САРДИНСК!Я ABIA
modération et finit par renvoyer l'affaire à la décision de la cour de Londres, garante du traité de Worms.
On rejeta ici cette proposition aussi injuste qu'indécente, on fit de fortes représentations là-dessus à la cour de Vienne, qui en fut piquée, et de là commença sa haine sourde contre ce pays, au point que quand le sous-secrétaire d'état, m-r Hammond, fut à Vienne pour savoir le contenu des préliminaires de Leoben qu’on n’a pas voulu lui communiquer, dans deux ou trois entretiens qu’il a eus avec le baron de Thugut, celui-ci lui a reproché sans cesse que l’Angleterre s'est obstinée à maintenir intact le traité qu’elle a garanti. Mais avant cela déjà le général de Vins a eu des ordres secrets, visiblement, de ne pas agir; car, pouvant s’emparer de Savone et culbuter les Français au delà du Var, il les laissa pénétrer dans le Piémont, ce qui força la cour de Turin, trahie par le seul allié qui pouvait la défendre, à faire sa paix. Cela fit perdre aussi le Milanais à l'Autriche, mais elle s’est bien et richement dédommagée en écrasant la république de Venise pour s'emparer des neuf-dixièmes des états de cette infortunée république, pour prix de son attachement. et d’avoir refusé de se joindre à Bonaparte contre cette même cour de Vienne. Cette même cour, par l’organe du comte Cobentzel, avait proposé à Selz de parteger les états du roi de Sardaigne, d'après ce que le Directoire a officiellement publié, et comme l'Autriche n’en а pas donné un démenti officiel et formel, on ne peut pas douter de cette proposition, qui d’ailleurs, quelqu’injuste et indécente qu’elle soit, l'est beaucoup moins que Госсирайоп de Venise.
D’après toutes ces considérations, on croit ici, et avec juste raison, qu’il n’y a que У. M. I: qui puisse sauver les états du roi de Sardaigne et ceux du Pape, que la maison d’Autriche convoite avec encore plus d’ardeur; que le magnanime exemple de sa conduite envers les Turcs, ainsi qu'envers l'Autriche elle-même, lui donne le droit d'exiger de celleci qu’elle respecte les possessions des autres puissances,
qu’elle s’explique là dessus et donne en conséquence les pro- 22°
clamations les plus solemnelles et les plus publiques. Votre M. 1-е n’a demandé aucune indemnité ni aux Turcs ni aux Autrichiens pour les puissants secours qu’elle leur donne et qui les sauvent; pourquoi donc ces derniers voudraient-ils avoir le droit de s’indemniser sur les cours de Turin et de Rome? La proclamation aux officiers et soldats piémontais que le maréchal comte Souworow a publiée de sa propre autorité fait honneur à sa justice et son jugement, et a produit le meilleur effet possible sur le militaire de cette nation; mais c'est à la cour de Vienne à rassurer le pays en général en l’assurant qu’elle ne veut rien garder pour elle, mais réintégrer leur légitime souverain dans tous ses droits et domaines. On pense ici que pour accélérer cette affaire et ôter tous les doutes, il est de toute nécessité que le roi de Sardaigne quitte l’isle où il est relégué et retourne à Turin; que cela ne se peut faire que par l'invitation ou de Votre M. I. ou de la cour de Vienne, et que, vu que celle-ci ne se prêtera pas à cetie mesure qui lui est désagréable et que d’ailleurs elle ne peut cacher son éloignement pour tout ce que ГАпgleterre lui propose, on espère que vous voudrez bien, Sire, inviter par une lettre l’infortuné monarque relégué à Cagliari à retourner dans ses états, qu’une partie de Vos troupes et le grand homme qui les commande ont délivrés du joug de la plus scélérate des nations et de son infâme Directoire. Cette gloire et celle de maintenir la cour de Rome dans ses possessions est réservée au plus vertueux des monarques, qui ne veut rien pour lui et tend .tous ses efforts uniquement pour le bonheur universel, cherchant à réintégrer dans leurs possessions ceux que l'injustice la plus criante а dépossédés. Vous êtes, Sire, l'espoir et Гарри! de tous les opprimés!
Par le journal du Parlement qui est joint ici, У. M. 1. verra par les lignes soulignées de quelle manière m-r Pitt a parlé d’elle.
Le roi ne cesse de m'en parler de même. La santé de V. М. 1. est la première qui se boit à toutes les tables.
