‹ AristoteChapitre 96 sur 304 · Id., Ibid., e, 4, 25i · texte numérisé non relu

Id., Ibid., e, 4, 25i

3. Id., Etii. ISic.y r, 4, 1111'', 29-30 : ô).(o; y*? Éotxev ■'r\ Trpoaîpeffit; uspl xà £f' T,piïv eîvai.

4. Id.., ibid., T, 4, 1112*, 15-16 : y) yàçt 7ipoa'!peffii; [xexà Xoyou v.a\ oiavoîotç.

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moteur; ainsi de suite aussi longtemps que, à partir du point de départ, on n'a que des moteurs en mouvement. Mais « il faut s'arrêter » ; la série régressive des mobiles et des moteurs ne peut être illimitée ^ Supposez, en effet, qu'elle le soit ; et la nature a dû parcourir l'infini avant d'arriver jusqu'à nous : ce qui signifie que chacun de nous est une antinomie vivante, une contradiction qui marche. Bien plus, la nature a dû parcourir l'infini avant d'arriver à l'un quelconque des états de l'univers antérieurs au nôtre; et toute génération, tout mouvement deviennent impossibles ^ : c'est Parménide qui l'emporte derechef. Supposez que la série régressive des mobiles et des moteurs soit infinie ; et l'on ne trouve plus rien nulle part qui soit éternellement en acte. Le dernier des mobiles est en puissance à l'égard de son moteur immédiat, qui est lui-même en puissance à l'égard de son moteur immédiat; ainsi du reste, si loin que l'on y pousse la régression. Tout est en puissance ; par suite, tout peut être et ne pas être. Et, si tout peut être et ne pas être, rien n'est ^ : c'est Gorgias et son école qui triomphent.

1. Arist., Phys., H, 1, 242», 15-20; Ibid., 0, 5, 256», 13-21 ; 28-29 : et ouv xivou{X£v($v Ti xtveï, àvaYXT) o-Trivai xat (x^i eîç àîreipov levai. En ce passage de la Physique, Aristote affirme, sous trois formes différentes, la nécessité de s'arrêter sur la voie de la régression ; mais sans aller jusqu'aux preuves fondante ni aies de son sentiment. Ibid., 0, 5. 257», 6-7 : àXX' àvàyxri ffTïjva'.; Met., A £X., 2, 99i% 1-19.

2. /t/., Met., A eX., 2, 994", 19-20 : ou oèxô upwTov (xri ëoTiv, oCioè t6 iyoi^zvov ÈcTTi-, Ibid., K, 12, 1065", 4-6 : imi Se tûv à^retptov oùx ïatiii upcoTov, oOx êoxai là 7:oû)TOv, w(tt* oOôè t6 èx6(Jievov. OOtê yiy^taQon ouv oute xiveïaôai oîov xs O'jTe {isTaêàXyeiv où6év,

3. Id.y Ibid., 0, 8, 1050", 10-19 : xo ôuvaxov oï Tiàv èvôé^exai \i.r\ èvepyetv x6 àpa Suvaxôv eîvoti èvosyexai xai eïvai xal [xr] etvar x6 aùxo àpa ôuvaxov xai eTvat

xai |xr) etvai. To oï ouvaxèv \Li] tlvat iyoiy^txoii [Lfi elvai el yàp xaùxa [xà àiôia

èvepYeia ôvxa] jat?) ^v, oùôev âv y;v .

Contraire aux faits les plus incontestables, qui sont Têtre et le devenir de l'être, l'hypothèse d'une série infinie de mobiles et de moteurs se heurte aussi de la façon la plus directe aux exigences de la raison. Que Ton imagine l'existence d'une telle série ; et il ne reste plus que des causes qui sont en même temps des effets. Il ne reste plus que des choses causées : ce qui est manifestement contradictoire, vu que toute chose causée suppose une cause K Leucippe et Démocrite n'ont rien expliqué avec leurs atomes qui se poussent éternellement les uns les autres dans le vide infini 2. H faut qu'il existe un moteur premier, et qui, parce qu'il est tel, n'est mû par aucune autre chose antérieure 3.

