‹ Armorial de la noblesse de Languedoc, Généralité de MontpellierChapitre 6 sur 1049 · NOBLESSE MILITAIRE · texte numérisé non relu

NOBLESSE MILITAIRE

La noblesse est essentiellement militaire par son origine, et quoique l'art militaire ne soit pas le plus utile de tous les arts, la profession des armes a cependant été considérée de tout temps comme la plus noble, parce qu'elle commandait seule entre toutes une abnégation plus grande, un dévouement plus immédiat au pays et au prince; et les qualifications de chevalier et ftécuyer font voir que c'est au milieu des camps et des armes que la noblesse française a pris naissance ; c'est pour elle que les ordres de chevalerie et les décorations ont été créés.

« En Languedoc la principale fonction de la noblesse, dit Vaissette , consistait dans l'exercice des armes, qu'elle alliait comme les anciens Romains avec les fonctions judiciaires (2). »

Sans remonter à ces migrations guerrières qui portèrent, bien avant l'ère chrétienne , le nom et la gloire des Gaulois Tectosages dans la Germanie, la Pannonie , l'IUyrie, la Grèce et la Thrace (3), nous voyons cette noblesse toujours en armes, depuis les croisades jusqu'aux dernières luttes du fanatisme religieux au commencement du dix-huitième siècle.

En 1098, elle formait un tiers de cette armée de cent mille hommes composée de Goths, d'Aquitains et de Provençaux, qui prit une part si glorieuse à la première croisade, commandée par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, Guillaume de

(1) BoiXAmiLLIERS, État de la France, H, 513.

(2) Vaissbttf, Hist. ih iMnguedoc, II, SI 3.

(3) ld., ibid„ I, 591. 592.

lij ÎNTKODI'CTION HISTORIQUE.

Montpellier, Adhémar de Monteil, Eustache d'Agrain, Raimbaud d'Orange, Raymond Pelet et Guillaume d'Albret (1).

Quelques années plus tard , une nouvelle légion grossit les rangs des vainqueurs de Nicée et d'Ascalon , sous les ordres de Bernard Aton, vicomte d'Alby, d'Agde, de Béziers et de Nîmes; de Guillaume-Jourdain, comte de Cerdagne; de Guillaume, comte de Poitiers, duc d'Aquitaine et beau-frère de Raymond comte de Toulouse (2).

En d 109, plus de quatre mille chevaliers languedociens s'embarquent pour la terre sainte au port de Bouc , avec Bertrand, comte de Toulouse , fds de Raymond ; Raymond, comte de Melgueil et de Substantion, son cousin germain ; Bérenger de Fougères et Raymond de Castelnau (3). Bertrand avait laissé le gouvernement de Languedoc à son frère Alphonse-Jourdain qui le suivit bientôt à la tôte de ses vassaux en il 48 (4). Alphonse- Jourdain fut le quatrième comte de Toulouse qui mourut à la terre sainte, et de ces quatre, ajoute dom Vaissette, il fut le troisième qui, à l'exemple de Raymond et de Bertrand son frère, se croisa contre les infidèles. La maison de Toulouse eut aussi la gloire de donner, en la personne des comtes de Tripoli, plusieurs autres héros qui se rendirent également célèbres en Orient (5) .

Dans l'intervalle qui sépare la première de la seconde croisade, la noblesse de Béziers, de Nîmes, de Maguelonne et de toute la province, ralliée autour de Dalmace de Castries, de Raymond de Baux, de Bérenger de la Ycrune, du vicomte de Narbonne, et de Guillaume de Montpellier qui s'était distingué dans la première croisade , se signale dans la guerre contre les Maures et les Sarrasins, maîtres des îles Baléares d'où ils infestaient les côtes de la Méditerranée (<>).

(1) VaISBETTB, Hist. de Languedoc, II, 290, 29G, 301.

(2) Vaisskttk, ibid., 327, 335.

(3) Vaisskttk, ibid., 352.

