A LA GARE DU NORD
— J'ai cherclié le parapluie dont se sert mon fils, Madalen, dit-elle; je ne Tai pas trouvé.
— Je crois l'avoir serré parmi les objets d'été, madame.
— Replace-le dans le porte-parapluies, près de cette badine. Tu sais à quel point Gunstan aime à tout trouver sous la main. Eh bien, Nola ne vient pas ? va donc la presser.
Madalen avait à peine fait un pas pour obéir à cet ordre, quand la porte s'ouvrit devant Nola en toilette de ville. La mère et la fille descendirent, montèrent en voiture, et madame de Kerpeulvan jeta comme adresse au cocher :
— A la* gare du Nord !
Pendant le trajet, contre ses habitudes, elle se montra très communicative. Elle voulait que Nola se félicitât avec elle d'avoir échangé Nantes contre Paris^ Paris lui plaisait, c'était la résidence qu'il fallait à Gunstan une partie de l'année. Il était vraiment impossible que l'ennui l'y poursuivît, et leur présence conjurerait les dangers dont tant do fils de famille sont la victime. Nola approuvait en souriant doucement : il était si rare qu'elle vît sa mère intimement satisfaite, qu'elle se serait bien gardée d'exprimer autre chose qu'un parfait acquiescement à ses idées.
Madame de Kerpeulvan s'interrompait elle-même
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de temps en temps pour pousser le yasistas et jeter au cocher ces mots :
— Plus vite !
n y avait deux mois qu'elle n'avait vu son âls ; elle se sentait affamée de le revoir. Le jeune homme écrivait souvent^ mais brièvement, et d'ailleurs, qu'est-ce que ces pensées incomplètes jetées sur le papier, pour un cœur exclusif et passionné î
Enfin la voiture s'arrêta devant la gare, qui, servant de débarcadère aux grandes cités du Nord, s'est entourée de leurs statues comme d'une escouade de majestueuses sentinelles.
Madame de Eerpeulvan, se fkisant immédiatement indiquer le côté de l'arrivée, s'y rendit avec Nola.
De ces vastes salles, le regard plongeait dans la gare même ; mais on n'y pouvait pénétrer : il fallait attendre dans ces cages vitrées, non seulement l'arrivée du train, mais encore celle des voyageurs.
Peu à peu elles se remplirent, et la locomotive passa en sifflant, suivie des vtragons qu'elle trsdnait sur les rails sonores ; la mère et la fille disparurent au milieu d'une foule curieuse, toujours grandissante. Madame de Eerpeulvan saisit le bras de la timide Nola, et l'entraîna jusqu'au vitrage, à^ travers lequel un regard pouvait darder son rayon sur la ligne noire des wagons qui venaient de s'arrêter. Deux portières s'encadraient dans le cintre de l'ou-