Celle du maréchal Souworow commence à la suivre. On
est ici dans l'enthousiasme pour tout ce qu’il fait, l’habileté de ses plans, la vivacité et l’activité de ses opérations, le courage invincible des Russes qui force les Autrichiens à tâcher de les imiter; on пе parle de ce grand homme qu’en ajoutant les sentimens de la plus profonde reconnaissance pour le vertueux et magnanime Souverain qui l’a envoyé.
Je joins ici la liste des vaisseaux qui doivent être partis le 1-r de ce mois sous les ordres de l’amiral chevalier Gardner pour la Méditerranée, afin de renforcer les escadres qui sont là sous les ordres de l'amiral lord S-t Vincent. П est ordonné au chevalier Gardner que si, en arrivant devant Cadix, il trouve que la flotte espagnole est sortie, il doit aller dans la Méditerranée pour chercher les escadres des amiraux S-t Vincent, Keith et №1301; de faire la même chose s’il trouve que les Espagnols sont à Cadix et continuent à être bloqués par quelque division de la flotte de mylord S-t Vincent; mais que si Cadix se trouve dégagé de tout blocus et que la flotte espagnole y soit encore, de se mettre là et de la tenir enfermée. Par la liste incluse du renfort que mène le chevalier Gardner, У. M. IL. verra qu’il a 6 vaisseaux à 3 ponts, 2 de 80 canons et 8 de 74, avec 4 fré- ‘gates, sans compter les petits bâtimens sans lesquels ne sortent jamais les escadres anglaises. Lord S-t Vincent avait déjà plus de 30 vaisseaux de ligne sous ses ordres dans différentes stations de la Méditerranée; à présent il aura plus de 50 vaisseaux sous ses ordres et avec les frégates, sloops, brigs et cutters, il aura plus de 180 bâtimens de toute grandeur, ce qu'aucun amiral n’a jamais eu sous son commandement.
Милостивое Ваше благоволВн!е за своеручнымъ подписанемъ В-го И-го В-ва отъ 4-го Мыя я имвлъ caacrie получить. Вы оное изливаете на меня, Всемилостив йш!й Государь, за попечене, какъ изволите изъявлять, и усерaie мое касательно до AI принадлежащихъ Вашей здвсь эскадрВ и адмиралтейскихъ учениковъ; но все Cie есть долгъ моей службы. Всякъ на моемъ мВстВ тоже самое бы сдвлалъ.
Какъ не служить усердно законному своему Государю и какъ не служить съ рвешемъ Государю толь милостиво- MY, что внимаетъ и ободряетъ своимъ неоцзненнымъ благоволенемъ TBXB, кои хотя не отлично, но съ горячимъ усержмемъ ему служатъ. Я благодарю Всевышняго, что при концё моей жизни и при разрушающемся здоровьи, онъ дозволилъ MH дожить до сихъ счастливыхъ временъ, въ кои царствуетъ въ моемъ Отечествв Государь толь великодушный и премилостивый. Да сохранить Онъ дра-° тоцённую жизнь Вашу не токмо для счастливыхъ Вашихъ подданныхъ, но и для спасеня Европы, которая Вашимъ великодупцемъ избавляется отъ ига, коимъ удручала ее проклятая Французская республика.
Ваше И-е В-во, освободя Европу, возставите ee на прежнемъ положен, на коемъ она процвзтала и будете блюсти, дабы и впередъ новыя неустройства, грабежи и святотатства не могли паки возродиться. `
Sire!
Ayant passé les quatre-cinquièmes de ma vie en voyage, en garnison, à la guerre et dans les missions étrangères, je suis aussi peu informé de mon bien et des affaires de ma famille que si j'étais un étranger qui n’a aucun établissement en Russie. Je n’en ai rien souffert pourtant, grâce à un frère qui a eu et qui a encore l'amitié d’avoir soin de mes affaires et les régit beaucoup mieux que je ne l’aurais pu faire moimême. Mais nous sommes infirmes et vieux tous les deux, et mon fils, n'ayant pas de frère, ne pourra pas avoir un aide comme j'ai le bonheur d’en avoir dans le mien. Il est donc indispensable qu'il fasse un voyage en Russie pour aller trouver son oncle, qui est un autre père pour lui, et qu’il passe quelque tems avec lui à la campagne où il demeure, pour apprendre de lui l’état de ses parents, de sa famille et du bien dont il doit hériter après ma mort. C’est pourquoi je supplie très-humblement У. M. I-le de vouloir bien m'accorder la faveur de permettre qu'il puisse aller pour 9 à 10 mois dans sa patrie; de permettre qu’il puisse aller d’abord chez son oncle l'été prochain, et qu’il puisse après venir à Pétersbourg pour avoir le bonheur de voir son Souverain, mon bienfaiteur.