(4) Vaisskttk, ibid., 451.

(5) Vaissettk, ibid., H, 454.

(G) Chronique de Pite, 151 . — - VaîssHTTE, 11,3*2-373.

INTRODUCTION IIISTORIQUK. liij

Au milieu du onzième siècle, la guerre d'Alphonse VIII, roi de Castille, entreprise contre les infidèles d'Espagne, partage la noblesse de la province entre cette expédition et celle de la terre sainte (<).

Le mariage d'Henri II, roi d'Angleterre, avec Eléonore de Guienne, répudiée par Louis le Jeune, avait fait revivre les prétentions de l'héritière des comtes de Poitiers sur le comté de Toulouse (2). En 1139, la noblesse de Languedoc, restée fidèle à ses princes et commandée par le roi Louis le Jeune, se jette dans Toulouse, et force Henri II et le comte de Barcelone son allié à lever le siège de cette ville. « Après y avoir dépensé des sommes immenses, s'être donné des mouvements infinis et y avoir perdu une partie de ses troupes et plusieurs seigneurs de marque, entre autres Guillaume, comte de Bologne , fils d'Etienne, roi d'Angleterre, et Aymon, fils du comte de (ilocester, Henri II se vit obligé de décamper tant à cause de la saison avancée que de la vigoureuse défense des assiégés (3). »

Le Rouergue faisait alors partie ' du comté de Toulouse; les Anglais, chassés du haut Languedoc, cherchent à envahir cette province. Les compagnons de Louis le Jeune et de Raymond de Toulouse, ralliés autour de Pierre, évêque de Rodez et du comte Hugues, surnommé le Père de la patrie, les repoussent uné seconde fois, 1164 (4) ; et disputent avec moins de succès, quelques années après (1 166), l'entrée de la Provence à Alphonse d'Aragon, qui prétendait en avoir reçu l'inféodation de l'empereur Frédéric II, à la mort de Raymond-Bérenger, son cousin germain (fi).

Ces guerres privées, qui n'étaient que le prélude des luttes terribles et cependant héroïques de la guerre des Albigeois, éprouvèrent un temps d'arrêt pendant la croisade de Philippe

(1) VAISSKTTK, Hist. du Languedoc, H, 441.

(2) Vaisskttk, II, ibid., 450, 483.

(3) 1 Vaisskttk, II, ibid., 484.

(4) Vaisskttk. Il, ibid., 505.

(5) Vaisskttk, III, ibid., 15.

liv INTRODUCTION HISTOlUQl'K.

Auguste. La noblesse de Languedoc prit part à cette expédition sous les ordres de Raymond-Roger, comte de Foix, d'Amaud- Raymond d'Aspel et de Pons, vicomte de Polignac (1).

Après la guerre des Albigeois, les expéditions de la terre sainte reprennent leur cours. Trencavel , vicomte de Béziers , et Olivier de Termes, « l'un des plus hardis hommes qu'oneques je cogneusse en terre sainte, » dit Joinville, suivaient l'étendard de saint Louis et de son frère Alphonse, en 1247, en 1252, eu 1270, avec un grand nombre de barons, de chevaliers et de bourgeois (2).

En 1318, nous retrouvons en Flandre, avec Philippe le Bel, la noblesse de Languedoc réunie sous le commandement du vicomte de Polignac , de Bertrand de la Rodde, du sire de Chalançon et du seigneur de Saint-Didier (3).

Depuis la réunion du comté de Toulouse à la couronne (1270) jusqu'à la fin du quatorzième siècle, la noblesse eut à supporter le poids de la guerre entre la France et l'Angleterre dans la Guienne, par le secours d'hommes et d'argent qu'elle ne cessa de fournir à nos rois (4).

