‹ Armée d'AlgérieChapitre 46 sur 66 · PREMIER APPENDICE · texte numérisé non relu

PREMIER APPENDICE

285. Le licenciement du personnel de l'équipage, ordonné par M. le gouverneur général, tout en conservant les bètes et le matériel à Boghar, soit parce que les expériences sont désormais inutiles, soit en vue de l'inspection générale du 33* de ligne, nous force de rentrer dans notre régiment et d'abandonner nos expériences. Avant d'exécuter cet ordre, nous croyons devoir rédiger un appendice très-bref, suivi de plusieurs pièces officielles ou authentiques destinées à éclairer encore davantage la question qui occupe depuis si longtemps l'opinion de l'armée. La lecture de ces pièces prouvera qu'en tout temps la question des dromadaires a trouvé des gens de cœur pour la défendre.

lo Pour avoir 1,000 bêtes disponibles, la dépense pour les dromadaires, comparée à celle pour les mulets, est dans la proportion de un à cinq (pièce G).

2^ Il a été reçu, depuis le 22 septembre 18i3 jusqu'au 5 août 184-i, 843 bètes, dont 98 ayant été vendues par le do-

maine à Bouffarick» il reste à justifier de . . . 74S bètes.

Or, au 5 août, le chiffre des absents, dont la moitié au moins rentrera, est de. . . . 118 bêtes.

Et le chiffre des morts est de. . . . 17S

Total. ... 293 293

Partant, il doit rester et il reste en effet au parc, le 6 août 1844 (pièce K) . . 452 bêtes.

Les 293 bêtes, au prix de la province d'Alger, qui est, terme moyen, de 130 fr., représentent une perte de. • 38,000 fr.

Ajoutant le prix d'achat du matériel, son entretien, les hautes paies et les dépenses diverses du 22 septembre 1843 au S août 1844 ..... 30,900

Total général des frais 68,900 fr.

Mais l'équipage laisse un matériel de . . . 10,000 fr.

Et il a économisé à l'Etat (pièces H, I, J), en frais de transport qu'on eût été obligé de payer aux Arabes de réquisition 80,800

Total 90,800 fr.

Partant, au jour du licenciement, l'économie finale est de 21,900 fr.

3"" Les pertes en dromadaires ont été grandes par suite de l'inexpérience : elles étaient indubitables, elles diminueront graduellement, et le bénéfice de l'Etat augmentera d'autant.

4* Sans nul doute un équipage de dromadaires peut fonctionner avec des Français, soit que les bêtes appartiennent à l'Etat, soit qu'il les loue pour le temps d'une expédition. Il y aurait peu de prudence de la part d'un chef de colonne h confier son convoi à des Arabes seuls.

S« Notre équipage^ au B août 1844^ jour de soulicendemèût, ne se compose que de 6 officiers et de 228 hommes^ parcequUl a été déjà renouvelé trois fois.

6o Ces renouvellements ont eu pour résultat de familiariser à un tel point les soldats avec les dromadaires, que, lorsque naguère M. le général Marey-Monge mettait un dromadaire à la disposition d'un officier pour le transport de ses bagages, cet officier faisait charger et conduire l'animal par son ordonnance comme s'il se fût agi d'un cheval ou d'un mulet.

T Le personnel est oomposé d'offiders^ de sous-officiere et de soldats dévoués et capables.

S*" Ce personnel suffit, soit : l"" pour l'organisation complète de trois compagnies de chameliers auxiliaires du corps du train des équipages, autorisée pari ordonnance du 11 Janvier 1842, et si vivement pressée par M. le Ministre de la guerre dans ses dépêches des 22 janvier, 20 mai et 16 septembre 1840 (pièce A); soit 2*» pour former le noyau d'une organisation de troupes montées à dromadaire, laquelle peut être considérée comme le complément nécessaire de la création du kalifa de Lagouath «t de la soumission du Sahara algérien.

9* L'organisation de troupes montées ne pouvait avoir lieu avant que rinstruction des soldats, omime ohameliers, ne fut complète. Maintenant, elle est aussi facile que, jusqu'à présent, elle avait été difficile.

10"" Le temps des essais est passé : ces essais ont réussi après des chances diverses et après une lutte où les opposants nous ont obligé à déployer, pour défendre notre cause, encore plus d'ardeur qu'ils n'en mettaient à l'attaquer (pièce E).

Ifo Le moment d'une organisation définitive est arrivé parce que les essais ont appris tout ce que Ton pouvait en attendre , et parce que le personnel, craignant, s'il était réorganisé provisoirement, un autre licenciement, n'aurait plus la confiance

nécessaire J)ôur lutter coûtre lès difficultés sans nombre d'une semblable mission.

12° M. le maréchal gouverneur avait voulu s'assurer qu'on pouvait Utiliser les dromadaires par des soldats français : ses intentions ont été suivies. Chacun a apporté le plus grand zèle dans ces fonctions. Les difficultés sans nombre ont été vaincues successivement : un service important a été rendu à TEtat : si des doutes existent encore, ils tiennent à ce que, malheureusement, cette mission n'a pas été remplie par un chef de corps ; ce n'est plus qu'une question de personne.

15° La tâche de- l'équipage de Tittery est remplie, et le gouvernement du Roi en sait les résultats, qu'il a publiés dans le Moniteur universel du 15 août 1844,dans les termes suivants :

« .Connaissance acquise de Thygiène et de l'emploi du dromadaire : expériences qui ont été pendant longtemps coûteuses, mais qui, à la suite d'une seule expédition, ont fini par être une occasion de bénéfice pour l'Etat, au lieu de lui être à charge ;

K Dromadaires dressés et en état ;

« Matériel prêt pour charger 400 dromadaires ;

« Personnel prêt â fonctionner de bonne volonté. »

14** Il importe de sortir le plus vite possible du provisoire dans lequel restent tes dromadaires, dont la garde se trouve oonàée aux ArabfeS, qui sont intéressés, sous tous les rapports, à leur disparition, et d'éviter les malheurs prévus par le général Marey dans sa lettre du 47 juillet (pièce E, 3°).

15* Après avoir vaincu toutes les difficultés de sa mission et en rentrant dans les rangs des corps, l'équipage reste perstiôdé qu'il a feît honorablement son devoir ; que ses eflForts ont été utiles, ^t qu'il a bien mérité de M. le gouverneur général en le mettant à même de poursuivre l'organisation qui était dans ses projets, ou de s'arrêter sans que les expériences aient rien ooûté h l'Etat.

16« Un jour viendra où la vérité tout entière sur Thistorique des dromadaires de Tittery sera connue : alors on remerciera M. le général Marey-Monge et le 33* de ligne d'un dévouement dont l'exemple ne sera pas perdu pour l'armée.

Boghar, près de Médéah, le m août 4844.

J.-L. CARBUCCIA

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