apparence.
Tout corps inanimé a son lieu naturel vers lequel il se meut et où il trouve le repos. Et ce lieu qui est sa fm est aussi sa forme ^. Par suite, devenir Jéger, c'est tendre à monter, c'est monter de fait quand rien ne s'y oppose par ailleurs; être absolument léger, c'est résider aux confins du ciel à moins que l'ambiance n'y mette obstacle : devenir du feu et se mouvoir en haut ne font qu'une seule chose. De même, en vertu du raisonnement inverse, devenir lourd, c'est aspirer à descendre, c'est descendre en réalité toutes les fois que rien ne résiste du dehors ; être absolument lourd, c'est se trouver au centre du monde à moins qu'il ne se rencontre quelque empêchement dans le milieu parcouru : devenir de la terre et se mouvoir en bas ne font encore qu'une seule chose. Ainsi des éléments intermédiaires, qui sont l'air et l'eau ^. Or les corps ne passent point par eux-mêmes du lourd au léger ou du
1. Arist., Phys., 8, 2, 252", 7-28 : xà Ô' wavtia toÛtoi; où yaAETrôv Xuetv.,.; Ibid., 0, 4, 254»», .34-35, 255*, 1-5 : tôv ^àp Oti' àXÀou xivoujievwv Ta [xsv Tiotpà (fûciv è6r(Xa|j.ev xiveîcôai, ta. 6è )vet7i£Tai àviiOsIvai Ôtt (pùcret. TaOxa S' èffTtv a tyjv àuoptav 7iapâa-/oi àv imb Tivoç xtveïTat, oïov -rà xoùça xal ta (îapea. xaÙTa yàp el; (xèv Toù; àvTixeipEvou; touou; pîcx xiveîrai, eî; fè xoùç olxelou;, tô {j.èv xoOçiov àvw rèôè papù xaTo), cpùffei- rb S' ûttotivo; oùxéti çavepôv, wdTiep ÔTav xivwvTat irapà 9Ù01V.
2. Id., De cœl., A, 3, 310% 31-34: ... to ô' cl; tov ajToO TdTiov çépe<jôav ëxacrxov Tè cl; TO auToù el86; ëffTi çépeiÔat; Ibid., 310'*, 1-12.