Comme je Га! habitué au travail pour qu’il puisse un jour servir У. M. I-le et payer en partie la dette immense que j'ai envers vous, Sire, pour toutes les grâces dont vous m’avez comblé sans que je les aie méritées par mes faibles services,—je supplie У. M. I-le de permettre que pendant les trois mois qu’il restera à Pétersbourg, il ne fasse pas le service de chambellan, mais travaille dans les bureaux de son ministre des affaires étrangères: autrement, je craindrais qu’il ne se déshabitue du travail et s’accoutume à être fainéant, ce qui est le plus grand malheur qui puisse arriver à un jeune homme destiné à servir son Souverain. Après quoi, repas-
sant à Moscou pour deux mois, pour voir ses parents et se mettre plus au fait des affaires de sa famille, qu’il puisse revenir ici, tant pour continuer ses études de mathématiques qu’il n’a pas encore achevées, que pour continuer à travailler auprès de moi dans les affaires que V. M. I-le a daigné me confier.
En suppliant У. M. I-le de m’accorder cette faveur, je la supplie d’ordonner d'envoyer un passeport pour lui et les deux personnes qui partiront avec lui. Un de ceux-là est Jean Smirnow, le frère de notre respectable aumônier, s’il obtient du Collége des affaires étrangères la permission qu'il a demandée: саг il a besoin d'aller, pour ses affaires de famille et celles de son frère, chez ses parents. Ce serait une circonstance fort heureuse pour mon fils de faire son premier voyage avec un homme qui a beaucoup de mérite joint à beaucoup d’honnêteté. L'autre est un vieux valet de chambre qui est auprès de mon fils depuis 12 ans. C’est un Français de Уегза ез; il a servi Louis XV, et à l’avénement de Louis XVI, le prétendu philosophe Turgot ayant fait de grandes réformes dans la maison du roi, cel homme fut un des réformés; il vint s'établir en Angleterre depuis 16 ans. C’est un homme de 60 ans. Depuis 12 ans qu’il est chez moi, je le connais pour un homme religieux et honnête, et j'ose répondre pour lui. Son nom est Martel.
Pardonnez, Sire, si je suis entré dans ces menus détails. Je ne puis ni ne veux rien faire sans l'approbation de mon Auguste Souverain, et je dois justifier devant lui les motifs qui me font demander la faveur pour laquelle je recours à présent à la bonté de V. M. I.
боле недли и ожидалъ вЪрнаго случая, дабы отвЪчать на оное. Я нашелъ въ ономъ повелён!и сл8дующ!Я выражен!я: „Поввряйте все что грахъ В!омениль будетъ с00бэщать ко Mu, чтобъ не были бредни бродягъ, или издаэн1я его головы, въ коей поселятся жезав:я прославить „свое имя, возвести короля и возвратиться домой; а по коэлику вы усмотрите невозможность въ такомъ предпр!ят, это увфдомя меня приготовьте все къ возвратному пути эвойскъ моихъ“.
А въ nosexbnia Вашемъ къ сему генералу отъ 21-го Ноября, которое мн% сообщить изволили, суть слёдующя слова. ,Vous pourrez concerter tous les moyens avec шоп “ministre auprès de s. m. britannique le c-te de Worontzow set vous procurer des renseignemens fidèles sur la disposition des esprits dans l'intérieur de la France et me communiquer »Y0s plans et vos intentions“.
Да въ другомъ Вашемъ noserbnix отъ 20-го Ноября къ томуже генералу, которой мн его сообщилъ при письмё изъ Праги, увёдомляя меня, что Фдетъ сюды (и чтобъ я ему доставилъ вооруженное судно въ Куксгавенъ для переъзда сюды, что я и исполнилъ, испрося у хорда Спенсера 18-ти пушечное судно, которое уже и отправилось) я нашелъ слёдующйя выражен!я: „а! ordonné de vous зехрёйег incessamment pour Londres, où vous trouverez chez эшоп envoyé auprès de з. m. britannique, le c-te Woronzow, nConcernant ce que vous avez à faire“.
