‹ Arkhiv kni͡azi͡a Voront͡sovaChapitre 7 sur 14 · Pétersbourg, ce 20 Janvier · texte numérisé non relu

Pétersbourg, ce 20 Janvier

Contresigné: C. Alexandre de Worontzow.

Reçu à Londres par le chasseur Bereler le 13 (25) VIl-bre 1804. S- Pétersbourg, ce 18 Août 1804.

Monsieur le général d'infanterie comte Worontzow. C'est avec une très-grande satisfaction que j'ai lu les rapports que vous m'avez transmis par le feldjäger Ratinsky, et les communications de la cour de Londres dont ils étaient accompagnés en réponse à celles que vous aviez été chargé de lui faire sur l’état actuel des affaires en Europe.

On ne peut être plus sensible que je ne le suis à la confiance flatteuse que m’ont témoignée à cette occasion sa majesté britannique et son ministère, et je m'empresserai toujours Фу répondre avec une franchise et une amitié égale. Il est digne de la sagesse et de la modération de la cour de

Londres de ne rien précipiter, et d'éviter tout ce qui pour- 20°

raît amener sur l’Europe les maux croissants que Гоп désire de prévenir. Ce principe est d’autant plus honorable ‘et généreux de sa part, que la Grande Bretagne soutenant seule aujourd’hui tout le poids de la guerre, l’on pourrait croire au premier coup d'oeil qu’il serait peut-être de son intérêt de susciter des hostilités à la France à tout hasard et sans s'arrêter aux suites qu’elles pourraient avoir pour ceux qui les auraient entreprises. L'expérience prouve cependant que des attaques faibles ou mal combinées n’ont pu tonjours que donner plus de force et plus de moyens à l'ennemi.

J'ai été extrêmement aise d'apprendre que la cour où vous êtes est entrée pleinement dans cette façon de voir. Le peu d'activité et d'énergie que dénotent jusqu’à présent d’autres grandes puissances, rend la nécessité de s’y tenir encore plus évidente. Connaissant à présent les intentions de la cour de Londres, et pouvant compter sur les secours subsidiaires qu’elle se propose de fournir au continent dans le cas que la guerre s’y allumât, je ne perdrai pas un moment pour faire usage de ces données importantes, afin d'animer du moins une partie des cabinets à s'opposer vigoureusement à des empiétemens ultérieurs des Français, et même de préparer les choses afin de lier, s’il est possible, un concert pour mettre fin aux violences qu’ils exercent dans les pays qu'ils tiennent déjà sous leur joug, —résultat, cependant, auquel à vue de pays, il n’est pas encore à espérer que nous puissions parvenir dès à présent.

Les conditions que s. m. britannique se réserve de mettre à ses secours, sont parfaitement convenables; il est tout simple qu’ils ne soient accordés qu'au moment où les hostilités commenceront, ou du moins au moment où elles seront indubitables; il est non moins juste que la cour de Londres soit admise à la connaissance du concert qu’elle sera appellée à supporter par ses moyens.

C'est ainsi que je Га! toujours entendu; et l'autorisation qu’auront les ministres anglais de fournir les premiers fonds nécessaires, en cas d’une explosion subite, prévient tout in-

ОТНОШЕНИЯ KB ФРАНЩИ. 309

convénient momentané qui pourrait еп résulter. La distribution des fonds me paraît également très-sage, sauf les modifications que le succès des négociations pour engager les différentes cours à se réunir contre l'ennemi commun pourront nécessiter. Je suis de mon côté infiniment sensible à l'offre que la cour de Londres me fait pour subvenir aux frais considérables que je serais obligé de supporter lorsque la guerre éclaterait sur le continent, et je m’adresserai à elle avec confiance, si je me trouve dans le cas d’avoir besoin de secours subsidiaires.

