‹ Arithmétique universelle de NewtonChapitre 7 sur 104 · XX DIS C O U R S · texte numérisé non relu

XX DIS C O U R S

mort il avait entièrement renonce aux mathématiques ; il se contentait de jouir en paix de la considération universelle, méritée pgir tant de grands travaux. Un silence d'une si longue durée avait produit sur Tenvie le même effet que le tombeau > il avait cessé de travailler, c'était pour elle comme s'il eût cessé de vivre j aussi goûta- t-il, sur la fin de sa longue carrière, le bonheur bien rare de ne compter plus, parmi ses compatriotes , que des admirateurs ou des disciples. Jusqu'à Tâge de quatre-vingts ans il. conserva une santé parfaite, et ce ne fut qu'à cette époque de sa vie qu'il ressentit les premières atteintes d'im mal qui tourmenta ses dernières années. Pendant les cinq

Favantagc de soulager Tesprit dans des reclierclie$ souvent três-pcntbies , et pour lesquelles il a besoin de tous ses efforts. L'analyse lui ménage , autant qu'il est possible , des instans nécessaires de délassement et de repos ; il suffit de savoir que les principes du calcul sont certains; la main calcule en toute sâreté ^ et par— vient enfin à un résultat auquel , sans ce secours y on ne serait point parvenu, ou auquel on ne serait arrivé qu*avec beaucoup de peines. Mais il ne tiendra qu'à l'analyste de donner ensuite à sa démonstration , ou à sa solution ,. la rigueur prétendue qu^on croit lui manquer; il lui suffira pour cela de traduire cette démonstration dans le langage des anciens. Nous conviendrons sans peine que l'usage mécanique et trop fréquent d'une analyse facile et peu nécessaire, rendra l'esprit paresseux, prompt à se rebuter par les obstacles, et parla moins propre aux découvertes; mais nous ne conviendrons jamais que l'analyse rende les démonstrations moins rigoureuses. On peut regarder la méthoJe des anciens comme nne route tortueuse , difficile et embarrassée , dans laquelle le géomètre exerce et fatigue ses lecteurs; l'analyste, placé à un point de vue plus élevé , voit cette route d'un coup-d'œil ; il ne tient qu'à lui d'en parcourir tous les sentiers , d'y conduire les antres , et de les y arrêter aussi long-temp» qu'il veut. Enfin ( et c'est ici le plus grand avantage de la méthode analytique ) combien de questions en géométrie, auxquelles cette méthode seule peut atteindre? Qu'on essaie d'employer à des reclierches sur l'astronomie physique , la méthode des anciens, on sentira bientôt l'impossibilité d'y réussir.

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ans qu*il vécut encore , il jouit pourtant d'assez longs intervalles de tranquillité , qu'il dut sans doute en grande partie , à un régime extrêmement modéré. 11 ne souffrit jamais de grandes douleurs , excepté les vingt-quatre derniers jours de sa vie* On s'apperçut alors qu'il était travaillé par les douleurs de la pierre, et on ne se flatta plus de pouvoir le conserver long-temps (i6). Lorsque les accès étaient si violens que son visage en était baigné de sueur, jamais il ne laissa échapper une plainte, jamais il ne montra la moindre impatience ; s'il survenait le moindre relâche, le sourire reparaissait sur ses lèvres, et il se livrait au 'commerce de ses amis, avec son calme accoutumé* Le dix-huit de mars 1727, après avoir conversé long-temps avec le docteur Mead, son ami et son médecin, il perdit toutà-coup la connaissance , et ne la recouvra plus. Deux jours après, s'éteignit ce flambeau divin qui avait répandu sur toutes les sciences la lumière la plus vive qui les éclaira jamais. Ce fut pour l'Angleterre un deuil public 3 on plaça son corps sur un lit de parade, dans la salle de Westminster, où sont exposés les grands du royaume, et quelquefois les rois eux-mêmes. Lorsqu'il fut porté au tombeau, le grand chancelier d'Angleterre, les ducs de Montrose, de Roxburg, les comtes de Pembrok, de Sussex, et de Maclesfield soutenaient le poêle; la première noblesse suivait le convoi. Il fut déposé dans l'église de Westminster, à la porte du chœur. C'est en rendant de

(16) Cette cruelle maladie parait être le fléau particulier des hommes de cabinet ; c'est elle qui nous a enlevé presque en même temps A^Aleniberl , Bufforiy et qui vient de conduire au tombeau le savant et respectable Cousin.