И такъ изъ повелвн!я ко MHB должно пересматривать его вс планы и давать при присылкВ ихъ В-у И-му В-у мое мнён1е; а въ повеявни Вашемъ къ сему генералу отъ 21-го Ноября онъ долвенъ токмо со мною условливаться. Но въ другомъ отъ 20-го тогоже мВсяца, что онъ У меня найдетъ инструкщи что ему дВлать. И такъ ми не оставалось другаго способа помвшать ему, чтобъ онъ мимо меня и не сообща мн ни отсель ни изъ острововъ посылалъ свои планы. Я перевелъ шихрованное Ваше ко мн повельше Ha Французской языкъ отъ слова въ сло-
во, вромв послёдней части, которую я здёсь выше выписалъ и BMBCTO оной сочиниль ее такъ, что онъ можеть читать безъ малёйшего оскорблен!я и не можетъ HMBTE ко мн той зависти, которая была бы и простительна, вядя, какую дестную для меня и предпочтительную предъ нимъ довёренность ко мн» имфете. Позвольте, ВеемилостивЪйпий Государь, изъявить Вамъ мою глубокую бяагокарность за толь новую и великую дов®ренность, каковою меня удостоиваете. Она дёлаетъ счаст!е моей жизни и при старости утзшаетъ конецъ оной.
Вврьте, Всемилостив йпий Государь, что я не употреблю во зло Вашу ко мнё милость и ничего противу моей совести, Вашей пользы и славы не одобрю, а буду Вамъ, какъ и всегда то дзлалъ, представлать о томъ TOEMO, что бухдетъ сходно съ Вашимъ достоинствомъ и пользою.
Съ грахомъ де В1омениль я буду конечно дружески 06ходиться и буду стараться пр1обрветь его во мн дов%ренность, ибо польза Вашей службы того требуетъ; для сего самаго я отважился сочинить конецъ Вашего пове- «buis, надзясь, что Вы mu cie простите, видя, для чего я cie сдвлалъ.
При семъ прилагаю сей переводъ, гдз моего есть токмо то ar подчерчено ‘линейками. Лишь грахъ де Biomeниль сюды прибудетъ, то я ему оное и вручу, яко переводъ, показавъ шихрованное Ваше nosexbnie.
Londres. 25 Février (8 Mars) 1800. Expédié le 3 (14).
Votre Majesté Impériale ayant vu par mon rapport d’au-
jourd’hui que j’ai remis le commandement du corps des troupes qu’elle m'avait confié ad interim, à monsieur le général de
cavalerie comte de Viomesnil, qui fut obligé malgré lui de rester ici plus longtems qu’il ne le désirait, parce que, devañt soumettre à Votre Majesté Impériale un aperçu sur се qu’on pourrait faire en faveur des royalistes et du rétablissement de la monarchie de France, par une expédition d’un corps de troupes qui débarqueraient dans les provinces où les premiers seraient prêts à les recevoir et à les seconder, Й ne pouvait pas le faire sans prendre auparavant tous les renseignements possibles, tant des royalistes arrivés ici de la Bretagne et de la Normandie, que du comte d'Artois, des agents et commissaires du roi qui ont été dans ces provinces, que du général marquis de la Rosière, homme de grande capacité pour cette partie qu’on appelle en France le service de maréchal des logis, et qui avait été chargé par le roi défunt, avant la révolution, de faire des plans pour la défense de la Bretagne, où il a passé plusieurs années. Le comte de Viomesnil, après avoir résumé le tout, devait aussi faire quelques questions préliminaires au ministère britannique pour s’assurer d'avance des secours de toute espèce qu’on devait avoir d'ici et sans lesquels toute expédition devenait impraticable. Nous eumes, ce général et moi, une entrevue avec mylord Grenville, et quelque tems après une autre, où se trouverent aussi mons-r Pitt et mons-r Dundas; c’est là que mons-r le comte de Viomesnil leur remit ses demandes préliminaires; il n’y a que quatre jours que inylord Grenville m’envoya la réponse, mais comme elle était en anglais, il fallait la traдите en français. А présent que ce plan est éventuellement ébauché, ce général en fait son rapport à Votre Majesté Impériale, après me l'avoir communiqué ainsi que vous le lui avez ordonné, Sire. Il part pour les isles, d’où, après avoir tout vu et arrangé ce qui est nécessaire, il est indispensable qu’il revienne ici pour presser les préparatifs pour Гехpédition si elle a lieu, ou pour le retour en Russie si elle ne peut pas se faire.
