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seulement mettre debout une définition qui soit conforme à l’intuition sensible et commune.
L'observation s'accompagne de deux remarques qui la confirment. La première (211 a 34-b1) montre que les deux relations ‘ du corps dans le lieu et de la partie dans le tout correspondent à deux sortes de mouvement ; le corps est müû dans son lieu, la partie avec le tout ; Aristote va si loin en ce sens qu'il déclare que le mouvement ou le repos du lieu importent peu. La deuxième remarque, qu'Alex. (Simpl. 570,28) voudrait supprimer, ne fait en effet (211 à 1-5) que répéter la distinction précédente et la différence qui en résulte pour le mouvement sur des exemples ; on voit que l’image du vase s’impose de plus en plus pour représenter le lieu [211 » 4, Bekker porte xarà au lieu de werà ; bien que le sens ne soit pas altéré, c’est là néanmoins, comme l’ensemble du morceau le prouve, une erreur typographique].
211 25-212 a 7. -- Position de la définition du lieu. Comme le remarque Simpl.(s71,13), pour l'obtenir, il n’y a qu’à résumer le développement précédent. Aristote présente ce résumé sous la forme d’une disjonction (211 5-10) : Simpl. (571,1) essaie de la rendre rigoureuse en partant de l’idée du corps en mouvement, mais Aristote a négligé cette démonstration, outre qu'elle laisse beaucoup de choses £v vw qui ne sont ni matière, ni forme, ni intervalle (610,10). |
211 à 10-14. — Le lieu paraît être la forme parce que ce sont tous les deux des limites et que les limites des choses en contact sont confondues ; par là le lieu semble appartenir âu corps comme la forme, en réalité il appartient à l'enveloppe. On explique ainsi une des ambiguïtés où s’embarrassait la recherche.
211 b 14-29. — Le lieu paraît être l’intervalle. Les raisons de cette illusion sont d’abord données (207 b 14-17) : c’est que dans le remplacement l'intervalle subsiste indépendamment de l'écoulement des corps, satisfaisant ainsi aux propriétés 2 et 4 ; en outre, ce quiest évident, il satisfait à la troisième. Trois raisons sont
2114 34-b23 49 - données là-contre (211 b 17-29). La première (211 b 17-19) c’est que l’intervalle n’est pas une chose existant par soi, indépendam- - ment du corps qui le remplit : cette proposition est pasée (comme IT, 5.205 a 30 : on ne peut séparer le lieu et le corps, dans le développement de 205 a 29-b 1 qui montre que si les lieux sont finis le monde est fini ; etici même 1.209 47-13) non démontrée ; elle nie l’existence de l’espace géométrique à titre de chose, c’est-àdire, comme ce sera montré plus loin, du vide. Toutefois, l’on peut considérer comme une preuve physique l’énonciation du fait, précisé plus loin 212 a 12-14, que les corps se remplacent mutuellement ; la restriction 211 à 18 s'applique probablement à ce qui se passe dans la clepsydre, dont l'arrêt d'écoulement sera considéré (6.213 a 27) comme une preuve de l'impossibilité du vide (Them. 113, 29 ; Simpl. 573, 19).
La seconde raison est indiquée, croyons-nous 211 b 19-23 ; c’est un raisonnement par l’absurde. Il est nécessaire(Simpl. 574,11) car on n’a pas prouvé que le lieu n’est pas l'intervalle plein. Si l'intervalle est une chose en soi, alors la relation des parties au tout, qu’on avait opposée à celle des corps à son lieu doit être interprétée autrement, car si l'intervalle, chose én soi, est le lieu, chaque partie est dans son lieu par soi, et non plus dans le lieu du tout par accident, ou dans son lieu par soi en puissance (voir ad 211 a 17-23) ; alors le lieu d’une partie plus grande recouvre celui des parties plus petites, et comme il y a une infinité de telles parties, il y aura une infinité de lieu dans le lieu. Pour que le raisonnement s'applique, il faut d’abord que l'intervalle soit considéré comme une certaine chose en soi [nous adoptons le texte que donne Them. 116, 12], par application à laquelle la partie du tout soit douée d’un lieu en soi; cette supposition n’est pas condamnée par la preuve précédente, parce que rien n’empêche encore que l'intervalle soit à la fois lieu et plein ; c’est ‘ce qu’indique la proposition participiale 211 a 21 à laquelle nous donnons un sens concessif. En outre, si l’on applique la règle 211 a 12, le mouvement des parties doit être considéré pour que leur lieu soit précisé (et comme elle change de lieu par soi, elles ont donc
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un lieu par soi cf. 211 b 25-26); mais en l'absence d’indication dans le texte, nous nous en tenons à la première explication ; il
- est certain que les mouvements compliqués qu’on suppose pour
