Reprenons les difficultés qu'on a fait valoir
Les Turcs faisaient conduire le dromadaire du beylick à Médéah et à Milianah : le général Marey-Monge l'a fait marcher, en automne, dans le Djebel Dira, où il a gravi souvent des pentes au huitième. Nous avons vu le dromadaire dans nos colonnes de ravitaillement, en 1840 et 1841 , franchir les montagnes et marcher avec la pluie. *
U n'est pas peureux.
34. Le dromadaire ne s'efiEraie pas du bruit du tambour et de la fusillade; et^ s'il est bien tenu en main par le moyen du nœud coulant adopté^ il se familiarise facilement avec toute espèce de bruit^ même avec celui des voitures et du canon : au surplus^ il serait en vain pressé par l'aiguillon de la faim ou de la soif ou par la fantasia des Arabes^ le conducteur pourrait toujours l'arrêter tout court avec ses moyens.
La comparaison entre le mulet et le dromadaire est loin d'être è l'avantage du mulet.
35. La comparaison entre les deux bêtes de somme ne peut pas être soutenue d'après tout ca qui a été dit dans la première partie de ce rapport. Pour la nourrriture^ il est & noter qu'à quelque époque ou en quelque lieu que l'on se trouve, en Algérie, on ne donne jamais au dromadaii^e ni orge, ni foin ; cet anûnal se nourrit sur place, et, lorqu'il ne le peut, deux seulement sur dix touchent à l'orge qu'on leur présente, et tous mangent le foin et la paille.
n vaut mieux acheter le droniadaire <)ue le louer.
36. Le loyer est de 6 francs par jour ou de 12 francs au quintal, pour aller de Blidah à Médéah. Un fort dromadaire , portant deux quintaux, gagne 24 francs par voyage, c'est-àdire en deux jours : donc, en dix voyages ou en trente jours , le prix de la bête est payé, et il sert encore longtemps gratis. Les SOO dromadaires provenant de la razzia des Rahman , en mars 1843, ont été vendus 26,000 francs, ce qui fait 60 francs par tête; et, quelques jours après, ils travaillaient pour le Gouvernement au prix de 6 fr. par jour.
Qoop^
Le dromadaire n'est pas un enlbârrâs dahs lé^ «éirconstances de guerre critiques.
37. Le désordre que cet animal pourrait susciter dans un lîibiftélàl difficile est ùul i trï deux Ininutfeâ, Téssai feii a été fait publiquement ; le dromadaire s'accroupit et il est entravé aux deux genoui de devant ; daiis làettô position, il petit être tué> toîaiiâ pour être etileVé^ il faiit qu'il soit désentravé, tiandis que le cheval et lé thUlet coupertt feicilemeht leurs liens et peuvent être mis en déroute par suite d'Une siiUple téttetir panique.
Le di-omadairê Fort et H)busle ne fretàrdè pas la mài*che des toloniies.
38. Il est vrai que souvent, dans nos courses^ les dromadaires du convoi ont retardé la mst^che des colonnes; cela provient du mauvais choix qu'on fait de ces bêtes par suite de l'impossibilité où l'on est maintenant de s'en procurer de meilleures. SupposôUS que la cavalerie soit montée sur de mauvais chevaux^ elle retarderait de même la marche de l'infanterie ; mais le bon cheval^ comme le bon dromadaire ^ marchant avec des troupes & pied, les fatigueront , parce qub le ftintassin devra faire une marche forcée pour les suivre.
Les habitants des plaines conservent le dromadaire pendant l'hiver.
39. Les habitants des pays froids, des montagnes, par exemple, envoient à la vérité le dromadaire dans le désert pendant le fort de l'hiver : mais les habitants de la Mitidja le conservent toujours et ils s'en servent avec confiance, même pendant l'hiver. C'est pourquoi il serait important de surseoir de suite à la concession de quelques fermes qui appartiennent encore au beylick dans la Mitidja et de racheter celles qui, comme la Maison- Carrée, sont indispensables pour y établir de grands parcs ; dans les écuries de la Maison-Carrée et de la Ras-Sautha, avec
peu dô dépeMei») on poUi'rAit pai'quer mille dromadairèë peu-** dattt lé tempe que Tadininiiitration ne s^en servirait pas. •
Rien n'empêcherait alnré de créer un har^s dé deu^ ou trois cents nagas (femelles) et dé régénérer la rat^ê^ de manière à lui rendre la légèreté qu*elle a perdue. Le petit, arrivé à quatre ans, (servirait aui transports et n'aurait pas coûté 40 francs d'entretien.
