‹ Aristote Physique IV, 1-5Chapitre 10 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Selon Simpl. (535, 4), Aristote, après avoir examiné le ei ëoriv, puis le x{ écruw étudierait dans ce chapitre l’oxoiov du lieu à partir de ses propriétés, comme il la annoncé 1. 208 a 34 (cf. Philop. s14, 10). Il paraît plus simple qu’Aristote continue le chapitre précédent en développant une nouvelle antinomie : le lieu est forme, le lieu est matière, le lieu n’est ni l’un ni l’autre.

209 a 81- 5 : Le lieu est la forme ; on le voit si l’on distingue le lieu commun et le lieu propre, qui (sous-entendu) est le vrai lieu et qui est l’enveloppe du corps, et du corps seul, c’est-à-dire encore l'enveloppe première (il retiendra cette dernière note dans sa définition de 4. 212 a 20); selon Themistius (106, 3), l’enveloppe est première qu’on atteint sans rien trouver avant ni dans l'intervalle ; xpürov est donc à peu près l'équivalent de xooceyés, (cf. Simpl. 536, 143 Philop. 196, 32 ad 192 b 12, Bonitz, Ind. 653 b 25). Toutefois, il ne faut pas donner à roërov qu’un sens spatial. C’est en effet ce que marque la distinction, d’où l’on part, entre le par soi et le par autre chose. Un être est dans son lieu propre en premier et par soi; il est dans un lieu commun par autre | chose et par accident, parce que le lieu propre se trouve être dans ce lieu commun ; dans ce cas, la liaison essentielle de l’être au lieu est rompue et l’on comprend par là l'importance de cette distinction ‘qui permet de passer du lieu substantiel au lieu accidentel et de là à l’espace généralisé et indéfini. 11 ne faut pas oublier d’ailleurs, que xp@rov ne se réciproque pas avec xa0 «ré, (voir les références dans Hamelin, Phys. 37 ad 192b 22).— 209 b 3. Eïdoc xai &ooo% : VOIT sur ces deux termes le commentaire de Simpl. (ad IL, 1. 193 a 30-31, dans Hamelin, Phys. 48) ; il nous a fallu traduire pose par confi-

guration, bien que ce terme convienne à cyÿua, parce qu'ici nous commençons à trouver la confusion que nous aurons fréquemment à remarquer entre le sens spatial et le sens abstrait de certains termes (cf. opiteru, 209 b 4 et ad 209 a 4-7). Ilépac n’est pas toujours &pyn. Méta. À, 17.

209 D 4 : Kai ÿ 8An..., sur le xa, cf. Simpl. 536, 27. Cette expression est remarquable en ce qu’elle paraît opposer nettement à la fonction limite une autre notion, qui serait l’extension. (Simpl. 536, 25 : Extaaiv xai yuatv; Philop. SIS, 14 : Giiormud wi AwoNnTIxÔv) mais qui n’est pas encore nettement dégagée de celle de réceptacle ; nous l’avons déjà rencontrée dans l’expression ëyxos (voir ad 209 a 2, cf. 216 b4 et Philop. $1$, 19 : ôyxwôeisa An). D’où l’ambiguité du sens de péyeôos qui signifie tantôt la matière informée (cf. IT, 6 : l'infini est la matière de l'achèvement de la grandeur et ici même 209 b 7), tantôt la matière elle-même (cf. Méta À 17. 1022 a 6; Simpl. 537, 32 sq. et note suivante).

209 b 5-17. — Le lieu est matière, si on le considère comme diéornue, comme on l’a déjà fait en montrant qu’il paraît être une. grandeur (voir ad 1. 209 a 4-7). Hamelin, Syst. 287, traduit Béoraue roù weyébous par € dimension de l'étendue » ; cette traduction qui conviendrait au passage du ch. I que nous venons de citer, ne nous semble pas bonne ici, parce qu'il ne s’agit pas des déterminations de l'intervalle (en longueur, largeur, etc.), mais de la fonction intervalle elle-même. — 209 s-11 : L'extension matérielle est ici nettement distinguée de l’extension quantifiée et déterminée en grandeur, elle est appelée &dotoroy et correspond, en eflet, à l’äxeoy défini II, 6. 207 a 21 (voir note précédente et Robin Th. pl. n. 334). Remarquons encore le rapprochement de réoas et de rdôn (209 b 10). |

Pour saisir le passage relatif à Platon (209 L1- 17), il faut en rapprocher le passage voisin (2. 209 b 33-2104 2), ensuite Méta. I, 7. 988 a 23-26(le Grand et le Petit sont une 5An écéuaros) et IV, 7. 214 a 13-16 (le Videet le Lieu comme matière du corps). Il en résulte que Platon considère comme identiques le lieu et l’étendue, d’une part, la matière d’autre part, car le réceptacle est présenté

d’un côté comme identique à l'étendue (209 b 12), et, sous-entendu, le réceptacle ou encore le participant c’est la matière (210 441), d'un autre comme désigné dans les Enseignements 1nécrits par l'expression Grand et Petit, qui est le nom du principe matériel (cf. Saint-Thomas, cap. 2, lec. III, 6); il y a là deux arguments et non, comme semble le considérer Robin, Th. pl., p. 422, deux parties d’un même argument qui en contiendrait trois. L’attribution à Platon de l’expression ÿin (210 a 1) n’est pas, contrairement à ce que dit Simpl., 542, 9-12, formelle; il suffit de rapprocher de notre texte celui de 210 a 1, pour rectifier l’assertion trop rapide de ce dernier (cf. Robin, n. 334, 7).— L'opposition d’Aristote à Platon, sur ce point, est capitale; en mettant tout ce qui concerne le lieu et l'emplacement du côté dela matière, c’est-à-dire de la chose en soi, Platon reste attaché au réalisme du sens commun.

