‹ Arles gallo-romain: Saint-Trophime et MontmajourChapitre 2 sur 61 · LES MONUMENTS · texte numérisé non relu

LES MONUMENTS

On ne se propose pas de faire ici unc etude approfondle des monuments romains d* Aries, qui ont, & diff<§rentes epoques, attire Tattention des archeologues (1)» et sur lesquels il reste peu k dire de nouveau. Notre intention est de donner de chacun d'eux une vue d'ensembleet de les monlrer telsqu'ils existent aujourd'hui.

Le touriste qui nous aura lu pourra echapper aux explications diffuses, et souvent inexacles, de guides inexperimenles ; il pourra, a distance, rafraicliir ses souvenirs et raviver les impressions que la vue des antiquites n'aura pas manque de lui produire.

L'auteur a Tintention de conduire successivement le lecteur dans le theMre romain, dans ramphith(5i\lre, au champ du repos des Aliscamps. II ne s'arretora pas longuement a Texamen des ruines d'accfes incommode, quo seul TarcWologue de profession peut explorer avoc int6rel, et un seul chapitre lui suffira pour parler du palais de Constantin, dont il ne subsisto plus qu'uno tour transformee en grange, du Forum, dont les portiques, en grande partie combl6s, servent do caves aux maisons de la place des Hommes, du Cirque, perdu

(1) MiLLiN, Voyage dans le Midi de la France ; — MerimiSe, Voyage en France ; — Stargk, Kunst und Stadteben in Franchreich,

dans ies limons du RhAoc, et doat la meta se dresse sur une dea places de la viUe. Notre souci a 616 d'etre simple et bref, et de laisser au visileur, en nous mon- Irant guide sur, mais discret, le soin de faire lui-mferae des d^couvertes, toujours d'aulant plus intSressantes qu'elles sent personneltes.

CBAPmE PSEHiER.

Le Th£&tre«

Le Uielitre d'Aries ci le th^tne dX>range; -> Aspect ^tes miiMt dn th^tre d'Aiies. ~ Richesde d^ooraUve d« monamettt

Le thedLtre romain d^ Aries est jastement c^l^bre ; c'e^ une des plus belles ruines que Ton puisse voir ; ce n'ost pas son etat de conservation qui Ic recommande it Tattention de Tarcheologue.

A ce litre, le theatre d'Orange Temporle de beaucoup sur celui d'Arles; sa faQade se dressc, nue et stivfere^ sur la serie des arceaux qui donnent acc^s k Pint^rieur ; la scene existe telle k peu pr^s qu'cUe 6lait dans Tantiquite ; les gradins s'dtagent sur la colline que le giSnie de rarchitecle a ulilis^e pour Ics soutenir ; il est inilni'* ment plus complet et peroiet d'embrassor d*un regard Tensemble des details. Aux jours des grandes files do Provence, on y donne des pifeces do Sophocle» on inlorprfete, avec des artistes de choix, dos opSras & grand spectacle; et dans ce vaste hfimicyclo, sous la vo6to du ciel constelld d'etoilos, lorsque la lumifere 6loctrique argente les vieillcs murailles, dans renthouslasmc du peuple ^raorveille, on eprouve d'inoubliables sensations.

Toute diffiSrente est Timpression que Ton ressent en presence du th64tre d' Aries. La foulo bruyante lul enl^verait de son caraclfere. Oh se placerail-elle d^aiU

leurs ? Presque tous les gradins ont disparu. II ne reste plus que les voutes inclin6es qui les soutenaieiit, voAtes beanies et crevass6es, donl plusieurs ont du 6tre consolid^es k Taide de crampons en fer. Le mur de face est entierement d6truit, on n'en retrouve plus que les substrmations.

De la decoration de la scene, il ne subsiste que deux colonnes isol6es, en breche d'Afrique, soutenantun fragment de Tentablemenl, et Fenceinte lat^rale n'^merge de terre que sur un point, k la tour de Roland, qui servait jadis de poste d' observation aux gens du guet, et qui doit k cette circonstance d'avoir 6ie conserv6e.

C'est sur le sol qu'il faut le plus souvent observer les restes de Tedifice. Les grandes dalles du pav^ de Torchestre sont encore en assez bon 6tat ; en avant, et comme servant de limite k la scene, on apergoit plusieurs rigoles : Tune, large et profonde, servait d'aqueduc; dans une autre descendait probablement le rideau, que les anciens baissaient au lieu de le remonter comme de nos jours.

L'h^micycle de la scene 6tait de forme 6l6gante. Avec ses trois entrees, il 6tait encadre a droite, a gauche et en arrifere de vastes salles, probablement a Tusage des artistes. Sur Templacement de Tune d'elles, on a recueiUi de nombreux fragments ayant appartenu k la construction ou a la decoration du theMre. Les plus beaux ont etc transport6s au Musee de la Ville ; quelquesuns mfeme, comme la celebre statue de la V6nus d' Aries, dans les musdes de la capitale.

pe-tt3#?»L-- sctr I«e:5rs b»i5«e>. >* f.>r.- ^u***. ^{>:^: hJ^ t'juhrhowr

Des statues, brisees par b fureur do$ lMurb4iw;$ on lo zele des premiers chreliens. onl ele lrv>uvKV:Ji en ^rrcMld nombre. a di:Terentes epoques. dau$ lo$ dohbienuMil^ du monument. Cesl du Ihoalre que proviont la belle UMe de femme en marbre. du Musoe. malheureusemeul mutilee. Cesl au theatre e^aiemenl quV^nl ele trouvee^ii le:^ deux danseuses emportees dan$ un mouveineni rapidt^ qui £ut onduler ies plis de leur robe de piem\ au^si legere enapparence qu'uiie robe do liiK Dans lo Uu^Uiv ont ele trouvees Ies statues de sil^nos oouohes, J^ la peau moUe et flasque, deal roulre jrontUV^ laissail peuU itre echapper un liquide parfunu^ Au tliiV\tro apparle* naient encore, pour sorvir i\ la di^oorallou de TavauU scene et aux sacrifices qui accompa^naient la roprt^sontation, ces autels en marbre blaao Rj^uranl los ovjjnoji de Leda, et decoupant avec uue (Mouiuu\lo faoililt^ d'execution Ies feuilles de lour couronno dt> laurior ou de chene.

Avec de tels 61emcats do reconslilutlou, il u osl (mu'Ioh pas difficile de se repniseiilor par la pon«(W> la luaguillcence du th64lre d^Arles, et de fairo rovivro, danti lo

cadre du monument, Ics fetes joyeuses qu'une population, tout impr6gn^e d'hell6nisme, organisait avec un art d^licat et raffing.

Les sifecles ont pass^ surces f^tes joyeuses. Le th^&tre d'Arles n'impressionne plus par son eclat et sa magnificence, mais par la po^sie de sa desolation et de sa tristesse. Lorsque le soleil du Midi T^claire de ses 6blouissants rayons, que la cigale fait entendre dans le jardin voisin son chant strident et monotone, que les lizards glissent craintifs et silencieux, k Tapproche du promeneur, k travers les pierres et les herbes dess6ch6es, on 6prouve un sentiment de m^lancolie qui n*est pas exempt de douceur ; on a au plus haut degre Timpression de la beaute des mines, et le th64lre d' Aries, avec ses voules effondrees, ses futs de colonnes isol6s, ressemble k s*y meprendre a un coin du forum romain.

Page 1