En 1356, elle entoure le roi Jean dans cette fatale bataille de Poitiers qui ouvrit à la France un siècle de malheurs. Les plus grands noms de la chevalerie paraissent dans la nomenclature des morts et des captifs : l'histoire a gardé le souvenir de ceux du comte de Ventadour, du vicomte de Narbonne, et du seigneur de Montfrin, qui commandaient la noblesse languedocienne, et qui voulurent suivre le roi Jean dans sa captivité (5).

L'amour pour le prince succédant à la première douleur, on ne parla que de sa délivrance, et nos dames, dit l'historien de Mont-

(1) VaISSFTTF, Histoire de Languedoc, M, "9.

(2) Vaissbttk, ibid., III, 456, 458, 477, 510, 519.

(3) Vaissbttk, ibid., IV, 135.

(4) Vaissbttk, ibid., IV, Préface.

(5) IVAlGRKFRUILLE, Hht.de Montpellier, I, 144.

INTRODUCTION HISTORIQUE. W

peilier, voyant qu'on voulait établir une contribution générale, offrirent de leur chef leurs bagues et leurs bijoux pour grossir la somme qu'on devait y employer. Fous Blegeri , docteur es lois, et Etienne Rozier, bourgeois de la ville, furent députés de la communauté auprès du roi, qui leur donna des lettres patentes où il rend témoignage de la bonne affection de ses sujets de Montpellier.

La France entière était en armes et la sédition partout. Tandis que les états généraux convoqués à Paris par un roi de vingt ans, et gagnés par les intrigues secrètes du roi de Navarre, du duc d'Orléans et d'Étienne Marcel, voulaient gouverner sous son nom , en lui « baillant certains conseillers qui auroient puissance de tout faire et ordonner au royaume, r> les états de Languedoc s'assemblaient à Toulouse, et donnaient un meilleur exemple de liberté : ils ordonnaient une levée d'armes pour la délivrance du roi Jean, et votaient, une année après, le tiers de la rançon du roi de France. « C'était un contraste avec l'intrigue qui s'agitait dans les états généraux , et cette différence de patriotisme mérita d'être notée dans l'histoire (1). »

Cette manifestation isolée ne ramena pas le roi Jean dans son royaume; mais l'armée levée en 1360, et commandée par Bertrand d'Espagne, par le connétable du Guesclin, par le maréchal d'Andeneham, par Pierre de Voisins, délivra pour un temps le midi de la France des grandes compagnies, et chassa définitivement les Anglais du Languedoc (2).

«Charles Vil, dit Vaissette, fut en quelque manière redevable de la couronne, soit aux secours annuels, soit aux services que la noblesse et les autres milices de la province lui rendirent dans ses guerres, surtout en Guienne, d'où il eut le bonheur de chasser entièrement les Anglais. »

Avec Charles VII et l'établissement des armées permanentes, la noblesse illustrée par ces luttes héroïques, mais dont les

(1) LAURRNT1R, Histoire de France, III, 22.

(2) D'AlGRBFEUILLB, I, 150. — Dom Vaissbtte, I, 317, 320, 332, 339.

Ivj INTRODUCTION HISTORIQUE.

rangs s'éUiient cclaircis, et qui , selon l'expression pittoresque d'un historien moderne, « avait semé l'Europe et l'Asie de cadavres blasonnés, » perdit le privilège à peu près exclusif du service militaire qu'elle avait conservé jusqu'au milieu du quatorzième siècle.

« Il n'y eut plus obligation aux seigneurs et gentilshommes fieffés d'amener leurs vassaux à la guerre ; ils ne furent obligés, dit le P. Daniel, qu'à servir dans l'arrière-ban à peu près comme aujourd'hui (1). »

La réunion de la noblesse et des milices communales, qu'on désignait sous le nom de ban, arrière-ban, et chevauchée, formèrent alors une armée nationale, qui répondait à l'appel du roi ; elle était placée sous les ordres du connétable et des sénéchaux, prévôts et baillis.

