PIÈCES JUSTIFICATIVES
Pièce â.
288. Lettre adressée par le Ministre de la guerre à M* Vintendant militaire de V Algérie, par laquelle il demande un travail complet sur le parti que Von pourrait tirer des chameaux pour les transports militaires en Algérie.
Paris, le ^janvier 4 840.
Monsieur rintendant^ lors des expéditions de Mascara^ de Tlemcen et de la Tafna^ on a eu recours, pour le service des transports auxiliaires, à l'emploi des chameaux qu'on a pris à loyer dans la province d'Oran, où ces animaux se trouvent, à ce qu'il parait, en plus grand nombre que dans les autres parties de l'Algérie. L'emploi de cette bête de somme, sous cette condition, avec des conducteurs arabes à gages, a été très-coûteux et l'on a paru généralement peu satisfait de ce service.
Cependant j'ai eu occasion de reconnaître, par les différents rapports qui ont été alors présentés sur l'emploi du chameau, combien pour des expéditions partielles, et surtout dans un système d'occupation bien arrêté, ces animaux pourraient être utiles. J'ai surtout été frappé du rapport présenté par M. le colonel Poiré, qui, avec une longue expérience du service des équipages, et paraissant avoir fait une étude particulière des habitudes et des facultés du chameau, n'a pas hésitéà proposer d'en attacher une brigade aux détachements réunis du train et de mulets de bât.
En général, ce service auxiliaire de transport a été peu expérimenté et l'on ne paraît pas s'être assez rendu compte de tous les avantages qu'il peut offrir, soit dans les expéditions
éventuelles, soit pour le service ordinaire des camps et des villes.
Je pense que le moment est venu d'examiner très-sérieusement la question sous ses différents point de vue.
Je vous prie en conséquence, monsieur l'intendant, de vouloir bien, après avoir consulté les extraits ci-joints. A* A* A' A^, des rapports qui me sont successivement parvenus sur l'emploi des chameaux, et après y avoir réuni toutes les indications que vous vous serez vous-même procurées, me présenter sur ce moyen de transport un travail complet, comprenant, s'il y a lieu, un projet d'organisation de brigades de chameliers adjointes aux compagnies du train ^ ou de détachements de chameliers s'administrant séparément ; votre rapport contiendra tous les renseignements nécessaires pour fixer mon opinion sur les avantages ou les inconvénients de l'emploi des chameaux et notamment ceux-ci :
lo Le point de l'Algérie et des pays limitrophes où l'on pourrait plus facilement se procurer de ces animaux, en quel nombre et par quelle voie on pourrait en acheter ;
2» Les prix d'achat suivant leur âge et leur force ;
5" Les poids qu'ils peuvent porter dans une marche longue et soutenue, et dans une marche de peu de durée ;
4° Leur harnachement sous le double rapport de la composition et de la dépense ;
5o La nourriture habituelle, la dépense journalière qu'elle occasionne quand le chameau a cessé de paître dans la campagne ;
6® Les soins que cette animal exige de jour et de nuit, la manière dont il doit être abrité, etc.
Vous vous entourerez au surplus, pour donner à ces renseignements tous les développements qu'ils comportent, de Texpérience acquise dans chacune des localités, de manière que, éclairé d'ailleurs par votre opinion personnelle, je puisse prononcer sur le travail résultant de ce concours avec une pleine et entière connaissance de cause.
Rien ne doit être négligé par l'administration pour assurer
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d'économie possible : des essais peuvent être faits et l'expéri^ç^ fera en r^^umé rejetor le» piQyeJOnsf ^ecannus ^éfpctueux et adopter définitivement le$ o^eUleMr^*
Recevez, etc.,
P^Hir le miqistre çt par son autorisation,
Signé : Evrard.
Nota. Par d'amtr^s dépèches postérieures à la présente, et notamment par pelles du 20 mai et du ^6 septembre 1840, M. le miniatre de la guerre poursuit l'idée de l'organisation des compagnies de chameliers, et, enfin, il donne l'ordre d'établir un projet d'ordonnance à ce sujet et de le lui envoyer revêtu de l'approbation de M. le gouverneur général.
Pièce A*.
289. Rapport sur les avantages qu'on peut obtenir de F emploi des chameaux pour le service des transports.
Le chameau est l'animal le plus propre aux: transports pour faire la guerre aux peuplades nomades. Aussi ne le trouvet-on généralement que dans les plaines désertes qu'il faut traverser. Sa sobriété, quand il y a manque de nourriture, et sa force, sont remarquables ; les robustes portent 600 kilogr., et en peut établir que le terme pioyen de transport par de bons animaux de cette espèce serait de 400 kilogr.; mais il convient de faire remarqua que touç les diamisaux ne portent pas avec la même facilité ; que les indigènes sont dans l'habitude d'y amener les jeunes graduellement et qu'il conviendrait de ne faire achat que de eeixx qui seraient éprouvés.
Le mauvais vouloir des Arabes qui louèrent leurs chameaux pour les expéditions de Mascara etde Tlemcen a foussement établi
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qw ces animauf ne peuvent goTter que 18Q kilog.; je certifie que le plus fort d'un détactieinQ^t dirigé par M. le sous-lieutenant Petite du corps^ a porté de Stora à Gonstantine trois l^allesde foin pressé du poids chacune de 200 kilogrammes ; je oopvien^ qu'on ne peut raisonnablen^nt espérer la même force de tous les animaux de cette espèce; cependant il en existe sept à la 4* compagnie^ provenant de prise^ qui portent journellement de 4 à SCO kilogrammes^ service parfaitement régulier.
