CHAPITRE IV
210 D 32-2114 12 : Points de départ et méthode pour une recherche de lessence du lieu. 211 a 12-b 5 : Liaison du lieu au mouvement. 211 b $-212 a 2 : Raïsonnement par disjonction excluant ce que le lieu n’est pas ; 5-9 : position de la disjonction ; b 9-14 : le lieu n’est ni la forme ; b 14-29 : ni l'intervalle ; D 29-a2 : ni la matière. 212 4 2-7 : Définition du lieu. 212 a 7-16: Résumé des raisons des erreurs sur le lieu. 212 & 16-21 : Précision de la définition du lieu, son immobilité. 212 a 21-28 : Conséquences de la définition relatives au mouvement du ciel. 212 a 28-fin : Autres conséquences.
3æ Ce que peut bien être le lieu, voici comment on le rendra peut-être manifeste. Prenons, à ce sujet, ce qui semble être ses véritables propriétés essentielles. Ainsi, nous admettons que le lieu est l’enveloppe première de ce dont il est le lieu, qu’il n’est rien de la chose, que le lieu premier n’est ni plus grand ni plus petit que la chose, qu’il peut être abandonné de chaque chose et qu'il en est séparable ; ajoutons qu’à tout lieu appartiennent le haut et le bas, que les corps sont transportés par nature et reposent dans les lieux propres à chacun, et cela soit en haut soit en bas. 7 Cela posé, il faut poursuivre l’examen. Et l’on doit tâcher de diriger une telle recherche de façon qu’elle permette d’obtenir l’essence, afin de résoudre les difficultés dévelôppées, de transformer en propriétés véritables du lieu celles qu’on avait seulement admises, et en outre de rendre manifeste la raison des embarras et lieux difficiles ren- contrés dans ce sujet. C’est là la meilleure manière d'expliquer toute question.
12 D'abord, il faut réfléchir qu'aucune recherche ne serait instituée sur le lieu s’il n’y avait pas une espèce de mouvement selon le lieu ; ainsi, si nous pensons que plus que tout le reste le ciel est dans un lieu, c’est qu’il est toujours en mouvement. Or, dans cette espèce de mouvement, il faut distinguer le transport d’une part et d’autre part l’accroissement et le décroissement ; eten effet,
dans l’accroissement et le décroissement, il y a changement de lieu, et ce qui était d'abord à cette place en est déplacé par agrandissement ou diminution. 17 D’autre part, un corps est mû ou par soi en acte, ou par accident ; celui qui est mû par accident ou peut être mû par soi, comme les parties du corps ou le clou dans le navire, ou ne le peut mais est toujours müû par accident, comme la blancheur et la science ; pour ces choses, en effet, le changement de lieu se produit par suite du changement de la chose dans laquelle elles sont. #% D'autre part, nous disons bien qu’une chose est dans le ciel comme dans un lieu parce qu’elle est dans l’air et que celui-ci est dans le ciel; dans l’air oui, mais non dans tout l’air, et c’est la partie extrême et enveloppante de l’air que nous avons en vue; en effet, si c’est tout l’air qui est lieu, chaque chose ne sera pas égale à son lieu ; or, nous avons admis cette égalité et que tel était le lieu immédiat de la chose. ?? Assurément, quand l’enveloppe est, non . pas détachée du corps, mais continue avec le corps, on ne dit pas qu’il est en elle comme dans un lieu, mais comme une partie dans un tout ; au contraire, quand elle est détachée et simplement en contact, le corps est immédiatement à l’intérieur de l’extrémité de l'enveloppe, qui n’est point partie de ce qui est en elle, ni plus grande que l'intervalle d’extension du corps, mais égale, car les extrémités des choses en contact sont confondues. Et si le corpsest continu à l'enveloppe, il ne se meut pas en elle, mais avec elle ; s’il en est séparé, en elle ; et que l’enveloppe soit mue ou non, c’est toujours la même chose. : En outre, quand le corps n’est pas détaché, il est dit comme partie dans un tout, par exemple la vue dans l’œil ou la main dans le corps; en revanche, quand il est détaché, il est dit comme l’eau dans le tonneau et le vin dans loutre ; car la main est mue avec le corps mais l’eau est mue dans le tonneau.
5 Telles sont donc les remarques qui vont maintenant rendre manifeste ce qu'est le lieu. Je ne vois guère, en effet, que quatre choses dont le lieu soit nécessairement une : il est ou forme, ou matière, où un intervalle entre les extrémités, ou les extrémités s’il n’y a aucun intervalle en dehors de la grandeur de la chose qui s’y trouve.
