‹ Arkhiv kni͡azi͡a Voront͡sovaChapitre 4 sur 14 · Pétersbourg, се 10 Juin · texte numérisé non relu

Pétersbourg, се 10 Juin

Monsieur le comte. En ordonnant à mon ministère de vous faire connaître dans tous ses détails la négociation qu’il vient de terminer heureusement avec le lord S-t Helens, je me suis réservé la satisfiction de vous témoigner tous les sentimens qu'a excités dans mon âme la lecture de votre intéressante dépêche du ‘;4 May dernier. Non assurément, шопsieur le comte, elle n’est point trop longue, et bien loin de regretter le tems que j’ai employé à en prendre connaissance, je dois vous remercier de m'avoir jugé digne d'entendre des vérités dont l’accès devrait toujours être facile, et qui pour le malheur des souverains ne parviennent presque jamais au trône. J’attends de votre fidélité et de votre patriotisme que vous continuerez à me parler avec la même franchise, et en retour je ne négligerai rien, monsieur le comte, pour vous convaincre du prix que j’attache à cette qualité, et combien je désire qu'aucun de mes sujets ne craigne de me déplaire en m’exposant sans réserve ce qu’il croit utile au bien public. 11 me sera surtout très-agréable de vous inspirer cette confiance. Vous reconnaîtrez celle que je vous porte dans les résultats de la négociation avec la cour de Londres. Des motifs que vous saurez apprécier m’imposaient la loi d’y comprendre les intérêts de mes alliés, en tant qu'ils étaient compatibles avec ceux de la Russie, mais je n'ai pas voulu attendre l’assentiment des cours du Nord pour conclure l’acte de la pacification, et l’ancienne Convention Maritime a subi plusieurs changemens, déterminés en partie par vos sages observations.

C'est avec l'estime la mieux sentie que je serai constamment, monsieur le comte,

Votre bien affectionné Alexandre.

1. Monsieur l'ambassadeur comte de Woronzow. Les instructions que je vous ai fait tenir successivement jusqu'à се jour ont été restreintes aux objets qui fixaient alors toute mon attention, dirigée vers le prompt rétablissement de la bonne harmonie entre les deux cours. Mes soins pour cette oeuvre salutaire étant aujourd’hui couronnés d’une heureuse issue, je ne veux pas différer plus longtems de vous faire соппайге mes vues sur l’ensemble des affaires, en vous esquissant le tableau de mes relations avec les différentes puissances de l’Europe. Vous y trouverez les règles de conduite que j'ai imposées à mon cabinet, et cette connaissance vous mettra à même de concourir avec lui à l’accomplissement de mes voeux désintéressés pour-le bien public et la sûreté générale.

2. Le développement des principes sur lesquels se fonde mon système politique nous conduira à leur application.

3. Une grande puissance, quand elle est éclairée par la justice, peut agir ouvertement et abandonner la ruse, qui est le masque de la faiblesse, à ceux qui ne peuvent compter sur leurs propres moyens.

4. Chargés des intérêts d’un grand empire, mes ministres agiront donc avec fermeté et loyauté, mais ils ne doivent pas perdre de vue que leur souverain ne voudra jamais abuser de sa puissance, qu’il respecte les droits des gouverne-

. mens et l'indépendance des nations autant qu'il veillera à faire respecter ceux de son empire, et que son voeu le plus cher est pour le rétablissement d’une paix aussi solide que peut l'être l'ouvrage des hommes.

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