La mortalité du dromadaire employé actuellement ne prouverait rien.
• iO. Il est possible, si l'hiver devenait très-rigoureux, que. lé dromadaire ténu du Sahara périt à la Maison-Carrée ; dans Ce cas, Il faudrait acheter chez les Hadjoutés, par exemple, celui qui devrait servir dans la Mitidja ; et dans le désert d'Angad, celui qui devrait ôérvir & l'infanterie dans le sUd de l'Algériei
Certes, c*est joUer groâ jeu que dé faire nos expériences en hiver et en prenant des animaux fatigués, presque toUà de re- but et rongés de la gale : si léiâ essais se terminent comme je l'espère, c'est que la cause que je soutiens ne pouvait être perdue.
' Le temps dd rut n^est pas une difficulté.
41, Le dromadaire peut devenir, à la vérité, terrible pen* dant l'époque du rut; mais s'il est acheté après le printemps, il est délivré du rut. par le moyen d'une ou deux frictions de goudron sur la tète ; et si c'est avant, il est châtré^ quelque âge qu'il ait^ sans aucun risque de perte.
L'animal ne donne pas le mal de mer,
4â. Les expériences anciennes et celles qui ont été faites Ae^ puis sept mois ont convaincu que pas un soldat n'a éprouvé le mal de mer sur un dromadaire: elles ont confirmé, au contraire.
l'exactitude du raisonnement suivant : cet animal marchant à Tiynble, c'est-à-dire^ des deux jambes du m^e côté à la fois^ son pas est plus doux que celuvdu cheval^ lequel marche de deux pieds diagonalement : par conséquent^ il est très-propre au transport des malades et des blessés. (Test pourquoi les Turcs avaient fait construire des bâts de dromadaire à deux places ; le blessé ou le malade se plaçait sur le devant^ et il était soutenu par un conducteur qui prenait place derrière lui.
Poids porté par le dromadaire.
45. D'après ce que chacun de nous a vu souvent, le gros dromadaire porte cinq à six sacs d'orge de 60 kilog. ; le moyen i, et le faible Z, sans compter lé poids du conducteur qui monte sur la béte, toutes les fois qu'il est fatigué.
J'ai exposé consciencieusement et je crois avoir Réfuté les objections qui ont été présentées à toutes les époques ; il en reste une seule qui est sérieuse, du moins dans certaines limites, et prouve que le dromadaire n'est pas parfait.
Le dromadaire ne peut marcher par le temps de pluie et ne peut suivre les colonnes.
44. Le dromadaire ne peut, dit-on, marcher avec 1» pluie : il ne peut donc jamais être employé dans les colonnes expéditionnaires.
Mon intention n'est pas actuellement de résoudre la question des convois d'une manière complète, en proposant une organisation de compagnies de chamelier^, en déterminant les pays où elles peuvent *ètre employées, en envisageant enfin cette question sous toutes les faces. .
Pour moi, cette question n'est qu'accessoire, et si je suis entré dans quelques détails à ce sujet, c'est parce que M. l'intendant d'Alger m'a demandé un rapport sur un sujet si important; c'est enfin pour prouver que le corps des dromadaires, une fois or-
ganisé^ pourra s'approvisionner lui-même^ et de plus être souvent chargé d'un convoi sur des places de l'intérieur, si c'était nécessairCé
Je concède donc les deux propositions ci-dessus, tout en faisant observer qu'il y aurait autant d'imprudence à charger un convoi sur des dromadaires dans les pays montagneux qu'à ne pas le leur confier dans le désert d'Angad et au delà. La guerre est finie, pour longtemps peut-être, autour de nous ; l'intérêt du Gouvernement est de la porter au loin le plus vite possible ; et alors il ne faudra que des dromadaires ; la nature du sol fe veut ainsi.
PropositioB de supprimer les transports auxUiaires^et de créer un bataillon • avec 4 ,000 dromadaires.
45. J'arrive à ma proposition d'utiliser les dromadaires dans TÂIgérie, en tenant compte des difficultés que j'ai concédées, comme inévitables, et en ne comptant pour rien les autres, qui n'ont été mises en avant que par des hommes qui n'avaient point une énergie suffisante.
Les transports auxiliaires de l'armée coûtent maintenant par an une somme de deux millions : je propose d'organiser un bataillon avec mille dromadaires et je vais dire de quelle utilité il serait à l'armée.
Dépense occasionnée par 4 ,000 dromadaires annuellement.