De ces solutions, trois sont inadmissibles, c’est manifeste : 10 c’est par la proprièté d’envelopper que la forme semble être le lieu et, en effet, les extrémités de ce qui enveloppe et de ce qui est enveloppé sont les mêmes. Assurément donc, ce sont là deux limites, mais non de la même chose, la forme est de la chose, le lieu du corps enveloppant. ;
1# D'autre part, par suite du fait fréquent que tandis que l’enveloppe demeure le corps enveloppé change, comme dans l’écoulement de l’eau qui sort d’un vase, l'intervalle qui est intermédiaire entre les limites paraît être quelque chose, en tant qu'il est indépendant du corps déplacé. Or, il n’en est rien, mais il arrive à la place un corps quelconque, pourvu qu'il soit de ceux qui se déplacent et peuvent par nature entrer en contact. {Si l'intervalle pris en soi était quelque chose capable par nature d'être et de subsister en lui-même, les lieux seraient infinis; en effet, l’air, certes, vient prendre la place de l’eau ; mais toutes les parties feront dans le tout ce que fait toute l'eau dans le vase. % En même temps le lieu sera soumis au changement ; ainsi, il y aura pour le lieu encore un autre lieu, et plusieurs lieux seront ensemble. Mais il n’y a pas pour la partie un autre lieu dans lequel elle est mue, quand tout le vase change de place ; c'est toujours le même ; car c’est dans le lieu où ils sont que changent naturellement de place l’air, l’eau et les parties de l'eau, mais non dans le lieu où arrive le tout, partie. du lieu qui est celui de tout le ciel.
2 D'un autre côté, la matière pourrait paraître aussi être le lieu, quand on considère dans un corps en repos un attribut non séparé,
mais continu. De même, en effet, que dans une altération il y a quelque chose qui maintenant est blanc et tout-à-l’heure était noir, dur et tout-à-l’heure mou (c’est notre preuve de l’existence de la matière), ainsi une même représentation, semble t-il, s'applique au lieu, sauf que l’on dit : l’eau est maintenant ce qu'était l'air, et dans le cas du lieu : où était l’air, là est maintenant l’eau. *% Mais la matière, comme on l’a dit plus haut, n’est pas séparable de la chose ni ne l'enveloppe, deux caractères du lieu.
2 Si donc le lieu n’est aucune des trois choses, ni la forme, ni la
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matière, ni un intervalle qui serait quelque chose de différent de l'intervalle d’extension de l’objet déplacé, reste nécessairement que
le lieu est la dernière des quatre, à savoir la limite du corps enve-
loppant ; j’entends par corps enveloppé, celui qui est mobile par transport.
7 Il semble que ce soit une grande et difficile question de comprendre le lieu, parce qu'il donne l'illusion d’être la matière et la forme et parce que le déplacement du corps transporté se produit à l’intérieur d’une enveloppe qui reste en repos ; le lieu paraît, en effet, pouvoir être une autre chose, intermédiaire, indépendante des grandeurs en mouvement. À cela contribue l’apparence que l'air est incorporel ; le lieu paraît être, en effet, non seulement les limites du vase, mais ce qui est entre ces limites, considéré comme vide.
14 D'autre part, comme le vase est un lieu transportable, ainsi le lieu est un vase qu’on ne peut mouvoir. Par suite, quand une chose qui est à l’intérieur d’une autre qui est mue est mue et change de place comme un navire sur un fleuve, elle est, par rapport à ce qui l'enveloppe, plutôt comme dans un vase que comme dans un lieu. Le lieu veut être immobile ; aussi, est-ce plutôt le fleuve dans son entier qui est le lieu, parce que dans son entier il est immobile. Par suite, la limite immobile immédiate de l'enveloppe, tel est le lieu.
4 Conséquence : le centre du ciel et l'extrémité (celle qui est de notre côté) du transport circulaire sont admises comme étant, pour tout, au sens le plus précis, l’une le haut, autre le bas ; en effet, l’un demeure éternellement ; l’autre, l'extrémité de l'orbe, demeure, ence sens qu'elle se comporte dela même manière; par suite, puisque le léger c’est ce qui est transporté naturellement vers le haut, le lourd vers le bas; le bas, c’est la limite enveloppante qui est du côté du centre, c’est aussi le corps central lui-même ; le haut, celle qui est du côté de l'extrémité, et aussi le corps extrême.
28 Autre conséquence : le lieu paraît être une surface, et comme un vase : une enveloppe. En outre, le lieu est avec la chose, car avec le limité, la limite.