A LA MAISON-GRISE
j'ai été quinee jours sans voir miss Georgîna; mais renoncer à elle m'a paru au-dessus de mes forces. J'ai réfléchi froidement à ce qui nous séparait, et, devant cette réflexion impartiale, tout est tombé, excepté la passion de ma mère. Que madame Windham se soit fait aimer de mon grand-père et se soit fait donner le domaine de Kertan, je le regrette; mais je n'y vois rien de déshonorant, rien qui puisse anéantirmes projets de mariageavecsa sœur. Au demeurant, madame Windham, que j'ai entrevue à Londres, est une fort aimable femme qui a montré du tact, de la discrétion, et qui a bien modifié le portrait que je me faisais de l'ennemie de ma mère. J'ai donc pensé que le bonheur, et peut-être la dignité de ma vie entière, ne pouvaient dépendre de semblables circonstances, et, soutenu par Nola, j'ai combattu à outrance la résolution de maman. Elle s'est montrée inflexible. Nous avons lutté journellement pendant un mois : elle a toujours dit non. Et un beau jour, se figurant que la famille Hansley m'excitait en dessous, elle m'a ordonné de la suivre à Kerpeulvan, etnous avons subitement quitté Paris. Je lui ai obéi ; mais, il faut que je vous le dise, mon cher oncle, c'est ma dernière obéissance.
€ Le sang des Trahec coule aussi dans mes veines, et ce qu'ils ont de volonté pour leur haine, je l'aurai pour mon amour.
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€ Toutefois je veux essayer une dernière démarche de conciliation. Voulez-vous la faire? Voulezvous venir dire à ma mère que je ne céderai pas cette fois, le lui affirmer ?
€ Il me serait douloureux de me passer de son consentement; mais j'en viendrai à cette extrémité, estimant que le bonheur de ma vie ne peut être sacrifié à un caprice tyrannique. J'espère encore en votre intervention. Ma mère me croit dominé par une de ces passions folles et éphémères qui ôtent toute puissance à la raison ; elle se trompe : je sais ce que je veux et pourquoi je le veux, ce que je fais et pourquoi je le fais. Depuis notre arrivée à Kerpeulvan, je ne lui demande plus rien, nous ne nous parlons plus, elle ignore que madame Windham et sa sœur sont à Kertan, et que je corresponds avec elles. Puisque je trouve à mon foyer même l'ennemi de mon propre bonheur, je prends des alliés où j'en trouve. Mais cette situation extrêmement tendue ne peut durer davantage : ma mère souffre, et je souffre plus encore.
< Venez donc, et tâchez de la persuader de ce que je vous écris. Sur mon honneur, jamais je ne renoncerai à mademoiselle Georgina, à moins qu'il ne me soit prouvé qu'elle n'est pas digne de porter mon nom. Quanta y renoncer uniquement parce qu'elle est la sœur de madame Trahec, jamais, jamais, jamais !