Si le premier moteur n'est pas mû, ne se meut-il pas lui-même? Platon l'a pensé : Platon s'est imaginé la cause suprême à la façon d'une âme intelligente, qui trouve en sa spontanéité le principe de ses actions ^. Mais c'est là une réponse qui ne va pas au fond des choses. Si le premier moteur se meut lui-même, il passe de la puissance à l'acte. Par suite, son mouvement pouvait ne pas se produire ; il pourra cesser aussi à un moment donné : il est purement contingent. Et dès lors, la nécessité du

1. Abist., Met.j A 8>., 2, 994", 18-19 • lôaz eÏTrep (jltqOév èctti Tupwxov, oImç akiov ovOév èazi. Voir comment Spinoza expose cet argument d'après Rab Ghasday (L. XV, t. III, p. iS3, éd. Charpentier, Paris).

2. Jd., Ihid., A, 6, 1071»", 31-37. Il est question, dans ce passage, de Leucippe et de Platon. Et il y faut faire une distinction : d'après le second de ces philosophes, le mouvement est bien éternel ; mais l'ordre du mouvement ne l'est pas {Phys., 0, 1, 251^ 14-19).

3. Id., Phys., 0, 5, 257", 25-2G : oùx âpa àvdtYXY) àel xiveîdOat xè xivoufjievov CiTC* àXXou, xal toutou xivou|X£vou' axyiae'zon âpa.

4. Id., Met., A, G, 1071", 37 et sqq. : àX>,à (xriv oùSà IDaTwvî ye oTov te ^éyeiv i^v oUt-xi èvÎotc àp/r)v eîvai, tô aùro éauxo xivoùv.

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devenir ne s'explique plus '. Pourquoi supposer d'ailleurs que le premier moteur recèle en son essence un fond de matière? Quelle raison de croire qu'il s'arrête dans son déploiement à tel degré du possible plutôt qu'à tel autre? il faut qu'il l'épuisé en entier ou ne soit pas du tout : entre ces deux extrêmes, il n'y a place que pour le caprice -, Ainsi, le premier moteur n'est mû ni du dehors ni du dedans : il ne peut l'être d'aucune manière. Il est essentiellement et totalement immuable, parce qu'il est la réalisation pleine du possible : c'est l'Acte pur ^.

Du moment que le premier moteur est acte pur, il faut le concevoir comme indivisible. Car toute division suppose un passage de la puissance à l'acte; et le propre de l'acte pur consiste à ne plus avoir de puissance. En outre, on peut se fonder ici, comme tout à l'heure, sur l'essentielle indéfectibilité du mouvement. Imaginons que le premier moteur enveloppe quelque chose de corporel ; son étendue ne sera que finie, vu que toute grandeur donnée a des limites. Or une étendue finie n'enferme à son tour qu'une puissance finie et n'a point, comme telle, ce qu'il faut pour mouvoir pendant l'infinité du temps. Le

1. Arist., Met., A, 6, 1071", 17-20 : il yàp \i-r\ èvepyyjffei, oOx eorTat xivriCTi;* ÊTi oùô* eî èvepYr,<J6i, ri 5' oOffia aÙTij; ô-jva|i.tç' où yàp eaxat xîvrjai; àlotoç' èvôé'/exai yàp tô ôuvâ[jt,et 3v {/.tj eîvai' qîî àpa elva'. àp-/Yiv ToiauTYiv rj; -h, oùffia èvÉpyeiat.

2. Id., Ibid., A, 6, 1071'', 20-22 : êti xotvvv xaû-ra; ôît xà; oOaîaç elvai aveu lîXirjC* àïôiouçyàp 5eï, eï nép Ysxat â),),o tt àiSiov èvepYeîqc àpa; /6w?.,0, 8, lOéO»», 23-29; Ibid., 1050^ 7-8 : èctti 8' oùôèv oyvdtfxei àtStov; Phys., 0, 1, 252% 17-19 : T?l "yàp à7î).ô>; êyci to çùaei, xat où^ ôxè (jlèv ouxw; ôxà 5' à),)>a);, oîov xô irûp âvw çuaei çépexai xat où-/ ôxè (xxv ôxà oï ou* 9) Xoyov zyti x6 (xr) à7r),oOv.