expliquer la phrase en question (cf. Simpl. 574,34) sont inutiles. Il est à remarquer que labsurdité provient de la divisibilité indéfinie non de l'étendue géométrique mais de l’intervalle physique qui est censé constituer le lieu, car comme le lieu est réel, la question de l'infini ne comporte plus, pour lui, la solution ordinaire. Cette démonstration est invoquée et résumée comme argument contre l'existence du vide (8.214 b 24-28). 4
La deuxième absurdité est indiquée ensuite (211 23-24) [Elle est nettement distinguée de la précédente : Simpl. 574,25 ; 575,27. S' Th., 1. VI, 8; d’où notre ponctuation] : c’est que le lieu serait transportable, par exemple quand on déplace le vase; or, sans contredire une propriété nettement indiquée (elle ne le sera que plus loin 212415 ; Théophraste [dans Simpl. $66,18 ad 211 a 36 cf. 583,10] donnait parmi les points de départ la propriété d’immobilité), cette conséquence s’accorde mal avec l’idée que le corps quitte le lieu (il ne quitte pas son intervalle). D'ailleurs ce changement du lieu est jugé d’après ses conséquences : d’abord (211 b 24) il y aura un lieu du lieu; cette proposition rappelle l’antinomie de Zénon et sans doute participe-t-elle à la même difficulté qui proviént de ce que l'on considère le lieu sous un aspect trop matériel; mais ici Aristote ne songe pas à la réduire à l’absurde par linfini, mais plutôt par la pénétrabilité.
C’est ce qu’indique la seconde difficulté 211 24-25, que Saint Thomas (1. VI, 8), contrairement à Simpl. 575,31 et non sans raison ne considère pas comme distincte de la précédente : plusieurs lieux seront ensemble ; or, le lieu est une réalité, et si on le considère comme intervalle, il devient presque une réalité consubstantielle au corps (cela devient très net dans la critique des théories du vide 8. 216a21, b 12, cf. Philop. 548,16) et on peut au moins se demander comment deux réalités de ce genre peuvent se superposer. Cette difficulté apparaît nettement quand on considère le transport d’un contenant, qui arrive dans un autre lieu; mais on
211 bd 23-29 ; SI
peut l’établir pour le corps au repos; on peut aussi remarquer dans le cas du mouvement, que le lieu se dédouble, ce qui est une difficulté du même ordre que la précédente. FN 2TK b 25-29. — Dans la conclusion de cette critique de l'intervalle comme lieu, Aristote laisse entendre que sa définition du lieu comme limite lèvera les difficultés précédentes. Alors, en effet, le lieu de l'eau et de ses parties (mais pour celles-ci ce n’est un lieu que par accident) est la concavité interne du vase; le lieu du vase étant la couche d'air enveloppante, le changement de ce lieucine touche en rien celui-là ; par là sont bien écartées les difficultés relatives à la suppression des lieux. Mais, il s’en élève de très graves, qu'Aristote semble ne pas voir. L’ambiguité de l’expression ëv & xwetrat (211b25) le laisse apercevoir : cette expression peut signifier : le lieu dans lequel l’eau est mue pendant que le vase change de place ; mais ce déplacement non seulement de la masse d’eau mais de ces parties (l'emploi de mooiov, 211b25, pour signifier le contenu [cf. Philop. 554,25 ; S' Th., 1. VI, 9], permet la confusion de ces deux points), tend à montrer que leur lieu est autre chose que le vase et que d’autre part, les parties ont comme lieu autre chose que ce lieu par accident que leur donnait le tout de l’eau qui qualifie et pour ainsi dire absorbe l’espace indifférent qu’il remplit ; nous avons déjà vu se poser une difficulté analogue qui oppose le lieu substantiel à l’espace indéfini à propos de la distinction du lieu propre et du lieu commun (2. 209 a 31-b6). C'est pourquoi nous croyons que l'expression de 211 b2$ signifie plutôt : dans lequel elle effectue ses mouvements propres ou est déplacée par l'air, ce qui s'accorde avec la suite (211b25-26). Pour 211 b 28-29, nous n’acceptons pas l'interprétation de Saint Thomas (1. VI, n. 9) qui soulève à tort la question de l’immobilité du lieu. Aristote considère ici l’intérieur du vase comme étant le théâtre de changements « en vase clos » et ne loge que le vase lui-même dans l’ensemble de l’univers.
Par suite, si la critique du lieu comme intervalle consubstantiel au corps est un progrès important sur l'intuition commune, elle laisse non résolu le problème des rapports du lieu qualifié à
l'étendue géométrique ; nous verrons qu’elle ne détache pas le lieu de la substance (la critique du vide n’atteignant que le substantialisme géométrique). Dès maintenant, la relativité du lieu, qui appa-
- raît dans le mouvement d’entraînement de l’eau contenue par le
vase, peut être considérée comme la pierre d’achoppement de la théorie.
