LE COLLÈGE
meubles antiques remplit les caisses entassées dans de grandes charrettes qui stationnent dans la cour; les épais volets gris de Tunique étage se ferment un à un; Barba et Yankez, qui restent les gardiens du domaine, ne quitteront pas les appartements du rez-de-chaussée, et ailleurs tout se ferme en plein jour, en plein soleil.
Ce n'est pas sans regret que M. de Kerpeulvan quitte l'habitation solitaire où il poursuit si paisiblement ses études d'archéologue, en la douce compagnie de Gwennola.
Ce n'est pas sans regret que Gwennola se voit arrachée à ses belles grèves, à ses grands menhirs, aux dunes de sables sur lesquelles elle aime tant à courir nu-pieds.
Aussi, tandis que madame de Kerpeulvan donne ses derniers ordres et organise tout pour l'ensevelissement du vieux manoir, qu'elle a habité sans l'aimer; ta.ndis que Gunstan, partagé entre le regret de quitter son nid de rochers, et la joie de marcher vers l'inconnu d'une nouvelle vie, fait ses recommandations personnelles à Yankez sur ce qu'il regarde comme ses propriétés particulières, le père et la fille, désintéressés en quelque sorte de toutes ces choses, se sont enfuis dès Taurore et ont fait une dernière visite aux monuments celtiques, dont chacun marque la halte d'une promenade aimée.
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Avec quelle caressante expression de riiélancolie rœil bleu de Nola s'est attaché une dernière fois sur le sinistre celtae gravé sur la table de la Fée; avec quel sentiment elle a détaché du granit des étoiles de mousse pour les placer entre les pages d'un petit album ; dans quelle gracieuse et désolée attitude elle est demeurée appuyée contre le dolmen, regardant le beau cercle d'azur formé par l'Océan, et les terres ensoleillées qui lui forment une splendide ceinture d'or!
Elle a fait, avec son père, le tour du monstre de pierre, et^ avant de s'éloigner, elle a posé sa main délicate sur ses larges flancs, et, pour sa propre consolation, elle a dit : Nous reviendrons bientôt.
Depuis que ce fatal départ est devenu une réalité, M. de Kerpeulvan et Gwennola se consolent mutuellement de quitter Kerpeulvan, par la pensée d'y revenir aux prochaines vacances. Mais le soleil monte sur l'horizon, il faut regagner le manoir, oîi l'on précipite les préparatifs de départ.
Le père et la flUe descendent lentement, et en silence, le petit sentier bordé d'épines. Arrivée au château, Nola prend sa part de l'activité commune; elle arrange les menus bagages de son père, qui est distrait comme un savant, et qui se laisse volontiers aller au bonheur d'être aimablement servi par sa fille. Pendant cette dernière heure, Nola est quel-