Id., Ibid., e
émotions qu'ils ont une fois éprouvées * ; puis, ce trésor d'énergies latentes reparait à certaines heures et le spectacle intérieur qu'il donne tend à provoquer les mêmes mouvements que la réalité. Le chien qui a chassé le cerf ou le sanglier, s'enroule à son retour et s'endort. Mais il revoit pendant son sommeil le drame qui l'a passionné : il le revit, et tout son être en est comme ébranlé de nouveau. Sur son corps passent des ondulations nerveuses, il frémit, il remue les pattes, il aboie, comme s'il apercevait encore le gibier à la suite duquel il a fatigué ses membres. Ainsi, l'on se trouve toujours en présence de la même loi : ce n'est pas telle puissance qui produit tel mouvement, c'est un autre mouvement-. Et cette loi s'étend, de quelque manière, jusqu'aux facultés supérieures de l'homme. L'homme est libre; et il semble que, comme tel, il n'ait pas besoin d'autre chose pour vouloir 3. Mais, au fond, le problème est plus complexe qu'il ne le parait. Si chacun de nous se détermine par luimême, il ne se détermine pourtant pas dans le vide. La liberté a son milieu : elle ne se conçoit qu'autant qu'on la met en face de représentations qui la sollicitent ^. Et là se révèle derechef le rapport essentiel de la puissance à l'acte : la puissance exige l'acte, sinon comme la cause, du moins comme la condition des modalités qu'elle acquiert. Tout mobile en mouvement présuppose donc un moteur, qui, s'il est lui-même en mouvement, présuppose un autre