Charles VII qui avait formé les premières troupes de cavalerie appelées gens d'armes, et compagnies d'ordonnance (1439), institua la première infanterie régulière (1445), en imposant à chaque paroisse l'équipement et l'entretien d'un archer qui prit le nom de franc-archer ; tous les paysans qui en faisaient partie étaient exempts d'impôts et devaient répondre au premier appel. « Leurs descendants, par une suite et une conséquence des privilèges attribués à la profession des armes, se sont prétendus nobles et ont formé la noblesse archère (2). »

L'esprit militaire ne pouvait se former et s'entretenir dans cet isolement; Louis XI supprima les francs-archers, et les remplaça par les archers écossais de la garde du roi, qui formèrent les premiers gardes du corps, et par les compagnies suisses, qui servirent de modèle à notre infanterie.

Au commencement de nos guerres d'Italie , le service mili-

(1) P. DANIEL, Hist. des milices françaises.

(2) CnÉRl?f, Abrégé chronologique. Depuis le règne de Philippe III , les milices communales servaient dans l'infanterie; elles étaient placées sous les ordres des gentilshommes qui combattaient à cheval.

C'est à l'organisation des francs-archers que nous devons le renouvellement des jeux de l'arquebuse, si populaires dans le midi de la France au XV» siècle.

INTRODUCTION HISTORIQl K. lvij

taire de France était fait par le ban de la noblesse (i), qui servait dans les gendarmes, les chevau-légers, les dragons, les carabins et les gardes du roi ; par les compagnies mercenaires venues de Suisse; par les reîtres ou lansquenets [land-knecht , défenseur du pays), venus d'Allemagne; et par les légions provinciales instituées par François Ier en 1534.

Les légions provinciales formaient sept corps de six mille hommes chacun , fournis par les provinces de Bretagne , de Normandie, de Picardie , de Bourgogne , de Champagne %l de Nivernais, de Dauphiné, Provence et Lyonnais, de Languedoc et de Guienne. Chaque légion était composée d'un colonel et de six capitaines qui commandaient chacun mille hommes, et avaient sous leurs ordres des lieutenants et des sergents d'armes (2).

Plus tard, ces légions provinciales furent transformées en régiments d'infanterie et de cavalerie, qui prirent le nom de la province où ils se recrutaient de préférence. Le commandement en était réservé à la noblesse du pays (3).

L'histoire militaire de la noblesse de Languedoc, comme celle des autres provinces, se confond, à partir du seizième siècle, avec celle des légions provinciales. Nobles et bourgeois , nous les voyons groupés autour du maréchal d'Annebaut et du sire de Montpezat en 1541, pour la conquête du Roussillon (4) ; autour

(1) Le ban et l'arrière-ban de la noblesse de Languedoc fut convoque en 1 125 contre le roi d'Angleterre; en 1411 contre le duc de Bourgogne; 1488 contre les prince ligués pour la guerre du Bien public ; 1530 contre l'empereur Charles V; 1544 pour la guerre d'Espagne ; 1584 pour la guerre de Foix; 1585-1591 contre la Ligue; 1590 pour la Ligue ; pour la guerre et conquête du Milanais ; pour la guerre de Navarre ; pour servir en Provence ; contre les religionnaircs ; pour la guerre et conquête du Roussillon. ( V. Dom Vaisskttk, Hist. de Languedoc, t. V. ) On trouvera dans nos Pièces justificatives le ban de 1689 que nous devons à l'obligeante communication de M. l'abbé Adrien de la Roque , chanoine à Autun.

(2) Vaisskttk, Hist. de Languedoc, V. 139.

(3) Le comte d'Aubijoux fut colonel des légionnaires de la province pendant quarante-six ans, 15G0-1606, et après lui les milices languedociennes furent commandées par le duc de Montmorency. (V. Dom Vaisskttk, V, 499, 513.)

