LE LION ET L*A6ITEAU
homme qui lisait contre une des fenêtres grillées. Le lecteur souleva la tête par un mouvement qui mit en lumière une figure fine et sérieuse, entourée de cheveux d'un blond pâle mêlé de gris, et passa le bras qu'il avait de libre autour de la taille frêle de Gwennola; puis, appuyant ses lèvres sur la petite épaule frémissante qui se trouvait à leur portée :
— Est-ce un jeu? demanda-t-il; ma petite Nola veut-elle gagner le prix d'une course, qu'elle m'arrive essoufflée comme un pauvre agneau chassé par l'ouragan?
— Papa, c'est... ne regarde pas par la fenêtre... Ah I mon Dieu ! le voici.
La porte que Ô-wennola avait laisséé'entr'ouverte s'ouvrit devant Gunstan, qui apparut pieds nus, les cheveux hérissés, sa carabine à la main.
— Petit lion, que t'a donc fait mon agnelet? dit M. de Kerpeulvan en promenant sa main sur les eheveux de soie de la petite fille.
Le doux regard paternel, qui accompagna ces paroles prononcées avec le plus affectueux accent, ne calma pas la colère de l'impétueux enfant.
— Elle a fait envoler la mouette que je voulais tuer, répondit-il durement ; Nola, viens ici I
Mais Nola enfonça plus avant sa petite tête blonde sous la chevelure grise et flottante de son
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père, si avant qu'on n'apercevait pins du sommet de sa personne que son joli cou d'ivoire.
— Ah I tu crois m'échapper, reprit Gunstan en marchant à pas inégaux et précipités dans l'appartement ; mais je te rattraperai. Ne grandis pas ma colère : viens ici.
Et comme Nola demeurait immobile, le petit furieux fit un grand pas ; avant que son père eût pu prévenir son action, il leva sa carabine et en frappa l'épaule de Gwennola. Le coup léger, mais mal ajusté, porta sur le col découvert, et un faible gémissement échappa à la petite fille.
Le visage de M. de Eerpeulvan devint grave et triste. Se soulevant sur son fauteuil, il saisit l'arme par le canon, l'arracha des mains crispées de Gunstan, et, la posant auprès de lui :
— Je ne te rendrai cette carabine que lorsque tu ne seras plus assez lâche pour frapper ta sœur, ditil froidement.
Cet arrêt sembla foudroyer Gunstan; mais il porta soudain son regard vers la fenêtre, et, apercevant l'ombre d'une personne qui passait, il bondit sur l'appui ; et, s'accrochant des deux mains aux barreaux de fer :
— Maman, maman 1 cria-t-il d'une voix éclatante.
La porte d'entrée roula sur ses gonds rouilles, et