C’est avec un plaisir très-réel que j’ai appris la facilité avec laquelle nous nous sommes entendus avec la cour de. Londres sur la manière dont il faudra agir en commun, au cas que les Français attaquassent la Turquie européenne, et j'attendrai avec impatience que les soins qui absorbent le ministère pour la défense interne du pays, lui permettent d’envoyer des renforts à Malthe et Gibraltar. Je ne doute pas, en attendant, que même les corps peu nombreux qui s’y trouvent, n’agissent à l'instant même que les Français feront quelque entreprise contre la Grèce ou l’Albanie, mes troupes stationnées à Corfou ayant déjà reçu des ordres conformes à cette attente.

Pour ce qui est de la supposition que Bonaparte se portera à attaquer le roi de Naples, je ne süis encore nullement assuré que cet événement puisse être compté dans la catégorie de ceux qui engageront la cour de Vienne à en- {тег en lice, et qu’il puisse par conséquent servir de signal à une opération générale et bien combinée.

Mon ministère est chargé de vous transmettre les pièces qui ont rapport à ce qui s’est passé dernièrement entre moi et le gouvernement français. Vous y verrez que je suis au moment d'interrompre toute relation avec lui, et que si cela “n'arrive pas, ce ne sera qu’en obtenant des concessions importantes pour le bien de la cause générale. Si au contraire, ce qui est plus probable, toute correspondance est suspendue entre la Russie et la France, cela m’évite la discussion fas-

tidieuse sur la reconnaissance du titre impérial et ше délivre des désagrémens sans fin auxquels on est continuellement exposé tant qu’on est en rapport avec un gouvérnement qui n’a de respect pour aucune considération quelconque. La Russie n’en restera pas moins parfaitement tranquille quant à sa sûreté particulière, puisque sa position est telle que la France ne peut l’attaquer qu'en entamant et attaquant d’abord les pays qui nous séparent; et cette position indépendante, dans laquelle la nature a placé la Russie et qui lui permettrait même sans grands inconvéniens de recourir à un entier isolement, si jamais elle le jugeait convenable, ne pourra sans doute, quelque tournure que prennent les affaires, que m’engager davantage à ne rien négliger de се qui me paraîtra, ainsi qu’à mes alliés, le plus propre au bien réel de l’Europe.

Vous n'avez aujourd'hui que des remercîmens à exprimer dans les communications dont vous êtes chargé: je ne doute pas que vous ne les énonciez à la cour où vous êtes avec toute l’expression du sentiment que j'ai voué à s. ш. britannique. Je ne saurais finir sans vous exprimer aussi les miens pour la manière dont vous avez rempli mes désirs, en vous décidant à ne point quitter encore votre poste. Vous avez sans doute lg droit de demander du repos après les longs et honorables services que vous avez consacrés à l’état et sur la valeur desquels je ne vous trouve pas juge compétent; mais il était conforme à votre caractère de faire à votre patrie un nouveau sacrifice, et je le reçois avec sensibilité. En vous réitérant l’assurance de mon estime et de mon entière satisfaction, je suis, monsieur le général d'infanterie comte Worontzow, votre bien affectionné Alexandre.

Contresigné: Le p-ce A. Czartorisky. :

Ayant accédé à la médiation qui nous a été proposée par l'empereur des Romains et le roi de Prusse pour les mettre

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d'accord sur l’arrangement à l'amiable de leurs affaires геlativement à l’Empire d'Allemagne, autant que cela pourrait s'effectuer en égard à son intégrité, même dans ses limites actuelles, nous nous étions proposés de profiter de cette occasion pour persuader le roi de Prusse à former avec nous et avec nos deux alliés, l’empereur des Romains et le roi de la Grande Bretagne, une alliance en commun, pour mettre des bornes aux intentions pernicieuses et malfaisantes du gouvernement français actuel, qui ne tend à rien moins qu'à détruire les monarchies, à bouleverser tout gouvernement bien ordonné, et à introduire partout leurs principes destructeurs, afin de les assujettir ensuite à leur propre domination; c’est à quoi ils travaillent sans cesse. La première démarche que nous avons faite dans cette vue amicale auprès du roi de Prusse, n’a pas eu le succès désiré. Nous ne nous étendrons pas sur l’aveuglement auquel ce souverain s’est exposé contre ses propres intérêts et surtout contre la sûreté de son royaume pour le tems à venir; mais considérant une pareille mesure comme salutaire et unique pour brider les atrocités des Français, et sachant à notre grande satisfaction que nos deux alliés sont parfaitement d’accord avec nous sur cette manière de penser, nous avons résolu d’y accéder aussitôt que le gouvernement actuel en France, soit par son obstination à ne pas exécuter le traité de paix conclu avec l’empereur, soit en insistant d'étendre ses possessions même du côté droit du Rhin, soit par des entreprises nouvelles à s'emparer de la partie restante de l'Italie ou des autres pays et isles de la Méditérranée, aura forcé l'empereur à rompre sa paix avec lui, en conséquence de quoi nous avons résolu à nous expliquer amicalement avec le roi de Prusse sur des raisons qui nous portaient à faire cause commune avec nos alliés, n’ayant aucunement pour but notre propre avantage, mais le rétablissement solide de la tranquillité, sur des stipulations sages et convenables; et qu’en commençant la guerre par pure nécessité, et en la continuant avec des intentions aussi droites, nous attendons