Je dois rendre justice au comte de Viomesnil, qu'il ne s’est laissé influencer ni par des affections pour sa patrie ni par
des préjugés en faveur de ses compatriotes, les royalistes de l'intérieur de la France, qui, venus ici depuis peu, par faux zèle ou présomption non fondée, exagèrent énormément les prétendues forces des royalistes. П a mûrement réfléchi sur le danger d’une expédition qui ne serait pas faite avec des forces imposantes, d'autant plus qu'un corps faible, outre la certitude d’être battu, resterait en totalité prisonnier pour peu qu’il se fût avancé dans les terres. Ses connaissances dans l’art militaire, son expérience et son zèle pour le service de Votre Majesté Impériale ne lui ont pas permis de vous dissimuler, Sire, que sans de très-grands renforts et tels qui puissent porter les troupes de Votre Majesté Impériale dans ce pays au nombre au moins de 35,000 hommes, toute entreprise serait plus que hasardeuse. Mais il y a un autre point majeur à considérer encore, c’est que, quand même ce corps serait composé de 60,000 hommes, il serait exposé au plus grand danger s’il débarquait avant que les armées autrichiennes ayent commencé leurs opérations offensives sur les frontières de la Provence, du Dauphiné, de la Franche- Comté et de l’Alsace, afin d'attirer toutes les forces disponibles de Bonaparte loin de la Bretagne et de la Normandie. Jusqu'à quel point on peut s’attendre et se fier à cette offensive vigoureuse et franche de la part du baron de Thugut et ses consorts, c’est à la haute sagesse de Votre Majesté Impériale à peser et à déterminer ce qu’il y a à faire. Pour ce qui est du général comte de Viomesnil, sa prudence et son zèle pour les intérêts et la gloire de Votre Majesté Impériale sont tels qu’il mérite à tous égards la bienveillance et la confiance dont elle l’honore. Je crois indispensable pour le bien de votre service, Sire, de supplier Votre Majesté Impériale qu’elle autorise monsieur le comte de Viomesnil à choisir un autre brigade-major, en cas qu’il en trouve un de capable parmi les majors ou lieutenants-colonels du corps; ce serait un moyen sûr d’extirper les abus et des inexactitudes dans les affaires courantes du service, qui n'ont que trop
pris racine dans ce corps depuis la disgrâce arrivée аи général Hermann.
Р. 5. Après avoir lu la réponse donnée par le ministère britannique aux questions par écrit du général comte de Viomesnil, jai écrit, à la prière de celui-ci, une lettre à mylord Grenville pour insister que quatre régiments de cavalerie anglaise soyent donnés au corps russe pour l’expédition, si elle a lieu. Je ne manquerai pas de transmettre à Votre Majesté Impériale la réponse que je recevrai à la dite lettre dont je joins ici la copie.
Vous y verrez, Sire, qu’outre ce qui regarde la cavalerie dont je parle à la réquisition du comte de Viomesnil, je fais en outre une observation essentielle à l’égard de Гезсайге des vaisseaux de guerre de Votre Majesté Impériale. C’est par pure inadvertance que le ministère britannique a supposé que les vaisseaux de guerre peuvent embarquer et débarquer des troupes; ils ne peuvent pas approcher des isles où il n°y a pas de ports à les admettre, et elles sont parsemées de bas-fonds et de rochers sous l’eau dans tous leurs contours. Ces troupes doivent donc être transportées par des vaisseaux de transport: fournis par l'Angleterre; et leur trajet et débarquement protégés par une très-forte escadre combinée; ayant à passer par devant Brest, cette escadre doit être d’une force imposante et telle que ne peut fournir celle du vice-amiral Makarow, qui n’a que neuf à dix vaisseaux de ligne capables de soutenir une croisière de longue durée et de pouvoir combattre s’il у a occasion.