3. Id.^ Phys., 0, 5, 258", 4-9 : cpavepôv xoivuv ex xoùxwv ôxi ëaxi xo upoaxw; xivoOv àxivTixov... : Met., A, 7, 1072', 2 5-2') : ... xai oùaîa xat èvloyeta oucra; Ibid., 1072", 7-8.

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premier moteur ne contient donc ni parties actuelles ni parties virtuelles ; et dire qu'il ne contient ni parties actuelles ni parties virtuelles, c'est affirmer son absolue simplicité ^

Essentiellement pur de toute matière, le premier moteur est par là même ce qu'il y a de meilleur et de plus beau : c'est Têtre souverainement pariait. Et, comme la perfection implique le plus haut degré de la connaissance, il ne passe pas l'éternité dans le sommeil ; il pense et sa pensée n'admet aucun mélange de puissance et d'acte : il est lui-même la pensée 2.

Déplus, cette pensée substantielle ne se disperse pas au dehors; elle est tout entière tournée vers le dedans. Le premier moteur ne connaît ni les formes qui tantôt sont et tantôt ne sont pas, ni la matière qui, bien qu'impérissable en son fond, va du contraire au contraire : il ignore à la fois et le cours des astres qui roulent dans l'espace, et les vicissitudes des événements humains et les vertus du juste et les crimes du méchant, et les desseins qui s'agitent au secret des cœurs. Car il est l'immuable ; et, s'il connaissait ces choses, il changerait avec elles 3. Il estl'in-

1. Arist., Pliys., 0, 10, 266*,12-33; 266'>, 1-7; Ihid., 0, 10, 2G7% 17-2G ; Met., A, 7, 1073*, 5-11 : SéoetxTat 6è xal on [xÉysOo; oùOàv e^eiv èvSî'/^ôTai aauTr,v xyyt oÙTiav àAX'à(i.cpyi; xal àSiaiperd; èdTiv. Kiveï yàp tôv aKeipov -/pôvov, oùôèv 8' l/ei oûva{i,iv àKîipov Ti£7i£pa(j(x£vrjv' èttsi ht Tiàv [i.sysOoi; ^ dcrteipov r\ 7r£7rÊpa»T(i.£vov, 7re7r£pa(T(J.£vov (xèvôtà toOto oùx àv Eyoi jxÉyEOo;, dcTTEtpov ô' ôxc ôXw; oùx £'7Tiv ojOàv ôcTTEtpov (jLsyEÔo;. Mais celto raison (jira[)[)orte Aiistole à l'appui de l'indivisibiliU' du premier moteur n'est pas nette. Comment le corps tini dont il est question s'applique-t-il à son mobile? et de quelle puissance s'agit-il au juste? Ce sont là deux choses (ju'il est difficile de préciser. 11 semble bien aussi que cette seconde preuve n'ait qu'une valeur d'apparence.

2. Id., Met., A, 9, 1074", 15-21; [hld,, A, 7, 1072", 22-23 ; èyzçyeXoï l/wv.

3. Id., Ibid., A, 9, 1074'', 25-27 : Ô^Xov toîvuv oti tô Osifirarov xal Ti(xta)TaTov vosï xal où[j.£Tà6a),X£i- eîc X^^^po^ T^P "^ [xsTaSoXô, xal xîv/iai; xt; v^ôr] xô xoiouxov.

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dépendant; et, s'il y avait un objet qui s'imposAt de Textérieur à sa conscience, il en deviendrait le subordonnée II est Fimniaculé, celui dont l'essence très pure ne souffre pas même le reflet idéal du désordre. Or le monde n'est pas uniquement le théâtre du bien; le mal s'y produit à tous les degrés et sous toutes les formes. Le premier moteur demeure totalement étranger à la science du devenir et par suite à la science de la nature ; car il réalise le meilleur, et le meilleur est qu'il ne la connaisse pas. Il se sait lui-même et ne sait que cela : « il est la pensée de la pensée » -.

1 . AiusT., }fet., A, 9, 1072", 28-30 ; eTrs-.Ta 5r}ov on àX/.o Tt àv etr] to TijitcoTepov Y] ô voùç, TÔ voo'j[xevov.