Les chameaux voyageant en plaine se nourrissent ordinairement de feuillages^ d'herbes^ et surtout de chardons qu'ils aiment beaucoup ; ce qui fait qu'ils ne marchent pas avec plus de vitesse que les mulets par le temps qu'ils perdent pour prendre leur nouiriturè : mais^ quand ils sont pressés vivement^ les autres animaux de trait et de somme né peuvent les suivre 9XX pas ; ils marchent habituellement à la suite les uns des autrep quand ils 8(mt c^ liberté; mais leurs conducteurs peuvent les <firiger avec un licou et un bâton d'un mètre de long pour les faire changer de direction à volonté; ce qui permet d'en foire piarcher plusieurs de front.
Ils se nourrissent habituellement dans les {daines non culti* vées^ et^ quand ils n'y trouvent plus de quoi satisfaire à leurs besoins^ les indigènes y pourvoient au moyen de mauvaise paille^ ou bien même avec du fson; Us ne pangent de l'orge quç très-rarement; cependant j'ai reconnu la nécessité d'en faire donner aux sept de prise qui existeat à la 4« compagnie^ vu Içur peu de repos.
Ces animaux présentent l'avantage de iaire magasin de liquide au moyen de leur cinquième estomac qui leur permet de rester plusieurs jours sans boire.
Pour parvenir à (^tenir un service bien régulier avec les diameaux^ il faut employer^ à leur conduite et aux soins qu'il ecmvient de leur donner^ 4^s hommes doux et laborieux^ ainsi que de bons sous^>ffiderS; lesquels recevraiept une prime d'en^couragement.
J'ai remarqué qjie ces animaux smt m début inquiets de
notre tenue militaire : je crois qu'il convient que nos conducteurs soient coi£fes de calottes grecques et portent par-dessus la veste d'écurie une blouse en toile grise, comme en font usage les chasseurs d'Afrique pour le service intérieur du quartier, elle serait pour les détachements la tenue de travail qui s'approcherait de celle des Arabes.
Pour habituer nos soldats aux expressions et moyens qu'emploient les Arabes pour faire coucher les chameaux afin d'effectuer les chargements, il serait employé un certain nombre de ces derniers au début de ce service.
Répondant aux objections présentées, il n'a pas été exact de dire que les chameaux s'effraient au feu de la mousqueterie; j'étais chargé d'en diriger 600 au moment de l'affaire de la Sikak : le passage de ce ruisseau était tellement étroit que deux au plus passaient à la fois; l'ennemi nous serrait de trèsprès; les balles se croisaient en tous sens, au moment où M. le général Bugeaud, non loin de ce passage, prescrivait les dispositions qui devaient accabler l'ennemi ; pas un chameau n'a cherché à fuir.
Si la guerre devait se terminer en une seule campagne comme en Europe, il serait convenable de prendre des chameaux à louage, quoique ce service laisse beaucoup à désirer ; les Arabes étant presque toujours, je le répète, de mauvaise foi envers nous, soit pour ce que peuvent porter les animaux employés, soit pour la direction à leur donner ; se faisant un jeu de créer du désordre, en feignant de ne pas comprendre ce qui leur est ordonné ; obligé, pendant le cours de plusieurs expéditions, d'avoir recours aux chameaux pour le transport des malades, j'étais obligé d'employer les plus grandes rigueurs pour obtenir des chameliers bédouins de faire coucher leurs chameaux pour recevoir nos soldats sur les charges ; il est vrai qu'un très-grand nombre de soldats de régiments nouvellement débarqués se faisaient transporter sur. des chameaux sans être arrêtés par le mouvement d'avant-arrière plus prononcé chez eux que chez les autres quadrupèdes et présenté comme devant, occasionner le mal de mer, mais qui ne peut
tout au plus gêner que ceux qui, transportés mollement, pourraient sentir le besoin de se livrer au sommeil.
Des animaux sans frein pour les guider, marchant en troupeau et souvent maltraités, provoqués par la malignité de leurs conducteurs, ont pu paraître indociles, même méchants; mais ceux qui, comme moi, ont été appelés par la nature de leur service à examiner les avantages que peut présenter ce moyen de transport, ont été à même de se convaincre que ces animaux sont généralement doux.
J'ai également remarqué que les conducteurs bédouins n'avaient, les sept huitièmes du temps, rien à manger ainsi que leurs animaux et qu'ils n'existaient que de ce qu'ils obtenaient de notre commisération ; cet état de choses a existé pendant les expéditions de Mascara, Tlemcen et la Tafna, les chefs arabes les laissant continuellement languir de besoin, quelque bien rétribué qu'était ce service par l'administration ; cependant, la plus grande partie des animaux employés est rentrée aux tribus.
Je certifie, en homme consciencieux et dévoué aux intérêts de l'État et du service qui m'est confié, que les difficultés présentées jusqu'à ce jour ont été créées par beaucoup de laisseraller et présentées avec exagération.
J'affirme aussi que les chameaux peuvent être employés à franchir et traverser les plus grandes aspérités ; j'ai examiné avec soin la marche de ceux d'un cantinier pendant le cours de Texpédition sur Milianah, où nous avons été obligés de gravir des côtes à quarante-cinq degrés de pente, chargés de 2S0 kil.: ils ont constamment suivi les mulets du corps.
Je termine en faisant remarquer que les meilleurs chameaux ne sont que du prix de 300 fr.; qu'ils ne sont pas comme les mulets sujets à être atteints de la morve, fatale maladie qui exerce de constants ravages parmi ces derniers, et qu'il ne faut s'occuper que de les traiter de la gale, affection qu'ils essuient fréquemment.
Le louage des chameaux qui va avoir lieu dans la province d'Or^n, ai) prix de 6 francs l'un par jour, occasionnera à TÉtat
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