209 b 17-21. — Conclusion sur l'antinomie précédente. Elle marque de nouveau la difficulté de la question ; toutefois,un progrès semble bien avoir été accompli, car nous avons mis la main sur le caractère enveloppant du lieu, qui ne sera pas perdu ; toutefois, si les notions de forme et de matière nous ont permis d’y voir un peu plus clair, elles soulèvent à leur tour les terribles problèmes de la matière et de la forme, que nous ne sommes pas en mesure de résoudre, d'autant que nous avons appris plus haut (IL, 2. 194 b 8-9) que la matière est un relatif, que la connaissance n’en était possible que par analogie (I, 7. 191 a 8; cf. IT, 6. 207 a 25 : &yvwsrov &metoov) et que la connaissance de la forme relève d’une étude plus élevée (IL, 2. 194 à 14). D'ailleurs, l’antinomie va se compliquer encore.

209 b 21-fn. — Le lieu ne peut être ni forme ni matière.

209 à 21-30. — Premier argument : la matière et la forme sont inséparables de la chose; or, l’expérience du remplacement, effectuée sur certains corps, induite (209 b 27) pour les autres, montre que le lieu est séparable, n’étant, ajoute Aristote, ni partie, ni état ; adpuov peut être rapporté à la matière qui est, en effet, le &£ oÿ ; ét à la forme qui ne peut subsister hors du sujet. Ce caractère permet

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ainsi la comparaison avec le vase qui sera développée et corrigée plus tard.

Elle n’est pas, d’ailleurs, donnée comme parfaite (29 b 28). — [209 b 21 : nous conservons le xoi qu’omettent certains manuscrits,

car il indique bien la complication de l’antinomie]. — Cet argument est le nerf des arguments 3, 5, 6.

209 5 30-32. — Deuxième argument, portant que le lieu ne

peut être matière (le premier avait trait surtout à la forme). — Sur la liaison de xeouyew et de soitew et la confusion de la notion abstraite et la notion locale de contour, v. ad 209 a 31-b 6. Cf. III, 6. 207 a 29-32 (sur le rapport de ce passage à Platon et le commentaire de Simpl. $03, 12-20, voir ad 209 b 6-17; Platon est visé ici, parce qu'il a déclaré (IT, 4. 203 a 8, et avec raison) que les Idées ne sont pas dans le lieu. :

209 b 32-33. — Troisième argument, portant que le lieu n’est ni forme ni matière : il s'appuie sur l'expression même rè ëv mov (Saint Thomas, 1. 3, 9) et montre que le lieu et la chose dans le lieu sont deux, alors que la forme et la matière ne se distinguent pas de la chose qu'elles composent. [Par suite, la correction de Simpl. 545, 12 de dé en yée (209 b 32) n’est pas bonne].

209 b 33-210 à 2. — Quatrième argument portant sur la matière d'après la théorie de Platon (voir ad 209 b 6-17 ; Si le lieu s’identifie avec le participant, les idées et les nombres qui sont participables sont dans le lieu. Or, il dit (HI. 4. 203 & 8) qu’elles ne sont nulle part, ou qu’elles sont dans l’Âme, en quoi il a raison (de An. III, 4. 429 a 7). On pourrait aussi lui faire le reproche inverse, de mettre le corporel dans l’intelligible. Sur la valeur de cette critique de Platon, Robin, Th. pl. 216.

210 à 2-5. — Cinquième argument portant sur la matière et l2 forme qui ne peuvent remplir les fonctions dynamiques du lieu, admises ici comme évidentes (cf. 1. 208 « 30-32); en effet, (cf. Themist. 107, 19), comment les corps se mouvraient-ils s’ils avaient leur lieu en soi ? Toutefois, il est inutile de dédoubler l’argument (comme le font Alex, Simpl. $57, 1, Philop. 517, 26); le haut et le bas sont indiqués ici comme déterminations dynami-

ques fondamentales. Ce sera une nouvelle note du lieu (cf. 4. 215

a $-7); maïs ici le lieu n’est considéré que dans la mesure où il est extérieur à la chose. Nous interprétons où ph xivnox 210 a 2 selon Simpl. $47, 17 sq.

210 a 5-9. — Sixième argument portant sur la matière et la forme qui accompagnent le corps dans tout ses mouvements ; par suite, il y aura un lieu du lieu, comme dans l’argument de Zénon (1. 209 a 23-26), mais le nerf de l’argument reste toujours le caractère séparé du lieu. Remarquer le réalisme de cette conception de la forme et de la matière qui suivent le corps, dont a été choqué Alex. Simpl. 548, 19 sq. [Le texte de Bk. porte 210 4 $ airà ; et en effet, si le lieu est forme ou matière, il est partie de la chose, ik est donc en soi à la rigueur ; mais cela soulève une question qui ne sera abordée que plus tard (4. 210 a 25 sq.); voilà pourquoi nous avons adopté la correction de Torstrick ar&]. |

210 a 9-11. — Septième argument portant principalement sur la forme : dans le changement mutuel descorps, la forme est détruite, alors le lieu devrait l’être, mais on ne peut expliquer ce qu'est une destruction du lieu ; par exemple, si dans la transformation de l’air en eau, il y a contraction, on ne peut dire que du lieu soit détruit, comme on dit que l’humide est détruit. Mais, si le lieu est forme, il y a destruction du lieu, même dans la transformation inverse, ce qui distingue cet argument de celui de 1. 209 a 26-30. Avec Them. (108,2), on peut aussi appliquer cet argument au cas où le lieu est considéré comme matière, puisque la matière est constante. |

210 à 11-fin. — Conclusion, annoncée depuis 1. 209 a 2.

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