46. Les plus beaux dromadaires coûtent dans la Mitidja 300 fr. La dépense du premier achat serait donc de 500,000 fr.
La dépense annuelle serait :
1* Intérêt de l'argent à 6 pour 100. ... 15,000 fr.
A reporter, . . . 15>000 fr.
15,000 fr.
f 4,000 cordes de iO">, en
laine, à 1 fr^ . . . . 4,000 fr
1,000 bâts arabes, & 10 fr, 40,000
1,000 tellis, à 8 fr. ; , • 8,000
GoudroRuage à 4 fr. ia b^e, 4,000
HuilOj indigQ, sul&te de coi-
vre, ocre, etc. • . . 2,000
Plus, les frais de gardiens ordinaires :
1 caïd-erbel par an. . . 1,500
2 kaïds, à 1,000 fr. par an. 2,000 50 raïa, ou 1 gardien pour 20
bêles, à 1 ïr. par jour, . 18,00a Dépenses imprévues 15,000
Total. .... 80,000 fr.
Le chiffre de dépenses, quelque miniin^ q^^'U sott, en égard à la grandeur du résultat qu'il procure, est établi sur èes prix maximum et sur les pçévisioDs les plus larges; eu effet, le nombre des raïa pourra être rédtuit la seconde aimée; de un pour vingt à un pour quarante et même cinquante; il faut en conserver cependant pour quelques opérations qui,, comme le goudronnage, humilieraient peut-être quelque temps encore l'amour-propre du soldat français.
Je propose, dès la première année, après avoir fait la dépense n. 2 de 22,000 fr., d'intéresser le soldat à t'enlretien de ce matériel, en augmentant de dix centimes sa soMe de pré-* senee ; il aura bientôt appris à tailler les bois, ik faire les cordes, et cette dépense ne sera que de 20,000 fr. par an.
Il me paraît inutile de donner aux chamefiers une solde plus élevée, ce service devant être fait par le corps des équipages,
dont l'effectif parait trop considérable ei[i Algérie^ eu égard au chiffre des animaux qu'il emploie : les soldats de oe corps re^ çoivent déjà une solde double de celle de Tinfanterie qui travaille autant qu'eux en ce paya.
Résultat à obtenir par cette orgamsattOB.
47. S\ix un troupeau de mille dromad^res, les Arabes disent qu'il n'y en a pas cinquante d'indisponibles: je suppose que ce chiffre s'élève à cent. U resterait donc neuf cents bétes prêtes à servir.
Le temps des pluies, qui peut obliger les dromadaires de suspendre leurs voyages dans la Mitidja, n'est pas de quatrevingts jours dans l'année ; je le porte cepeiidailt à cent vingtcinq ou à quatre mois. Les neuf cents bêtçs i^ devront donc travailler que deux cent quarante jours. Je choisis, comme base de mes calculs, le ravitaillement de Médéah et Milianah : les Arabes, du temps des Turcs, l'opéraient avec des dromadaires du beylick, lorsquç^ ces d^^ux places ^'étaient reliées à Alger que f^x des sentiers. L'opération sera bien plu§ facilç, maintenant que de.bellç3 routes aont ouvçrtea avQÇ des pertes tout au plus m 12'.
économie de 4 million au moins dans la province d'Alger surTexercice 4S44.
48. Pans les beaux joi^s, un, djromiadaire part de^ bon matin d'Alger pour îtfédéah et il y arrive la nuit; il fait de m^jne la route d'Alger ^ Milis^nah en deux jours ; voilà qui est incontestable; mais je suppose, V q^ant k Médéah, deux jours pour Valler^ deux jours pour le retour, et mèine dejax jours poui? te repos. Total .... 6 jours.
S"* Quant à Milianah, pour Içs mêmes causes . )^, & «^
Temps nécessaire pour ÇQ doi^ble voyage. 14 jours.
Goog
Divisant 240 jours par H, le nombre de doubles voyages que fera chaque dromadaire sera par an de 17: -
Je porte ITvoyages,
Le prix <}u transport du quintal métrique étant :
d'Alger à Médéah de . . . 16f.80 et d'Alger à Milianah. ... 19 80 .
Total 36f. 60
Et un dromadaire pouvant porter deux quintaux, chaque
double voyage rapportera 73 f^- 20
les 17 voyages . 1,244 40
et les 900 bêtes, en un an 1,119,960 00
Diminuant la. dépense annuelle. . . . 80,000 00
Le boni, en somme ronde, est de 1,000,000 00
Transport de 64^000 quintaux.