211 229-212 a 2. — La matière paraît être le lieu. Les raisons de cette apparence (211b 29-36) tiennent au fait que la matière est le sujet du changement qui va d’un contraire à l’autre (la matière est ainsi posée et définie Phys. I, 6-9; Méta. Z, 7 ; À, 2); elle semble ainsi satisfaire à l'expérience du remplacement, interprété d’ailleurs par une métaphore, et non à une propriété définie comme point de départ; si ce n’est à la propriété attribuée implicitement au lieu d’être immobile. La critique de cette apparence (211 b 36- 21242) a déjà été faite au chapitre 2, où la question du lieu comme matière n'était pas distinguée de celle du lieu comme intervalle : la matière n’est pas séparable de la chose (209b 21-30); la matière n'enveloppe pas (209 h30-31). Ce sont là deux catégories différentes comme le montre bien la différence des deux expressions & et oÿ (211D 34-35). |
[211 31; nous adoptons le texte de Bk, celui qu’indique Philop. (556, 10) xeywoicuéve a) cuveyeï ne met pas en valeur le rapport de l’attribut variable à son sujet immobile].
212 à 2-7, Position de la définition du lieu, comme limite du corps enveloppant, en conclusion de la disjonction énoncée 211 Ds. Selon le texte que donne Simpl. 580, 3; 582, 30; 584, 20 et Them. 276, 13, un membre de phrase serait tombé b 6 : x20°5 cuvémrer rà repreyouévw, qui montre que l’enveloppant a une autre limite. Enfin, cette définition se précise par l'indication que l’enveloppé est mobile selon le transport; selon Saint Th. (1. VE, 12). cette indication a pour but d’insister sur le caractère substantiel de la chose qui occupe l'intervalle ; c’est plutôt une amorce pour la discussion qui établira que le ciel n’est pas dans un lieu, soit
que l’expression mobile (xwnrdc) ne s'applique pas au ciel qui est
‘LUE EEE ADI OR PA NT A ON UT PE x DORE ASC AA à LARTS PU ON -R CRS AC A PL ee Egg PE Ho LAPT- + MEET ATTU at TOUR HN ER SE PNR A HA LION das ‘Heu 4 ; À ' r er : 177: 27 ROYAN TUE Fur k 5 LR UE CHA CET W
‘12408 211 D 29 — 212 d 14 $3 j toujours mû (Simpl. 580, 12), soit que p6pa s'oppose ici À meprpood, selon Alex. (Simpl. 580, 12); c'est aussi pour rappeler le rôle que ‘la considération du mouvement par transport a joué dans la défi- nition du lieu, Ainsi on passe de la notion d’enveloppe extérieure à celle d’enveloppe étrangère au corps logé, puisque ce corps quitte son lieu par le mouvement (2. 209 b2r ; 4. 211 b 13), de la notion de lieu en puissance à celle de lieu en acte (s. 212 b47): Cest | enfin, etsurtout, parce que la question importante qui préoccupe Aristote, aussitôt posée cette première définition du lieu, est celle de son immobilité ; en effet, nous pouvons dire, en nous en tenant à cette définition, qu’un corps immobile dans un fleuve, change de lieu, conséquence relativiste, d’ailleurs sous-entendue et inacceptable.
212 à 7-19. — Récapitulation des difficultés d’une telle étude, ï en prévision d’une définition plus complète. ; 212 4 8. Le lieu paraît forme et matière ; et par suite appartient aux spéculations les plus profondes (cf. St Th. 1. VI, 13, qui renvoie ad 2. 209 b 20), en outre c’est sans doute un indice que le lieu doit être rattaché à la chose dans sa substance. -212 a 9-14. D'autre part, l'expérience du remplacement, fondamentale dans la théorie du lieu, aboutit (cf. 3. 210 à 24) à l’image du vase, qui inspire la définition de tout-à-lheure et cependant suggère la grave confusion du lieu avec l’intervalle; cette confusion expliquée psychologiquement par le peu de consistance de l'air (212 a 12; voir une explication du même genre pour le vide 6.213 a 20-31) et qui amène, pour la première fois, l'identification de cet intervalle hypostasié avec le vide (cf. 7.214 a 21 : la même erreur conduit au vide pris comme chose en soi, et au lieu comme intervalle), a pour origine l’immobilité du vase oùse fait le remplacement (212 a 9; cf. les hésitations de Simpl. [$8r, 32] sur le sens de AOEMOÏVTL 212 a 14-19. Par suite, se pose le question de l’immobilité du lieu. On commence par corriger la comparaison, jusqu'ici admise sans critique, du lieu avec le vase. Puis l'exemple du navire sur le fleuve distingue l'existence dans un vase de l'existence dans un
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