Votre Majesté Impériale sera étonnée de ce petit nombre, quand sur la liste il s’en trouve dix-sept; mais il faut en défalquer toute l’escadre du contre amiral Breyer, composée de vaisseaux pourris, et quelque réparation qu’on pourrait y faire, ne les rendrait jamais capables de soutenir la mer orageuse du golfe de Gascogne et de la mer qui baigne les côtes de la Bretagne, encore moins soutenir un combat, tant par l’état déplorable de ces vaisseaux que parce qu’étant partis de Russie armés en flûtes, ils n’ont ni les canons au complet ni
le nombre d’équipages nécessaire pour gouverner les vaisseaux et servir les canons dans une bataille. Pour ce qui est de l’escadre du vice-amiral Baratynskoy, quoique composée de vaisseaux tout neufs, elle a, dans sa traversée, à cause de son gréement, qui a dû être mal fait à Archangel, perdu ses mâts, ses gouvernails, et, partie trop tard dans la plus mauvaise des saisons et avec des bourrasques terribles dans la plus orageuse des mers, n'a regagné les ports britanniques que dans un délabrement affreux. Un de ses vaisseaux est resté en Norvége et ceux qui sont ici ne pourront être rétablis que vers le mois de Juin, et Dieu sait encore s'ils seront en état de servir dans un combat. On ne doit donc compter que sur neuf vaisseaux que pourra avoir le vice-amiral Makarow, et que pourra-t-il faire avec si peu de forces? Ni lui ni aucun de ses capitaines ne connaissent les côtes de France que par les cartes, mais ils n’ont jamais pratiqué ces mers, ne connaissent ni les courants ni les marées de ces parages, ce que les Anglais connaissent à merveille, croisant continuellement dans ces eaux. Il est par conséquent indispensable qu’un plus grand nombre de vaisseaux anglais soit joint à ceux de Votre Majesté Impériale, et que ce soit un amiral anglais qui en ait le commandement, sans quoi l’escadre combinée courrait de trop grands risques, et certainement Votre Majesté Impériale conviendra que les amiraux anglais sont les meilleurs de l’univers. Je dois ajouter à cela qu’il règne entre les amiraux et capitaines des deux nations une harmonie et une estime si cordiales, que ceux de Votre Majesté Impériale sont très-charmés d’être sous les ordres des amiraux de ce pays-ci, mais il est nécessaire que Votre Majesté Impériale autorise le vice-amiral Makarow de servir sous les ordres des amiraux anglais dans le canal et sur les côtes de France, comme il sert depuis plusieurs années sous les ordres de l’amiral lord Duncan dans la mer du Nord et sur les côtes de Hollande.
Londres. Ce 4 (16) Mai 1800.
Та! reçu avant-hier par estafette l’ordre de У. M. I. du 13 Avril par lequel elle me marque que je puis améliorer ma santé en allant aux eaux sur le continent, en laissant pendant mon absence m. le conseiller d'état actuel de Lizakewitch comme chargé d’affaires auprès de la cour britannique. Conformément à ces ordres, j'ai écrit hier à mylord Grenville pour les lui communiquer et pour le prier de permettre que je puisse lui amener et présenter aujourd’hui le chargé d’affaires qui me remplace. Je joins ici les copies de ma lettre et de sa réponse. Га! présenté ce matin m-r de Lizakewitch en disant au secrétaire d’état que ce n’est plus avec moi, mais avec lui qu'il traitera les affaires entre les deux cours.
Je puis vous assurer, Sire, sur mon honneur que si je n'étais pas si embarrassé dans mes affaires domestiques, si je n'étais pas malade comme je le suis, si je pouvais me préparer aussi vite que je le voudrais, je ne resterais pas quinze jours ici, mais à tous ces embarras её à ma maladie se joint encore pour mon malheur le malheureux état de faiblesse de ma fille. Elle ne se soutient depuis plus de trois ans que par les bains de mer qui lui sont prescrits deux fois par an et chaque fois pour deux mois. Cette année le printems est venu plus tard que d'ordinaire et au lieu d'aller au mois de Mars, il n’y a que trois semaines qu'elle y est allée. Je suis obligé à présent de lui faire interrompre sa cure pour qu’elle revienne ici dans deux semaines pour faire ses paquets pour quitter ce pays, après quoi nous irons ensemble pour deux semaines proche de la mer, pour qu’elle puisse reprendre sa cure et gagner un peu de forces pour soutenir les fatigues et les privations qui l’attendent. Je supplie V. M. I-le de me pardonner ces menus détails que j'ose lui présenter. Votre coeur compatissant est rempli d'humanité, vous êtes père vous-même,
Sire, et votre coeur paternel jugera du mien avec compassion et indulgence.
Ex Государю. Ors 15 (27) lus 1800.
Граеъ Ростопчинъ сообщилъ mm указъ Bamero Императорскаго Величества, коимъ, всемилостив йше взирая на разслабленное и COBCHMB исчезающее мое здоровье, уволили меня отъ службы съ ношенемъ мундира, и при TOME YBBAOMEME меня, что, взирая на мое печальное состояне, дозволяете, чтобы я могъ жить, TAB мое здоровье то потребуетъ и имёть при ces моихъ двтей, коихъ призр%mie за мною столькожъ MH нужно, кавкъ утвшитечьно. Припадая къ стопамъ Вашего Императорскаго Величества, приношу Вамъ наичувствительную и глубочайшую мою благодарность. Вы мой законный Государь, Вы мой благодътель, Вы еще теперь есть и спаситель мой и бёдной моей дочери. Я бы не могъ выдержать долго перемвну климать; но я такъ уже дряхлъ, что сокращеше моей жизни невеликую бы разницу сдёлало въ продолжен!и оной; но дочь моя была бы неизбъжною жертвою преждевременной смерти, еслибъ лишилась того способа лвчен!я, которымъ единственно уже три года сохраняется, которое должна продолжать еще несколько лётъ и которое она можеть HMBTE токмо что въ сей semab. И rare Вы, Bceмилостивьйш!Й Государь, спасли отца и дочь. Вашею же неизрёченною милост!ю я вижу, приближаяся видимо къ смерти, что буду имьть утВшене скончать мою жизнь въ объятяхъ моихъ двтей, кои закроютъ мн глаза.
