CHAPITRE III
210 a 14-25: Diverses acceptions de l'expression «être dans ». 210 a 25-b 22 : Une chose ne peut être immédiatement à l’intérieur d’elle-même. 210 b 22-27 : Solution de la difficulté de Zénon. 210 b 27-fin : Conclusion sur les trois premiers chapitres.
1# Après cela, il faut comprendre en combien d’acceptions une chose est dite dans une autre; c’est, d’une première manière, comme le doigt est dit dans la main et en général la partie dans le tout; d’une autre, comme le tout dans les parties, car il n’y a pas de tout en dehors des parties ; d’une autre, comme l’homme dansl’animal et en général l’espèce dans le genre; d’une autre comme le genre dans l’espèce et en général la partie de l’espèce dans la définition de l'espèce ; en outre, comme la santé dans les choses chaudes et froides, et en général comme la forme dans la matière; en outre comme les affaires grecques sont dans les mains du roi de Macédoine, et en général comme dans le premier moteur; en outre comme dans le bien et en général dans la fin, c’est-à-dire ce en vue de quoi l’on agit. Mais le sens le plus propre c’est quand on dit dans un vase et en général dans un lieu.
25 C’est une difficulté de savoir si une chose peut également être à l’intérieur d'elle-même, ou si rien ne le peut, tout étant alors ou nulle part ou en autre chose. Mais cela s'entend de deux façons : ou la chose est considérée relativement à soi ou relativement à autre chose : quand le contenant et le contenu sont parties du tout, le tout pourra être dit à l’intérieur de lui-même, car on le nomme selon les parties, par exemple blanc parce que la surface en est blanche, savant par la faculté de raisonner. Assurément l’'amphore ne sera pas à l’intérieur d'elle-même, ni le vin, mais l’amphore de vin; car le contenant et le contenu sont l’un et l’autre parties du même tout. C’est donc ainsi qu’une chose peut être
210 4 14 — 210 b 22 1S à l’intérieur d'elle-même ; mais être telle immédiatement, non Si par exemple le blanc est dans le corps, car la surface est dans le corps (ou encore la science est dans l’âme, parce que la faculté de raisonner est dans l'âme).
1 C'est selon ces termes, qui sont de simples parties, que l’on fait les appellations, en considérant implicitement, bien entendu, qu’elles sont dans l’homme. Or, l’amphore et le vin pris à part ne sont pas parties, mais bien quand elles sont mises ensemble ; c’est pourquoi quand elles sont parties, il y a une chose qui est à l’intérieur d’elle-même ; comme le blanc est dans l’homme parce qu’il est dans le corps et dans le corps parce qu’il est dans la surface; mais s’il est dans celle-ci, ce n’est plus relativement à autre chose; il y est donc bien immédiatement mais il faut ajouter que ce sont là, la surface et le blanc, deux choses différentes d’essence et chacune a une autre nature et une autre puissance.
8 Un examen par induction ne nous donnera rien qui soit
immédiatement à l’intérieur de soi selon aucune des déterminations sus-indiquées ; et le raisonnement montre que c’est impossible : en effet, il faudrait que chaque terme, le contenant et le contenu, fût l’un et l’autre, par exemple que l’amphore fût vase et vin, le vin vin et amphore, s’il se pouvait qu’une chose fût à l’intérieur d'elle-même. Par suite, si profondément qu’ils soient l’un dans - l’autre, l’amphore reçoit le vin, non comme étant par soi vin mais comme amphore, le vin est à l’intérieur de l’amphore, non comme étant par soi amphore mais comme étant vin. On voit donc bien que leur essence est différente, car autre est la définition du contenant, autre celle du contenu.
18 Mais ce n’est pas non plus possible par accident ; car il y aurait deux choses dans une seule et même chose ; en effet, l’amphore serait à l’intérieur d’elle-même, si la chose dont la nature est d’être réceptrice pouvait être à l’intérieur d’elle-même, et en outre il y aurait ce dontelle est le récepteur, par exemple, si c’est du vin, le vin.
% On voit donc qu’il est impossible qu’une chose soit immédiatement à l’intérieur d’elle-même.
2 D'autre part, la difficulté que soulève Zénon, en disant que si le lieu est quelque chose il est dans quelque chose, n’est pas bien difficile à résoudre ; rien n'empêche, en effet, que le premier lieu soit en autre chose, mais non cependant là comme dans un lieu, mais comme la santé est dans les choses chaudes en tant qu’état, la chaleur dans le corps en tant qu’affection. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’aller à l'infini.
21 Voici maintenant ce qui est évident : puisque le vase n’est rien de ce qui est en lui-même car le contenu et le contenant, pris au sens propre, sont différents, le lieu nesaurait être ni la matière, ni la forme, mais est différent de ce qu’il contient ; car la matière et la forme sont parties constituantes de ce qui est dans le lieu.
Tel sera notre exposé des difficultés.