‹ Armelle TrahecChapitre 31 sur 38 · LE CONCILIATEUR · texte numérisé non relu

LE CONCILIATEUR

— OÙ sont ces dames, Madalen? demanda-t-il.

— Dans le petit salon, monsieur : je ^ais vous y conduire.

Elle précéda l'abbé dans la maison et dans le grand corridor, qui reliait entre eux les vastes appartements du rez-de-chaussée. Au moment d'arriver devant la porte du salon, elle se détourna, et, se penchant vers le prêtre :

— Que le bon Dieu bénisse votre visite, monsieur, dit-elle bien bas ; il me semble que de grands malheurs menacent mes chers maîtres : ils souffrent à en mourir.

— Armelle aussi?

— Elle n'est pas reconnaissablé ; quand M. Gunstan n'est pas là, c'est comme un délire qui la prend parfois. Mademoiselle Nola ne peut plus la quitter des yeux.

— EtGunstan?

— Toujours en colère et en bateau, ne voyant plus sa mère pour ainsi dire, ne lui parlant plus. Ma pauvre grand'mère est tellement saisie de les voir ainsi fâchés l'un contre l'autre, qu'elle grelotte la fièvre depuis notre arrivée.

L'abbé fit un geste désolé, puis se recueillit : Madalen venait d'ouvrir la porte du salon où se trouve^it madame de Kerpeulvan,

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LA DERNIÂRB TBNTATTVB

Armelle, assise sur sa cliaise haute, travaillait à sa tapisserie. Quand le regard de Tabbé tomba sur le visage qui se dessinait en blanc sur le rideau ponceau, il ne put retenir un tressaillement. Ce qui donne aux ressemblances de la parenté un caractère saisissant, c^est de voir la même passion agiter rêtre qui ressemble à celui qui a disparu. La colère, Tenvie, la douleur, la haine, Tamour, le sarcasme, la tendresse, le dédain, animant soudain les traits d'une expression particulière, produisent des res^ semblances étranges.

Les traits de madame de Kerpeulvan s'étaient creusés,'allongés et comme pétrifiés ; son regard était clair et froid ; ses lèvres, même au repos, avaient un pli amer et ironique : l'abbé revoyait M. Trahec.

Elle accueillit Tabbé avec un calme qui le stupéfia. Il s'était attendu à la trouver aigrie, mécontente, abattue par la lutte : il la trouvait raide, froidement dédaigneuse, se redressant en quelque sorte sur les désolations intimes de son cœur. Nola, qui travaillait silencieusement à ses côtés, et qui paraissait accablée, souhaita timidement le bonjour à son oncle

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LA DEKNÏÈRE TENTATIVE 2Ô7

et serra précipitamment son petit attirail de peintre.

— Que fais-tu, Nola? dit madame de Kerpeulv^n d'une voix qui semblait couper les syllabes ; pourquoi quitter le salon?

— Mère, je croyais... je pensais que,..

— Que j'avais à parler à ton oncle ; je n'ai absolument rien à lui dire que tu ne puisses entendre,

— J'aimerais à te voir sans témoin, Armelle, dit doucement le prêtre.

— Pourquoi, mon oncle ? pour m'entretenir de Gunstan? c'est inutile. Cette affaire se traite à ciel ouvert entre nous, et je vous prie de m'épargner de revenir sur ce sujet.

— Telle est cependantmon intention : il est nécessaire que je te parle de ton fils.

— Je vous le repète, mon oncle, c'est inutile. Le temps des confidences et des conseils est passé. La position est affreuse, mais nette ; et, au point où en sont les choses, qui oserait se placer entre mon fils et moi?

Tout autre que Tabbé Gabriel se serait tenu pour battu. Lui se contenta de hocher doucement la tête et reprit :

— Il ne faut jamais étouffer la lumière, de quelque part qu'elle vienne, et je ne peux croire que tu te joues de sang-ft^oid du bonheur de ton fils.

— Son bonheur I II y a six mois il ne connaissait

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pas cette jeune femme, même de nom, et il lui sacriflerait sa mëre ?

— Sacrifier sa mère, lui répugne certainement ; mais doit-il se sacrifier lui-même, ma fille ?

— Sans hésiter.

— Armelle, Armelle, encore une fois, n'as-tu pas plus de souci du bonheur de ton fils?

— Mon oncle, vous le savez mieux que personne : je n'ai vécu que pour lui ; mais le jour où il vient me demander d'établir maîtresse légitime à Kertan la sœur de celle qui a détruit mon bonheur et qui s'est emparée de ma fortune, je m'y refuse.

— Armelle, cette décision ne peut être irrévocable.

— Elle l'est, mon oncle.

— Mais si ta résistance pousse Gunstan à quelque extrémité?

— lime demande l'impossible, je ne puis lui accorder l'impossible.

— Mais s'il résiste, te dis-je; s'il se révolte absolument, s'il agit sans te consulter, s'il te quitte...

— Je verrai jusqu'où peut aller l'ingratitude humaine!

— Ma fille, il ne peut nous être donné de jet^r ainsi hors de leur devoir, sans une raison très grave, les êtres confiés |i notre garde.

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