- Du 6 (18) Mai 1801.
Sirel
N'ayant eu du général comte Pahlen que la commission d’insinuer au ministère britannique de la part de У. M. 1-е qu’aussitôt qu’on nommera d'ici un ministre pour la Russie, un ministre russe sera nommé pour l'Angleterre, et que vous désiriez, Sire, le rétablissement de l’ancienne amitié entre les deux pays, si celui-ci reconnaît les principes de la Convention Maritime conclue entre le feu Empereur, la Suède et le Danemark, et V. M. I-le étant déjà informée par mes lettres aux comtes Pahlen et Panin de la manière dont j'ai exécuté cette commission, je n'avais plus rien à faire à Londres, où ne recevant plus aucun ordre ni lettre de Pétersbourg, mon séjour n’était plus d’aucune utilité au service de У. M. 1-е, et il devenait dommageable à ma santé, parce que m’étant trop pressé d'y venir sans être tout-à-fait remis de la maladie grave que j'ai eue à la suite des persécutions que j'avais essuyées, j'ai quitté la ville avec une grosse fièvre le 7 de ce mois. Le 8, étant à Winchester, à 12 milles de Southampton, j'ai reçu par le chasseur Berens l’ordre de У. M. Ile du 5 Avril. Comme son contenu se rapporte à Гезсайге anglaise dans la Baltique, et que vous ignoriez, Sire, dans le tems de l’expédition du dit chasseur que les hostilités avaient été déjà suspendues, il ne me restait plus rien à exécuter sur ce sujet, que d'écrire en arrivant ici au secrétaire d’état lord Hawkesbury la lettre dont je joins
АРТЕВЪ HHASA ВОРОИЦОВА, Ши, 10-я. 23
354 AOHECEHIE ГР. С. P. ВОРОНЦОВА
ici, ainsi que de sa réponse, les copies. Tel malade que je suis, je serais reparti de Winchester pour Londres, si le bien du service de У. M. I-le Гауай exigé; mais elle voit que les hostilités ont déjà cessé, et'que tout ce qui regarde la Convention Maritime faite par l'Empereur défunt doit être traité à Pétersbourg par l’ambassadeur lord S-t Helens, qui est muni de tous les éclarcissemens sur cette affaire; qu’on est décidé ici tant sur le maintien invariable de leurs principes depuis longtems reçus et maintenus, que sur le choix de Pétersbourg pour les explications à fournir sur ce sujet. Ainsi il n'y a rien à négocier ici, mais s’il m'arrive de геcevoir quelque nouvel ordre de У. M.I-le et que je ne puisse faire aussi bien par lettre que de vive voix, je me transporterai sans délai à Londres. Je supplie seulement V. M. 1-е de croire que jamais je ne négligerai mon devoir, et que j’employerai la correspondance ou mes conférences регsonnelles avec les ministres suivant que le cas l’exigera, et que ce qui semble être retardé par la distance et les écrits, ne l’est pas du tout: car il y a bien des ministres de cours étrangères qui vivent à Londres, demandent des audiences et restent des semaines sans les obtenir, et restent aussi longtems à recevoir les réponses aux lettres et mémoires qu’ils écrivent. Si je ne suis pas dans ce cas, je supplie V. M. Ile de ne pas croire que c’est par fatuité que je me donne une importance qu'en vérité je ne m’attribue en aucune manière; la position où je suis dans ce pays, aurait été précisement la même de tout autre qui y aurait passé 16 ans et qui aurait pris à tâche d’être lié avec les habitans du pays (sans se soucier des étrangers qui ont la mauvaise habitude de vivre entre eux, et non avec les Anglais), avec les personnes les plus marquantes, de tâcher de les bien connaître et de vivre en amitié avec ceux qui sont dans l’administration et ceux qui peuvent y entrer un jour.