(4) Vaisskttk, V, 151.

hiij INTHODICTION HISTORIQUE.

da vicomte do Joyeuse, des comtes de Clermout et d'Aubijoux, pour protéger nos frontières méridionales contre les Espagnols en 1561 (1); et partagés pendant nos guerres de religion entre les lieutenants du roi, Joyeuse, Villars, Crussol, Montmorency, et les chefs politiques des religionnaires, qui obéissaient aux ordres du prince de Condé, de l'amiral de Coligny, des ducs de Biron et de Rohan.

Pendant plus d'un siècle la guerre civile fit couler en Languedoc plus de ruisseaux de sang que dans tout le reste du royaume; luttes stériles qui couvrirent notre malheureux pays de ruines et de deuil, autorisèrent des représailles terribles, des punitions exemplaires, surtout à l'égard de la noblesse, dont la majeure partie se vit privée de ses biens , et, qui préparèrent ainsi le despotisme de Richelieu et la dictature militaire de Louis XIV.

Dans ses cahiers présentés aux états généraux de 1 61 4, la noblesse de Languedoc accusait déjà l'étendue de ses pertes.

« Lorsqu'il écherra de confiscation des biens nobles qui relèveront du roi, la moitié des biens sera conservée aux enfants, si ce n'est aux crimes de lèse-majesté...

« Qu'il plaise au roi accorder à la noblesse le rachat de ses biens vendus depuis quarante aimées, en remboursant les acquéreurs du prix de leur acquisition, des frais et loyaux coûts et réparations nécessaires qu'ils y auroient faites...

«Qu'attendu la perte que les gentilshommes ont faite de leurs titres pendant les troubles, ils soient maintenus en la jouissance des droits desquels ils feront apparoir jouissance devant les juges, de quarante années sans interruption (2). »

La seule révolte de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, occasionna la ruine de plus de cent familles de la principale no-

(1) VaISSBTTB, Histoire de Languedoc, V, 2Ï1.

(2) Extraits des cahiers présentés par les députés de la noblesse de Languedoc : Gornosson, de Budos, Chamhault, de Gouvernet, Poulignac, Mufles de Precor, Sainf- Andrê, de la Jugie, comte de Rleux, Ferrais, Marc-Antoine de Saint-Rome, Cas t aignac. (Vàimette, V, Pr. 3C8.)

INTRODUCTION H1STORIQI K. lix

blesse. Le roi, qui était à Montpellier en 1632, ordonna la démolition d'un grand nombre de places dans le bas Languedoc; de ce nombre furent les châteaux ou citadelles de Beaucaire, de Pézénas, de Brescou, de Bézicrs, de Cette , de Lunel, et autres dans les Cévenncs, dans le Vivarais, dans le Gévaudan et dans le Velay, où M. de Machault, maître des requêtes, assisté du marquis de Tavannes, maréchal de camp, firent de grandes exécutions.

« Les terres de ceux qui en souffrirent le plus furent celles du comte de Bieules, du comte de Rieux, tué à la journée de Castelnaudary ; de Saint-Amant, gendre du marquis de Malauzé ; du Luc, autrement Saint-Geniez, ci-devant gouverneur de Narbonue ; de Marsillac , lieutenant des gendarmes du duc de Ventadour; d'Alzau, retiré en Espagne ; du baron de Lehan en Foix ; du Cros; de Chantereuges ; de Saint-Laurent; de Condres ; du vicomte de Chailard ; de Saint-Amans ; de la Roque de (Jasques, et de Saint-Haon. On mit garnison dans le château de Peyrc en attendant des ordres plus précis du roi. Ceux qui n'avaient point de maison furent suppliciés en effigie et leurs biens confisqués. L'entrée des états fut interdite à ceux des barons qui en avaient abusé et leur baronie donnée à d'autres ; les officiers de judicature perdirent leur charge, et M. de Machault se rendit si célèbre dans la province qu'il y conserva le surnom de coupe-tête (1). » Le seigneur de Peraut, qui était dans la révolte avec son frère l'évoque d'Uzès, perdit la charge de sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, dont il avait été gratifié deux ans auparavant ; Jacques de Restinclières, de la maison de Bermond- Thoiras, qui était également dans la révolte avec sou frère Claude de Thoiras, évêque de Nîmes, fut remplacé dans la charge de sénéchal de Montpellier par le marquis de Fossez (2).

