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Reçu à Londres par le chasseur Bezeler le 13 (25) Vil-bre 1804. S-t Pétersbourg, ce 18 août 1804.
Monsieur le général d'infanterie comte Worontzow. C'est avec une très-grande satisfaction que j'ai lu les rapports que vous m'avez transmis par le feldjäger Ratinsky, et les communications de la cour de Londres dont ils étaient accompagnés en réponse à celles que vous aviez été chargé de lui faire sur l’état actuel des affaires .en Europe.
On ne peut être plus sensible que je ne le suis à la confiance flattense que m'ont témoignée à cette occasion se majesté britannique et son ministère, et je m'empresserai toujours d'y répondre avec une franchise etune amitié égale. Il est digne de la sagesse et de la modération de la cour de Londres de ne rien précipiter, et d'éviter tout ce qui pourrait amener sur l'Europe les maux croissants que l'on désire de prévenir. Ce principe est d'autant plus honorable et généreux de sa part, que la Grande Bretagne soutenant seule aujourd’hui tout le poids de la guerre, Гоп pourrait croire au premier coup d’oeil qu'il serait peutêtre de son intérêt de” susciter des hostilités à la France à tout hasard et sans s'arrêter aux suites qu'elles
pourraient avoir pour ceux qui les auraient entreprises. L'expérience prouve cependant que des attaques faibles ou mal combinées n’ont pu toujours que donner plus de force et plus de moyens à l'ennemi.
J'ai été extrêmement aise d'apprendre que la cour où vous êtes est entrée pleinement dans cette: façon de voir. Le peu d’activité et d'énergie que dénotent jusqu'à présent d’autres grandes puissances, rend а nécessité de s’y tenir encore plus évidente. Connaissant à présent les intentions de la cour de Londres. et pouvant compter sur-les secours subsidiaires qu'elle se propose de fournir au continent dans le cas quela guerre s’y allumât, je пе perdrai pas un moment pour faire usage de ces données importantes, afin d'animer du moins une partie des cabinets à s'opposer vigoureusement à des empiétemens ultérieurs des Français. ct même de préparer.les choses afin de lier, s'il est possible, un concert pour mettre fin aux violences qu'ils exercent dans les pays qu'ils tiennent déjà sous leur joug,—résultat, cependant, auquel à vue de pays. il n’est pas encore à espérer que nous puissions parvenir dès à présent.
Les conditions que в. m. britannique se réserve de mettre à ses secours, sont parfaitement convenables: il est tout simple qu'ils ne soient accordés qu'au moment où les hostilités commenceront, ou du moins at moment où elles seront indubitables; il est non mois juste que la cour de Londres soit admise à la connais sance du concert qu’elle sera appelée à supporter par ses moyens.
C'est ainsi que je Гай toujours entendu: et l'autorisation qu'auront les ministres’ angluis de fournir le premiers fonds nécessaires, en cas d'une explosion st-
bite, prévient tout inconvénient momentané qui pourrait en résulter. La distribution des fonds me paraît également très-sage, suuf les modifications que le succès des négociations pour engager les différentes cours à зе réunir contre l'ennemi commun pourront nécessiter. Je suis de mon côté infiniment sensible à l'offre que la cour de Londres me fait pour subvenir aux frais considérables que je serais obligé de supporter lorsque la guerre éclaterait sur le continent, et je m’adresserai à elle avec confiance, si je me trouve dans le cas d’avoir besoin de secours subsidiaires.
C'est avec un plaisir très-réel que j'ai appris la facilité avec laquelle nous nous sommes entendus avec la cour de Londres sur la manière dont il faudra agir en commun, au cas que les Français attaquassent la Turquie européenne, et j'attendrai avec impatience que les soins qui absorbent le ministère pour la défense interne du pays, lui permettent d'envoyer des renforts à Malthe et à Gibraltar. Je ne douté pas, en attendant, que même les corps peu nombreux qui s'y trouvent, n'agissent à l'instant même que les Français feront quelque entreprise contre la Grèce ou l'Albanie. mes troupes stationnées à Corfou ayant déjà reçu des ordres conformes à cette attente.
