‹ ArmideChapitre 3 sur 106 · bid., pp · texte numérisé non relu

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4. Le Barbier de Séville avait paru sur la scène de la Comédie-Française en février 1776.

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Mais ce n'était là qu’une escarmouche sans conséquence. La véritable guerre à coups de pamphlets et d'articles de journaux s’engagea au printemps de 1777, aprèsl'arrivée de Piccinni à Paris. Le pauvre maestro napolitain, besogneux, timoré, effaré au milieu de tant d'intrigues, dut se résigner à voir son nom servir d’enseigne à une conspiration dirigée contre le confrère dont il était le premier à reconnaître la supériorité‘. Ce fut Laharpe, maintenant enrôlé au service de la cause antigluckiste, qui donna le signal de l’attaque, en annonçant, dans le Journal de Politique et de Littérature du 5 mars 1777, la reprise d’Iphigénie en Aulide. Son article, très anodin en apparence, semblait se borner à transcrire quelques observations faites par le public, en général, au sujet de la musique de Gluck ; en réalité, la malveillance et la perfidie perçaient à chaque ligne*. Un critique musical des plus compétents, nouveau venu dans le camp gluckiste, Suard, connu depuis sous le nom de l’Anonyme de Vaugirard,assuma la facile besogne de réfuter les hérésies musicales du pédant fielleux, et entama avec lui une polémique qui se prolongea durant plusieurs mois. Un autre ennemi de Gluck, Marmontel, furieux de voir son opéra-ballet Céphale et Procris délaissé du public, alors que le lendemain Alceste attirait la foule, crut le moment venu d'intervenir dans le débat avec son autorité de membre de l’Académie française. Bien qu'il n’eût d’autres titres en matière de musique que d’avoir écrit quelques mauvais livrets, échappés aux sifflets grâce aux charmantes mélodies de Grétry, il se sentit appelé à enseigner aux musiciens les vrais principes de la composition théâtrale. Il écrivit son Æssai sur les révolutions en musique”, monument d'ineptie solennelle, de sottise outrecuidante, dont le contenu est défini ainsi plaisamment par un contemporain : « L'auteur me semble avoir eu pour objet de défendre les opéras que doit faire M. Piccinni contre les opéras qu'a faits M. Gluckf. » Parmi les partisans du réformateur l’Æssar ne fut pas pris au sérieux et ne provoqua guère que des réponses burlesques ou humoristiques 7.

Tel était l’état des choses lorsque arriva la première représentation d'Armide. Jusquelà les adversaires de Gluck avaient mené leur campagne avec une certaine courtoisie. A partir de ce moment, il n’en fut plus ainsi. Interprétant l'attitude assez hésitante des premiers spectateurs dans le sens de leurs désirs, ils s'imaginèrent que le colosse s’ébranlait et qu’il suffirait d'une vigoureuse poussée pour le jeter à terre. Dès lors, tout ménagement semblait hors de saison, et l’on vit se produire dans le camp antigluckiste un déchaînement sans pareil, une fureur de dénigrement qui tournait au délire. Rien n’égale l'insolence et la mauvaise foi du compte-rendu de la première, que Laharpe osa envoyer au Journal de Politique et de Littérature, bien que, de son propre aveu, il n'eût pas assisté à la représen-

1. Après la mort de Gluck, survenue le 17 novembre 1787, Piccinni proposa dans le Journal de Paris une souscription pour fonder un concert annuel à cette date, concert qui serait exclusivement composé de la musique du grand maître, « afin, disait Piccinni, de transmettre l'esprit et le caractère de ses compositions « aux siècles qui succéderont à celui qui a vu naître ses chefs-d'œuvre, et comme un modèle du style de la « musique dramatique, qu’il importe de retracer aux jeunes artistes qui se destinent à la musique théâtrale. » (Troplong, l'Armide de Gluck, p. 728.)

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