‹ Armelle TrahecChapitre 21 sur 38 · SUR LE QUAI · texte numérisé non relu

SUR LE QUAI

yisajgQ et ne prononça pas une parole pendant le trajet, qui fut court.

Ils descendirent tout près du lieu de débarquement ; et ^unstan, offrant le bras à sa mère» la conduisit près d'un groupe nombreux qui les regardait venir. ^

Par un effort héroïque de volonté^ inadame de Kerpeulyan avait dominé la douleur nerveuse à laquelle elle était en proie. Relevant par un mouvement vif son voile de tulle et redressant sa haute taille, elle accueillit très gracieusement tous les hommes qui lui furent présentés par Gunstan, puis elle alla saluer une femme encore jeune, mais qui portait, comme une couronne idéale, sur son large front son titre de mère de famille. Elle formait le centre d'un groupe de jeunes filles où se retrouvait toute la gamme de l'exquise beauté anglaise* Brunes et blondes avaient les traits fins et gracieux, la carnation pure, la taille distinguée et cette assurance de bon goût que ne réprouve point la modestie, et qui donne à la physionomie des Anglaises comme il faut ce qui, chez les hommes, s'appelle la loyauté.

— Madame, dois-je dire : Vos charmantes filles ? demanda madame de Kerpeulvan en faisantun geste circulairei

— De cœur, oui, mais pas de naissance. Mes filles^

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les voici, et j'ai l'honneur de vous les présenter, madame : Edith, Émily et Jane.

Trois blondes charmantes répondirent à l'appellation de leurs noms en adressant à madame de Kerpeulvan le salut anglais, c'est-à-dire une légère inclination de tête.

Madame Hansley reprit :

— Ma cousine Lucy; mes nièces Mary, Georgina.

Ce dernier nom tomba sur une jeune fllle aux traits délicats, dont les yeux étaient singulièrement noirs pour une Anglaise et dont la physionomie était singulièrement réfléchie pour son âge.

Était-elle la plus jolie du groupe?

Il eût été difficile de le dire ; mais c'était celle qui appelait le plus l'attention par sa grâce un peu mélancolique, la profondeur intelligente de son regard et la douceur peu commune de sa physionomie.

La présentation, qui avait été fort longue, finit juste au moment où le bateau qui devait conduire les voyageurs à Saint-Nazaire se rapprochait du quai.Lesjeunes misses passèrent les premières. Nola, qui les suivait, acceptait la main de M. Hansley pour passer à son tour, quand, en se détournant pour chercher sa mère, elle aperçut derrière elle un visage agité de tressaillements nerveux, avant-coureurs des crises douloureuses dont elle avait acquis l'expérience. Elle se pencha vers elle.

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— Impossible ! murmuramadame de Kerpeulvan :

le cœur me bat, la tête me tourne : j'ai déjà le mal de mer : fais-moi remonter en voiture.

Nola obéit sans réplique, et madame de Kerpeulvan se traîna à son bras vers la voiture, qui n'était pas éloignée.

Gunstan accourut avec une partie de la société anglaise.

Madame de Kerpeulvan se pencha par la portière ouverte, et, appuyant son mouchoir sur ses lèvres:

— Hélas ! je me sens déjà le mal de mer, balbutia-t-elle avec effort ; j'ai trop compté sur mes forces, il m'estimpossible d'affronter une traversée. Amuse-toi bien, mon flls.

— Mais, ma mère, que dois-je penser de ce mal subit? Si tu allais être vraiment malade?

— Pas plus que d'habitude; seulementje le sens, j'ai dépassé mes forces.

— Je te disais bien que cette traversée seraittrop pénible. Veux-tu que je reste à Nantes ?

Madame de Kerpeulvan le regarda fixement et dit en hésitant :

— Cela te priverait-il beaucoup ?

Gunstan regarda Nola.

— Faut-il rester. Nola? demanda-t-il.

— L'indisposition de maman se guérira par le repos, répondit Nola évasivement.

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— Alors je pars, et te dis & bientôt, chère mère.

— Va I dit-elle avec un soupir.

Elle tendit les bras et pressa longuement la tête de son fils sur sa poitrine.

— On t'appelle, Gunstan, dit Nola.

Gunstan se détourna vers le bateau et cria:

— J'arrive*

Puis, revenant de l'autre côté de la voiture, il dit à Nola:

— Tu as l'adresse de la famille Hansley à Londres : donne-moi tous les jours des nouvelles de maman, et, s'il y a le moindre incident inquiétant, lance-moi une dépêche.

— Je te le promets ; mais rassure-toi : ce n'est qu'une indisposition qui exige le repos du chez-soi. Adieu, mon frère.

— Adieu. Nola; adieu, mère!

Gunstan mit un pied dans la voiture, enveloppa rapidement sa mère et sa sœur dans la même étreinte et s'élança comme une flèche, d'abord sur le quai, puis dans le bateau. Madame de Eetpeulvan, penchée à la portière, agita une dernière fois la main et se rejeta dans son coin en poussant un gémissement de douleur.

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