Pour ce qui est de la supposition que Bonaparte se portera à attaquer le roi de Naples, ie ne suis encore nullement assuré que cet événement puisse être compté dans la catégorie de ceux qui engageront la cour de Vienne à entrer en lice, et qu'il puisse par conséquent servir de signal à une opération générale et bien combinée.
Mon ministère est chargé de vous transmettre les pièces qui ont rapport à ce qui s'est passé dernière-
mént entre moi et le gouvernement français. Уош у
verrez que je suis au moment d'interrompre toute re. |
lation avec lui, et que si cela n’arrive pas, ce nes
ra qu'en obtenant des concessions importantes pour |
le bien de la cause générale. Si au contraire, ce qui
est plus probable, toute correspondance est suspendu | entre la Russie et la France, cela m'évite la discussion |
fastidieuse sur la reconnaissance du titre impérial &t me délivrè des désagrémens sans fin auxquels on et continuellement exposé tant qu’on est en rapport ave un gouvernement qui n’a de respect pour aucune cor sidéretion quelconque. La Russie n'en restera ps moins parfaitement tranquille quant à sa sûreté part culière, puisque sa position est telle que la France ne peut l'attaquer qu'en entamant et attaquant d'aborl les pays qui nous séparent; et cette position indéperdante, dans laquelle la nature a placé la Russie et qui lui permettrait même sans grands inconvéniens de re courir à un entier isolement, si jamais elle le jugesi convenable, ne pourra sans doute, quelque tournure que prennent les affaires, que m’engager davantage à ne rien négliger de ce qui me paraîtra, ainsi qu'à mes alliés, le plus propre au bien réel de l’Europe. Vous n’avez aujourd’hui que des remercîmens à ex primer dans les communications dont vous êtes char: gé; je ne doute pas que vous ne les énonciez à ls cour où vous êtes avec toute l'expression du sentiment que j'ai voué à в. m. britannique. Je ne saurais fair sans vous exprimer aussi les miens pour la manière dont vous avez rempli mes désirs, en vous décidant à ne point quitter encore votre poste. Vous avez sans doute le droit de demandrer du repos, après les longs et honorables services que vous avez consaeris àl'é
tat et sur la valeur desquels je ne vous trouve pas juge compétent; mais il était conforme à votre caractère de faire à votre patrie un nouveau sacrifice, et je le reçois avec sensibilité. En vous réitérant l'assurance de mon estime et de mon entière satisfaction, je suis, monsieur le général d'infanterie comte Worontzow, votre bien affectionné
Alexandre.
Contresigné: Le р-се А. Czartorieky.
Ayant accédé à la médiation qui nous а été proposée par l'empereur des Romains et le roi de Prusse pour les mettre d'accord sur l’arrangement à l'amiable de leurs affaires relativement à l'Empire d'Allemagne, autant que cela pourrait s'effectuer eu égard à son intégrité, même dans ses limites actuelles. nous nous étions proposés de profiter de cette occasion pour persuader le roi de Prusse à former avec nous et avec nos deux alliés, l'empereur des Romains et le roi de la Grande Bretagne, une alliunce en commun. pour mettre des bornes aux intentions pernicieuses et malfaisantes du gouvernement français actuel, qui ne tend à rien moins qu’à détruire les monarchies, à bouleverser tout gouvernement bien ordonné, et à introduire partout leurs principes destructeurs, afin de les assujetir ensuite à leur propre domination; c'est à quoi ils travaillent sans cesse. La première démarche que nous avons faite dans cette vue amicale auprès du roi de Prusse. n'a pas eu lé succès désiré. Nous ne nous étendrons pss sur l’aveuglement auquel ce souverain s’est exposé contre ses propres intérêts et surtout contre la sûreté de son royaume pour le tems à venir; mais cons dérant une pareille mesure comme salutaire et unique
pour brider les atrocités des Français, et sachant à notre grande: satisfaction que nos deux alliés sont parfaitement d'accord avec nous sur cette manière de penser, nous avons résolu d'y accéder aussitôt que le gouvernement actuel en France, soit par son obstination’ à. ne'pas exéeuter le traité de paix conclu avec l'Empereur, soit: en: insistant d’éténdre ses possessions même du côté droit du Rhin, soit par des entreprises nouvelles à s'emparer de la partie restante de l'Italie où des autres pays et isles de la Méditérranée, aura forcé l'Empereur à rompre sa paix avec lui; en conséquence de quoi nous avons résolu à nous expliquer amicalement avec le roi de Prusse sur des raisons qui nous portaient à faire cause commune avec nos alliés, n'ayant aucunement pour but notre propre avantage. mais le rétablissement solide de la tranquillité, sar des stipulations sages et convenables; et qu’en commençant la guerre par pure nécessité, et en la continuant avec des-intentions aussi droites, nous attendons de l'amitié et de l8 bonne foi du roi de Prusse.’ qu'en conservant sa neutralité, il n’écoutera ancune des insinuations perfidés d'un ennemi aussi dangereux ‘робит toutes les puissances, et qu'il conservera inticte lo partie septentrionale de l'Allemagne, en empêchant les Français de rompre la ligne que sa шаjésté a déja marquée comme étant neutre, et qui de même ne sera pas enfreinte par les alliés. Ва, réponse sur notre explication nous découvrira davantage combien on doit compter au moins sur son impartialité et sur. sa position passive, dans lesquelles nous tächerons de le maintenir par toutes les assurances conformes à l'amitié et l'alliance qui subsistent entre aous. En attendant, nous avons résolu en premier lieu,
aussitôt que la rupture aura lieu, d'envoyer au secours de l’empereur des Romains un corps de troupes, conformément à notre traité d’alliance, nonobstant que nous devons maintenir toutes prêtes des forces considérables, soit pour conserver la tranquillité dans les états nouvellement acquis à notre empire de la ci-devant république de Pologne, soit qu'en cas de quel ques tentatives perfides du côté des Français, nous puissions non-seulement les détreire chez nous, mais donner même secours à nos voisins, faisant sur ce point, conformément aux engagements, cause cemmune avec eux; soit pour observer enfin toutes les démarches de la cour de Berlin, ayant en main, en cas de sa liaison avec les Français, des moyens de défense et de diversion formidables du côté de nos frontières, en laissant au reste, d’après le traité d'alliance avec l'Angleterre, l'escadre destinée à son secours et assurant la mer Baltique et sa navigation en faveur des nations amies contre toutes intentions et entreprises hostiles. Nous n’entrons pas en détails ici sur la précaution indispensablement nécessaire du côté de la Suède, de même que du côté de nos frontières avec les états de la Porte Ottomane, qui par sa faiblesse, soit par des menaces, soit par la force des Français. quoiqu'à sa propre destruction, pourrait être facilement entraînée dans leurs vues et nous causer beaucoup d'embarras.
Ayant donné un corps de troupes an secours de notre allié, nous avons satisfait à sa demande amicale, et nous nous sommes justifiés devant le monde de la bonne foi avec laquelle nous sommes accontumé à garder nos engagemens. Nous désirerions volontiers, par des moyens encore plus efficaces, pouvoir contribuer à la
guerre afin de brider l'ennemi commun et de garantir l'intégrité des puissances; mais des mesures aussi fortes ne sauraient être entreprises ni conduites avec le succès désiré, sans des dépenses pécuniaires très-considérables. Sachant que l’Angleterre а toujours reçn dans la même vue, et a mis beaucoup de valeur à une coopération pareille de notre part, nous les ayant offert dans son tems, nous vous chargeons de vous expliquer d'une manière amicale avec le ministère du roi de la Grand Bretagne, et en présentant dans tout son jour notre conduite et notre bonne volonté, de lui insinuer qu'en cas que la nécessité exigeât d'augmenter d'énergie, et que nous fussions assurés du côté du roi de Prüsse de la conservation de sa neutralité et dela garantie de la partie septentrionale de l'Allemagne contre l'invasion ou le passage des troupes françaises, qu'on envoye provisoirement au ministre de за majesté britannique auprès de notre cour un pleig-pouvoir et des instructions suffisantes pour conclure une convention touchant les secours pécuniaires à donner pour l'envoi et l'entretien de nos troupes destinées par nous à agir en faveur de la cause commune, en prenant pour base le même projet qui а été proposé en 1796, avec les changemens qui y ont été faits et jugés indispensables, et les corrections sur lesquelles on était quasi d'accord. Il s'entend déjà que dans le nombre des troupes stipulées par le traité, sont aussi incluses celles que nous envoyons actuellement sous la dénomination du corps auxiliaire pour l’empereur des Romains; car dans се cas-là nos forces seront employées aux opérations en faveur de la cause commune, d'aprèsle plan convenu pour le tems entre les alliés.
