LE COLLEGE
que peu brusquée par madame de Kerpeulvan ; ces petits arrangements les mettent sans cesse en présence, et madame de Kerpeulvan, qui est légèrement enfiévrée, raille la promenade faite dans la rosée et le zèle tardif que déploie la petite fille. Nola ne lui répond qu'en attachant sur elle un regard aimant et profond, qui désarme madame de Kerpeulvan ellemême.
Enfin, l'enfant se sent inutile, et elle court à la reclierelie de son père, qui est allé s'asseoir dans la Chaise-de-César, comme en un lieu de refuge. Nola s'assied à ses pieds, et ils attendent ainsi l'heure du départ, échangeant à demi-voix leurs remarqijes sur la beauté du paysage, se communiquant leurs intimes regrets, épandant en face de cette belle nature cette source de poésie qui jaillit du fond du cœur usé du père et du fond du cœur vierge de l'enfant.
Tout à coup, de larges roues écorchentle chemin rocheux, les charrettes chargées de meubles s'éloignent les premières ; ce sourd roulement est le signal du départ prochain. M. de Kerpeulvan pousse un soupir involontaire, Nola pâlit et appuie sa jolie tête sur l'épaule de son père. L'heure de la marée a sonné à l'horloge invisible qui règle les forces de la nature ; les nuances lilas ont disparu, la mer s'agite et accourt comme pour recevoir leurs adieux ; les vagues
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rejaillissent sur les rochers au-dessous d'eux, et la petite Nola, saisie tout à coup d'une sorte d'exaltation poétique, monte sur la Chaise-de-César, et, tournée vers la mer, adresse son adieu à Kerpeulvan.
— Adieu, belle mer bleue I dit-elle en tendant ses deux petites mains comme pour l'enserrer dans ses bras; adieu, jolies vagues couronnées d'étoiles; adieu, mes rochers, mes nuages; adieu, je vous aime, je vous aime, je reviendrai !
Et la mer répond à l'aimante petite fille par le murmure doux et puissant qui est son langage des beaux jours.
Mais voici Gunstan qui accourt, et qui interrompt les poétiques adieux de Nola; la voiture est attelée, on va partir.
On part. Madame de Kerpeulvan et son fils sont assis sur le premier banc du break. M. de Kerpeulvan et Nola leur font vis-à-vis; Madalen, triste, mais calme, est auprès d'eux.
Yankez fait claquer son fouet, et la voiture s eloigne, suivie des yeux par Barba, qui apparaît morne et sombre sur le seuil de la vieille porte cintrée, semblable aux fées d'aspect fatal, gardiennes des lieux devenus déserts.