de l'amitié et de la bonne foi du roi de Prusse, qu'en conservant sa neutralité il n’écoutera aucune des insinuations perfides d’un ennemi aussi dangereux pour toutes les puissances, et qu’il conservera intacte la partie septentrionale de l’Allemagne, en empêchant les Français de rompre la ligne que sa majesté a déjà marquée comme étant neutre, et qui de même ne sera pas enfreinte par les alliés. Sa réponse sur notre explication nous découvrira davantage combien on doit compter au moins sur son impartialité et sur sa position passive, dans lesquelles nous tâcherons de le maintenir par toutes les assurances conformes à l’amitié et РаШапсе qui subsistent entre nous. En attendant, nous avons résolu en premier lieu, aussitôt que la rupture aura lieu, d’envoyer au secours de l’empereur des'Romains un corps de troupes, сопformément à notre traité d'alliance, nonobstant que nous devons maintenir toutes prêtes des forces considérables, soit pour conserver la tranquillité dans les états nouvellement acquis à notre empire de la ci-devant république de Pologne, soit qu’en cas de quelques tentatives perfides du côté des Français nous puissions non seulement les détruire chez nous, mais donner même secours à nos voisins, faisant sur ce point, conformément aux engagements, une cause commune avec eux; soit pour observer enfin toutes les démarches de Ia cour de Berlin, ayant en main, en cas de sa liaison avec les Français, des moyens de défense et: de diversion formidables du côté de nos frontières, en laissant au reste, d'après le traité d’alliance avec l'Angleterre, Гезсайге destinée à son secours, et assurant la mer Baltique ‘et sa navigation en faveur des nations amies contre toutes intentions et entreprises hostiles. Nous n’entrons pas en détails ici-sur la - précaution indispensablement nécessaire du côté de la Suède, de même que du côté de nos frontières avec les états de la Porte Ottomane, qui par sa faiblesse, soit par des menaces, soit-par la force des Français, quoiqu’à sa propre destruction, pourrait être facilement entraînée dans leurs vues et nous causer beaucoup d’embarras.

Ayant donné un corps de troupes au secours de notre allié, nous avons satisfait à sa demande amicale, et nous nous sommes justifiés devant le monde de la bonne foi avec laquelle nous sommes accoutumé à garder nos engagemens. Nous désirerions volontiers, par des moyens encore plus effiсасез, pouvoir contribuer à la guerre afin de brider l’ennemi commun et de garantir l'intégrité des puissances; mais des mesures aussi fortes ne sauraient être entreprises ni conduites avec le succès désiré sans des dépenses pécuniaires très-considérables. Sachant que l'Angleterre a toujours reçu dans la même vue, et a mis beaucoup de valeur à une coopération pareille de notre part, nous les ayant offert dans son tems, nous vous chargeons de vous expliquer d’une manière amicale avec le ministère du roi de la Grande Bretagne, et en présentant dans tout son jour notre conduite et notre bonne volonté, de lui insinuer qu’en cas que la nécessité exigeât d'augmenter d'énergie, et que nous fussions assurés du côté du roi de Prusse de la conservation de sa neutralité et deda garantie de la partie septentrionale de l’Allemagne contre l'invasion ou le passage des troupes françaises, qu’on envoye provisoirement au ministre de за majesté britannique auprès de notre cour un plein-pouvoir et des instructions suffisantes pour conclure une convention touchant les secours pécuniaires à donner pour l'envoi et l'entretien de nos troupes destinées par nous à agir en faveur de la cause commune, en prenant pour base le même projet qui a été proposé en 1796, avec les changemens qui y ont été faits et jugés indispensables, et les corrections sur lesquelles on était quasi d’accord. Il s'entend déjà que dans le nombre des troupes stipulées par le traité, sont aussi incluses celles que nous envoyons actuellement sous la dénomivation du corps auxiliaire pour l’empereur des Romains; car dans ce cas-là nos forces seront employées aux opérations en faveur de la cause commune, d’après le plan convenu pour le tems entre les alliés.