Nous attendons de l'amitié du roi notre allié, qu’en
rendant justice à nos intentions, jl prendra en consi-
dération l'avantage qui résultera de notre coopération et qui sera supérieur en comparaison des modiques secours pécuniaires, surtout si оп les compare à ceux qui ont été fournis avec tant d’abondance et si peu d'effet en 1794 au feu roi de Prusse; quand au contraire notre zèle pour l'avantage et la sûreté commune et l'honneur de nos armes, pourront être des garants assurés, qu'ayant tiré l'épée pour obtenir la paix à nos alliés et presque à toute l'Europe, nous y employerons, par le secours. du Très-Haut, avec bonne foi. tous les moyens et toutes les forces qui dépendent de nous.
Pour ce qui regarde notre escadre qui agit au secours de l’Augleterre, nous joignons ici, pour vatre information, que les fournitures du côté de l'Angleterre de tout ce qui est nécessaire pour son approvisiunnement et pour ses réparations pendant qu'elle restera dans ses ports et dans la mer du Nord, doivent rester sur le même pied qu'auparavant, sans les mettre aucunement en compte général des subsides, supposés uniquement à l'occasion du secours sur la terre ferme.
Dans vos entretiens avec le ministère du roi de в Grande Bretagne, si vous rencuntriez de son côté des difficultés sur l'accord et le payement de secours pé cuniaires, vous pouvez sans réserve déclarer que notre coopération ne saurait avoir lieu sans cela, et que nous serons obligé alors de rester uniquement occupe à pourvoir à la sûreté de notre propre empire, ayant à l'égard de nos alliés ne conscience tranquille, qu'il dépendait d'eux, en cas de besoin, de profiter de nos bonnes dispositions en leur faveur.
Monsieur le général d'infanterie comte de Woronzow. Le ministre-adjoint de Nowossiltzow m'a rendu compte, à son retour de Londres, qu’à l'audience que le roi lui a accordée, ce monarque l'avait chargé de m'exprimer le désir que vous ne quittiez point le poste que vous occupez près de lui еп ce moment. C'est à vos désirs seuls et à vos instances réitérées que j'ai cédé- en consentant l'été dernier à la demande que vous me faisiez de revenir à S-t Pétersbourg; mais maintenant, voulant donper à s. m. britannique une preuve du prix que j'attache à l'opinion qu’elle а manifestée à votre égard et de mon empressement à lui complaire, je ne puis qu'acquiescer à son désir et vous exprimer le mien de vous voir continuer vos fonctions, tant que vos affaires particulières vous le permettront. J’espère qu’elle ne s’opposeront pas à ce que vous prolongiez encore pendant quelque tems votre séjour à Londres. Les liens qui viennent de se former entre les deux cours, demandent à être consolidés, et personne sans doute ne remplira mieux cette tâche que vous; la conduite par laquelle vous avez su les préparer etla nature de vos derniers rapports, ont
Агхивъ Кназя Boronuosa, Би. 80. 81
été à mon entière satisfaction et deviennent un nouveau titre à ma bienveillance. Je me plais à vous en répéter ici le témoignage certain, et je suis, monsieur le général d'infanterie comte de Woronzow, votre bien ай fectionné
Alexandre.