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tels honneurs aux restes de ce grand homme , que le peuple Anglais se montra digne de l'avoir vu naître dans son sein.

Newton était d'une stature médiocre, et d'une figure gracieuse; mais dans sa vieillesse sa personne avait quelque chose de vénérable. Son caractère était si doux, si ami de la paix, qu'il eut mieux aimé se condamner à une éternelle obscurité, que de livrer des combats pour soutenir ses opinions. Il était sur le point de publier ses Leçons d'Optique , et sa Méthode des Fluxions et des Séries infinies , lorsqu'il apprit , par diverses lettres, qu'on lui préparait des objections; c'en fut assez pour le faire changer de dessein. Je n^ aurai pas , dit-il , /7mprudence de perdre une chose aussi substancielle que mon repos ^ pour courir après une ombre. Il étoit d'une telle mo^ destie , que malgré sa célébrité si justement , si universellement reconnue, il ne montrait aucun entêtement pour ses sentimens. La plus touchante des vertus , la bienfaisance , pouvait*elle être étrangère à une ame si noble? Non^ sans doute; aussi Newton en donna-t-il des preuves multipliées envers les malheureux. Il ne voulait point faire de testament, parce qu'il ne croyait pas qu'on pût donner ce qu'on ne possédait plus; mais il faisait souvent des libéralités considérables à ses parens. Les jeunes gens sans -fortune ^ qui montraient d'heureuses dispositions pour les sciences , étaient aussi les objets de ses bienfaits. Inscrivez;- moi pour une somme de vingt livres sterling par an ^ mandait -il aux administrateurs du collège d'Edimbourg ; cette somme sentira de supplément aux hono*^ raires de M. Mac-Laurin; elle sera un témoignage de mon amitié pour sa personne ; et de mon estime pour ses talens.

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C'est ainsi que ce grand homme réunissait tout ce que le génie a de plus sublime , avec ce que les qualités sociales ont de plus aimable (17).

Newton a cessé d'appartenir à l'Angle terre, il est devenu rhomme de toutes les nations , de tous les temps ; tous les peuples civilisés le reconnaissent pour leur législateur dans les sciences; tous les savans, d'un bout à l'autre de l'Europe , sont ses disciples ; et si , depuis sa mort , on a fait des pas consi* dérables, si l'on s'est avancé plus loin que lui, c'est toujours eu s'appuyant sur ses immortelles découvertes, Horace promettait à ses vers une durée aussi longue que celle du temple de Jupiter auCapitole; les siècles ont détruit jusqu'aux ruines de ce temple fameux , et le nom d'Horace est plus illustre qu'il ne fut jamais. L'Angleterre changerait de face , serait boule* versée , engloutie même sous TOcéan , que la gloire de Newtoa n'en recevrait aucune atteinte. Son nom est gravé profondément

( 17 ) Il est bien rare que la fortune marche de pair avec le^énie ^ mais lorsque cela arrive , on voit par le respectable usage que les hommes supérieurs savent faire des richesses , combien ils sont dignes de les posséder. Boileau achète la bibliothèque de Patru un tiers de plus qu'elle ne vaut , et met pour condition , que ce célèbre avocat en conservera la jouissance jusqu'à sa morL Yoltiire élève et dote la petite-nièce du grand Corneille; il fait de Ferney l'asylc des artistes indigens , et donne pour jouet aux cnfans d'un malheureux débiteur , le billet de leur père. BuiTon consacre une partie de son bien à agrandir , à décorer ce Jardin des Plantes devenu , par ses soins , un dos plus beaux ornemens de Paris. Avec quel s'ôin Montesquieu cache la main qui brise les fers d'un infortuné Français tombé dans l'esclavage? La chimie et la physique sont-elles moins redevables aux richesses de Lavoisier qu'à son génie? Et au moment oii j'écris, Lalande ne déposent- il pas entre les mains de l'Institut, une somme de d'r mille francs, destinée à l'encouragement des sciences? Pourquoi de pareils traits n'inspiicnt-ils qu'une admiration stérile ^ à ceux qui pourraient les imiter?

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