314 ABTAIËCRIA ‘сувсиди.

Nous attendons de l’amitié du roi notre allié, qu’en гепdant justice à nos intentions, il prendra en considération Гаvantage qui résultera de notre coopération et qui sera supérieur en comparaison des modiques secours pécuniaires, surtout si on les compare à ceux qui ont été fournis avec tant d'abondance et si peu d'effet en 1794 au feu roi de Prusse; quand au contraire notre zèle pour l'avantage et la sûreté commune, et l'honneur de nos armes, pourront être des garants assurés, qu'ayant tiré l'épée pour obtenir la paix à nos alliés et presque à toute l'Europe, nous у employerons, par le secours du Très-Haut, avec bonne foi, tous les moyens et toutes les forces qui dépendent de nous.

Pour ce qui regarde notre escadre qui agit au secours de l'Angleterre, nous joignons ici, pour votre information, que les fournitures du côté de l'Angleterre de tout ce qui est nécessaire pour son approvisionnement et pour ses réparations pendant qu’elle restera dans ses ports et dans la mer du Nord, doivent rester sur le même pied qu'auparavant, sans les mettre aucunement en compte génésel des subsides, supposés uniquement à l’occasion .du secours sur la terre ferme.

Dans vos entretiens avec le ministère du roi de la Grande Bretagne, si vous rencontriez de son côté des difficultés sur l'accord et le payement de secours pécuniaires, vous pouvez sans réserve déclarer que notre coopération ne saurait avoir lieu sans cela, et que nous serons obligé alors de гезter uniquement occupé à pourvoir à la sûreté de notre propre empire, ayant à l'égard de nos alliés une conscience tranquille, qu’il dépendait d'eux, en cas de besoin, de profiter de nos bonnes dispositions en leur faveur.

Monsieur le général d'infanterie comte de Worontzow. Le ministre-adjoint de Nowossiltzow ш’а rendu compte, à son retour de Londres, qu’à l’audience que le roi lui a accordée,

ce monarque l'avait chargé de m’exprimer le désir que vous ne quittiez point le poste que vous occupez près de lui en ce moment. C’est à vos désirs seuls et à vos instances réitérées que j'ai cédé en consentant l’été dernier à la demande que vous me faisiez de revenir à S-t Pétersbourg; mais maintenant, voulant donner à s. m. britannique une preuve du prix que j'attache à l'opinion qu’elle a manifestée à votre égard et de mon empressement à lui complaire, je ne puis qu’acquiescer à son désir et vous exprimer le mien de vous voir continuer vos fonctions, tant que vos affaires particulières vous le permettront. J'espère qu’eMe ne s'opposeront pas à ce que vous prolongiez encore pendant quelque tems votre séjour à Londres. Les liens qui viennent de se former entre les deux cours, demandent à être consolidés, et personne sans doute ne remplira mieux cette tâche que vous; la conduite par laquelle vous avez su les préparer et la паture de vos derniers rapports, ont été à mon entière satisfaction et deviennent un nouveau titre à ma bienveillance. Je me plais à vous en répéter ici le témoignage certain, et je suis, monsieur le général d'infanterie comte de Worontzow, votre bien affectionné Alexandre.

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