Vous verrez, Sire, que je n’ai fait aucun usage des deux argumens qui m'ont été prescrits: le 1-r est l'espèce de menace de пе pas faire de traité de commerce avec ce pays en
le faisant en même tems avec la France; le 2-4 l’envahissement de l'électorat de Hanovre et la.fermeture de toutes les embouchures des fleuves au commerce anglais. Si У. M. 1-е avait pu être informée de ce qui s’est passé entre les années 1786 er 1793 relativement aux traités de commerce, et si elle savait le peu de rapport qu’il у a entre les intérêts de la Grande Bretagne et l'électorat de Hanovre, et sous quel | point de vue tout Anglais les envisage, elle ne m'aurait pas ordonné de me servir de ces argumens. Je n’aurais fait que compromettre votre dignité, Sire, si j'avais fait la moindre mention sur ces deux chapitres. Je vais expliquer ceci à V. М. 1-е aussi brièvement que cela est possible.
En 1786 finissait le terme du traité de commerce fait en 1766 à Pétersbourg entre la Russie et la Grande Bretagne. Ce renouvellement était désiré de part et d’autre. M-r Fitz- Herbert, actuellement lord S-t Helens, reçut les pleins-pouvoirs pour le conclure. Il eut plusieurs conférences avec les ministres de la feue Impératrice, qui, n’étant pas revenue епcore du système de la neutralité armée, voulait que ces principes fussent inclus dans ce traité. L’envoyé britannique eut ordre d'ici de le refuser et de ne signer que le renouvellement du traité de 1766, où ces principes n'étaient pas mentionnés. Оп m’ordonna de Pétersbourg de tâcher d'obtenir ici leur insertion dans le dit traité. J’eus plusieurs conférences avec le marquis de Carmarthen, alors secrétaire d'état, avec lord Hawkesbury, actuellement comte de Liverpool, qui était et est encore président du conseil de commerce, et
‘ avec m-r Pitt, alors premier ministre, qui refusèrent absolument de reconnaître des principes qu’il n’était pas dans le pouvoir d'aucun ministre britannique d'admettre, et qui seraient désavoués par le Parlement et la nation entière, et qu'il leur est plus facile de se passer du traité que de le faire en sacrifiant l’existence de la puissance navale du pays. Il n’y eut donc pas de traité, et l’Impératrice conclut un traité de commerce avec la France. Quelque tems après,
cette dernière fil un traité de commerce avec la G-de Bre- 23°
tagne, dans lequel ces mêmes principes, refusés à nous et aux autres puissances, furent admis pour la France. Surpris de cette inconséquence, je demandai еп mon particulier à tous les membres du cabinet discursivement et d’ami à ami ГехрИсаНоп de cette contradiction qui m’avait frappé; tous me répondirent qu’ils ne conçoivent pas comment j’ai pu ne pas voir que la contradiction n’est qu’apparente et ne porte aucun préjudice à la marine de ce pays: car celui-ci n’a de guerre qu'avec la France, et il п’у a que celle-ci qui peut, à l’aide des neutres, renouveler sa marine, dès qu’elle commence à déchoir après une campagne ou deux d’une guerre maritime; que jamais l'Angleterre ne se trouvera en guerre contre quelque puissance que ce soit, sans que la France n'ait excité celle-ci contre l'Angleterre et sans qu’elle ne se joigne d'abord à l’ennemi de ce pays; ainsi on pouvait sans danger admettre avec elle un principe dont on savait d’avance qu’elle ne pourrait pas profiter devenant elle-même partie belligérante, Le ressentiment du ministère et du peuple anglais contre la Russie fut tel à cause de cette trop célèbre neutralité armée, qu’on encouragea d'ici les Turcs à nous faire la guerre, et quand la Suède, jouant son propre rôle, nous attaqua avec tant de perfidie (ce qu’elle ne manquera et ne doit pas même manquer de faire toutes les fois que la Russie sera dans des embarras), on l’encouragea aussi à continuer ses hostilités, et enfin, à l’instigation de la Prusse, enragée alors contre la Russie à cause de notre trop grande intimité avec l'Autriche, on arma ici une escadre pour l’envoyer contre nous, et le roi de Suède, qui avait déjà fait sa paix avec la feue Impératrice, persuadé de l’arrivée de la flotte anglaise dans la Baltique, fit des propositions secrètes au cabinet de S-t James de renouveler ses hostilités contre nous si l'Angleterre voulait lui donner des subsides, mais ces propositions secrètes n’eurent pas d'effet, parce que la nation anglaise ne voulut pas de guerre contre nous et força le ministère à désarmer la flotte. Je dois ajouter à V. М. I-le que la feue Impératrice, croyant pouvoir rompre la