2. ici., IOi(l..A, 9, ^074", 31-35 : y.al ^àpTÔvosiv xal r, vôyiiti; Ouap^ei xal tô yeipKTTOv vooOvTi. wctt' el çsuxiôv Toû'o(y.ai ^àp |j.7) ôpàv êv.a xpsTtTov y) ôpàv), avv. àv e'ir] ib àptaTOv vj vôrai;' auTÔv àpa vost, tïr.zo èaxi io xpàxtaTOv, xat edttv T, vôriat; voYi-Tcw; v6r,(Ti;. — Consulter sar ce point capital : Silvest. Maur., ouvr. cit., t. IV, pp. 562-563; p. 287% 10 et sqq.; p. 30d^, 16 et sqq.; p. 424*, 1 et sqq.; p. 441', 1 et sqq.; p. 445^, c. xvi. <I!onsulter également : S. Thomas, lu AristoUlis nonnullos libros comment., t. IV, p. 221^-222". D'après le saint Docteur, la pensée divine envelopperait les raisons ou formes des choses, même celles des corps qui composent la nature. « Nec tamen sequitur quod omnia alla a se sint ei ignola; nam Intelligendo se,intelligit omnia alla. Quod sic palet. Cum enim ipse sit ipsum suum intelligcre, ipsum autem est dignissimum et potentissimum, necesse est quod suum intelligere sit perfectissirnuin : perfeclissime ergo intelligit scipsum. Quanto autem aliquod priiicipium pcrfectius inlelligitur, tanto magis intelligitur in eo efi'ectus ejus ; nam piincipiata continentiir in virtute principii. Cum igilur a primo principio, quod est Deus, dependeat cœlum et lola nalura, ut diclum est, palet quod Deus cognosccndo seipsum omnia cognoscit... » Cette interprétalion noussemble trop augustinienne pour convenir à la théorie du Stagirile : elle ramène le ciel des intelligibles dont Aristote ne veut pas, contre lequel il s'élève à diverses reprises et toujours avec la môme énergie (v. p. 29 et sqq.). De plus, elle introduit dans l'essence divine toute une hiérarchie de formes qui se gradu<'nt d'après leur degré de perfection. Selon « le maître », au contraire, Dieune peut comprendre on lui-même que ce qu'il yade plus noble et de plus digne, que ce qu'il y a de plus parfait : le reste est exclu de son être. Et la raison qu'il en donne, c'est que, la pensée elles intelligiblesen acte

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Par le fait môme, Tobjet qu'il perçoit n'enveloppe aucune pluralité; et l'acte par lequel il le perçoit, aucune succession. Car cet objet est indivisible; et l'indivisible se pénètre d'un regard ou ne se pénètre pas du tout. Par le fait aussi, l'on ne peut trouver aucune distinction entre cet acte et cet objet. Car ce qui fait la distinction de la connaissance et de la chose connue, c'est la matière que la chose connue enveloppe ; et la cause suprême n'en contient pas, vu qu'elle est acte pur^ C'est dans l'unité absolue que le premier moteur se pense lui-même : il est Téternelle possession de l'un par l'un.

Il est donc également la vie pleine et pleinement consciente 2. Et, comme tel, il jouit d'un bonheur qui ne peut avoir ni ombre ni déclin. C'est une loi des choses : le plaisir accompagne l'action ; il s'y ajoute « comme à la jeunesse sa fleur ». Et plus l'action a de noblesse et d'harmonie, plus il acquiert de charme. Voilà pourquoi la veille, les sensations, les souvenirs et les espérances se traduisent en nous par de douces émotions ; voilà pourquoi nous touchons à la félicité, quand nous nous élevons à la contemplation du bien et du beau. Mais, pour nous, cet état n'est qu'éphémère; bientôt arrive la mort qui emporte tout. Dans le premier moteur, au contraire, cet état dure toujours et donne toujours la même joie; car la source dont

ne faisant qu'une même chose, rimperfoclion de ceux-ci entraîne l'imperfection de celle-la: xai yaç t6 voeïv xat rj vôy]ot;u7râp?ei xai to XeiptiTovvooOvxt... Saint Thomas, en vertu de Ja charité intellectuelle qui l'anime, cherche partout les convergences; et il lui arrive parfois d'en voir où de fait il n'y en a pas.

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