‹ Armelle TrahecChapitre 37 sur 38 · VIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

VIE NOUVELLE

n y a beaucoup de mouvement dans Tappartement du vieil hôtel situé sur le quai de Vannes et occupé par mademoiselle Augustine. Toute la famille du Gullvin y fait irruption ; ce sont des allées et venues continuelles.

\ — Vraiment, le jour où Gunstan de Kerpeulvan nous présente sa jeune femme, vous eussiez pu mettre un autre bonnet, ma chère Augustine, dit en souriant madame du Guilvin à sa belle-sœur.

Mademoiselle Augustine appuya avec la plus

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grande insouciance ses mains, absolument desséchées, contre les tuyaux ramollis de son bonnel noir.

— On m'a conté de cette jeune femme-là des»

choses qui me donnent à penser que mon bonnei sera le cadetde ses soucis, répondit-elle ; voyez-vous, Marie, ce n'est que dans; les têtes sans cervelle qu'il peut s'implanter de juger les gens d'après le bonnet qu'ils portent. Eh bien, Auguste, qu'est-ce qui te prend î

— Je crois que les voici, dit précipitamment le leune ^homme : une calèche vient de s'arrêter à la porte.

Tous les Guilvindisparurentsur cet avertissement. Mademoiselle Augustine, restée seule, se leva, marcha péniblement vers une armoire d'attache pratiquée dans la boiserie, l'ouvrit, en tira un bonnet garni de superbe dentelle, et s'en coiflTa tant bien que mal.

— J'en suis arrivée à suivre les conseils des autres, dit-elle en haussant les épaules ; ah I comme |e vieillis ! comme je vieillis I

Puis, prêtant l'oreille :

— Ils viennent chez moi en premier lieu, ajoutât-elle avec un hochement de tête empreint de satisfaction : c'est pourtant Firmin qui est le véritable chef de la famille.

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Sur cette réflexion, elle reprit sft place sur la TieiUe chaise de paille, et elle y était à peine assise, que la porte s'ouyrit devant Tabbé Gabriel* Madame de Kerpeulvan, Nola, Oeorgina et Ounstan le suivaient.

Tous portaient le grand deuil.

La Jeune femme fiit solennellement présentée par madame de Kerpeulvan à mademoiselle Augustine» qui, en la regardant, se prit à regretter tout baut que les autres — papa, Auguste, Virginie, Joséphine, ~ ne fassent pas de ce monde pour admirer le charmant rameau greffé sur la vieille souche.

— Qaels sont vos derniers arrangements, mes en&ntst demanda ensuite mademoiselle Augustine, qui retombait bien vite sur le terrain pratique.

— Ceux dont je vous ai déjà parlé, ma tante, répondit madame de Kerpeulvan : Gunstan et Geor^ gina habitent Kertan, qui leur appartient, et je reste sur mon rocher.

— Ne sera-ce pas un peu sévère pour Nola ?

Madame de Kerpeulvan regarda sa fille et soupira

profondément.

— Je ne transformerai pas Kerpeulvan en prison, dit-elle. Quand Nola voudra déployer ses ailes» elle sera libre aussi.

L*abbé s*empressa de détourner le sujet de la con*

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versation, qui s'égara dans des régions tout à fait banales.

Cette simple visite de cérémonie fut courte, ainsi qu'elle devait l'être, et la famille !de Kerpeulvan, prenant congé de mademoiselle Augustine, se rendit chez les du Guilvin.

La vieille demoiselle reconduisit ses visiteurs jusqu'à lademière porte de communication ; mais, s'accrochant au bras de Tabbé Gabriel qui fermait la marche, elle le ramena dans son salon.

— Donnez-moi un instant, au nom du ciel, ditelle ; vous comprenez que je grille d'envie de savoir ce qui s'est passé. Allons, l'abbé, un peu de charité, reprenez votre fauteuil et causons. Armelle est stupéfiante, j'ai failli ne pas la reconnaître.

— Elle est bien changée, en eflTet.

— J'en suis confondue, l'abbé, confondue. Cet air, cette voix, ce regard! Est-ce bien là la lionne de Kertan? Dieu me pardonne! elle porte le deuil de madame Trahec, elle aussi !

— Certainement, nous le portons tous, comme c'est notre devoir.

— C'estadmirable, l'abbé, c'est miraculeux. Savezvous que, dans le pays, il n'a été question que de cette mort, de cet enterrement conduit par Armelle, de ce mariage? Voyons, qu'y a-t-il là-dessous? que ô'est-il passé ?

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— Dieu seul lit dans les cœurs, ma cousine, et seul il les transforme.

— AllonSf Je vois que vous ne voulez rien dire; donc restons-en là pour Ârmelle, et arrivons auz Jeunes. Savez-vous qu'elle est charmante, TAnglaîse de Gunstan? La pauvre Clotildef qui en tenait un peu pour son cousin, me l'avait bien dit. Clotilde aura une fortune ronde,mais il y a femme et femme, et la propriété de Eertan donne assez de fortune à Ounstan pour qu'il se marie à son gré. Cependant, comme on dit chez nous, quand le mari donne à dîner, il faut que la femme apporte à souper. La dot est-elle réelle ?

— Très réelle.

— Allons, tout est bien. Et Nola, qu'en ferezvous ? Auguste en rêve, vous savez ?

— Bien inutilement, Nola entre au couvent dans deux mois.

— Comment 1 la mère y consent?

— Puisqu'elle est convertie, ma cousine, elle en a fini avec toutes ses tyrannies.

— Les bras m'en tombent, je vous le dis : c'est miraculeux, Armelle va donc rester seule sur ce rocher de Kerpeulvan ?

— Elle n'est plus seule : elle a Dieu, ses enfants les pauvres, elle se fera une très belle vie, \ouu verrez.

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