‹ Armande [par] E. et J. de GoncourtChapitre 3 sur 11 · ARM AN DE · texte numérisé non relu

ARM AN DE

la porte qu'il Darrait toute ; son ventre rose avait coulé sur le fumier mollet, et s'y reposait, tressautant. Pour mieux être, il avait allongé ses courtes jambes. Un froncement de graisse et trois cils blancs indiquaient seuls la place de ses yeux. Dans son groin immobile, un halètement tranquille allait et venait, et si profondément il goûtait son repos, que sa queue en vrille s'était un peu dénouée. Le soleil le berçait de caresses, passant ses mains de lumière sur ses soies drues, sur ses flancs truites, sur son long dos truffé de rondes taches noires. Xi remords, ni rêve qui le troublât en sa sieste, cet honnête homme de cochon : une pose d'une paix, d'une détente, d'une onction, d'un abandon merveilleux à voir ! De longtemps en ongtemps il remuait, pour chasser

LU? enjamba le dormeur et entra...

les mouches, à peu près un quart de son oreille : mais comme un prince éventé par un esclave, il ne s'éveillait pour cela, bien au contraire.

Armande prit à deux mains son élan et son courage. Elle enjamba le dormeur et entra. Devant une table, un vieux bonhomme, tablier blanc au ventre, besicles sur le nez, écrivait sur un livre vert.

« Monsieur, je suis mademoiselle Armande.

— Ah ! bien ! je vous attendais, ma fille. »

Il releva ses besicles, et la regardant : a Ce n'est pas tout près, oui, Bordeaux ?

— Non, Monsieur.

— Voulez- vous déjeuner ?

— Merci. J'ai déjeuné.

— Eh ! bien, assevez-vous à côté

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