Quoique, depuis cette époque, notre province semble traitée en pays conquis, et que les emplois les plus distingués de la mai-

(1) D'AlGREFBL'ILLB, Nist. de Montpellier, I, 400.

(2) b'AlGRKFBUlLLE, ibid., 399.

Ix INTRODUCTION IllSTOI.IQl K.

son du roi soient donnés aux gentilshommes attachés à la cour de Versailles, ou nés dans le centre et le nord de la France, cette injustice ne découragea pas la noblesse de Languedoc , et nous la retrouvons, avec son courage et sa bravoure ordinaires (1), au siège de Leucate en \ 637 contre les Espagnols, commandée par le duc d'Halwin, qui fut fait maréchal de France à trente et un ans, au titre de maréchal de Schombcrg. « Mon cousin, lui écrivait Louis XIII à cette occasion, vous avez su vous servir si à propos de votre épée que je vous envoie un bâton, afin qu'une autre fois vous ayez à choisir les armes dont vous voudrez vous servir contre mes ennemis (2). »

Quelques années plus tard, elle se couvrit de gloire au siège de Perpignan avec le maréchal de Schomberg et le maréchal de la Meilleraye en 1642; à Girone avec les deux Cambis 1653; au siège de Salces et de Saint-Jean de Pagez 1674, sur les frontières du Roussillon, avec l'autre maréchal de Schomberg, de la maison de Clèves, et le marquis de Castries qui commandait les milices de Languedoc (3) ; au siège de Mayence pendant la guerre du Palatinat en 1689, avec le marquis de Castries; en Catalogne avec le maréchal de Noailles 1694; au siège de Barcelone 1714, avec le duc de Berwick qui venait de chasser les miquelets et les Catalans du Roussillon (4); et plus tard encore, en 1759, avec le marquis de Montcalm, le marquis de Vaudreuil et le chevalier de Lévis, sous les murs de Québec (5). Cette même année le Languedoc comptait deux maréchaux de France, plus de vingt lieutenants généraux, et autant de maréchaux de camp en activité de service (6). Pendant les guerres du règne de Louis XV, sur le Rhin et en Allemagne, à Rosbach, à Lawfeld, à Raucoux, à Fontenoy, des familles entières sorties de cette province ont glorieusement et à la môme heure terminé leurs desti-

(1) Mcm. de Basville, 124.

(2) D'Aigre FEUILLE, Hist. de Montpellier, I, 405.

(3) D'AlGREFEUlLLE, ibid., 408, 440.

(4) D'Aigbefeuille, ibid., 516-518.

(5) État militaire de la France, 1700, 245. (G) État militaire de la France, 1760.

INTRODUCTION HISTORIQUE. Uj

n/«es sur le champ de bataille. Quatre aimées avant la révolution, la généralité de Toulouse pouvait revendiquer à elle seule deux cent quatre-vingt-dix-sept officiers, soit en activité ou en retraite, et dans le nombre plusieurs lieutenants généraux, maréchaux de camp, brigadiers, colonels et lieutenants-colonels. C'était plus que n'en ont fourni les guerres de l'empire, en ce temps où la nation ne formait pour ainsi dire qu'une armée (1).

Henri III, par un édit de 1383, avait décidé que « dix années consécutives de services militaires suffisaient pour faire jouir les non nobles , des exemptions réservées aux nobles. » Mais cela ne devait s'entendre que de l'exemption des tailles, privilège conservé de tout temps aux capitaines qui n'avaient ni le titre d'écuyer, ni l'exemption du droit de franc-fief.

Par son édit de \ 600, Henri IV déclara « que la licence et la corruption des temps ont été cause que plusieurs, sous prétexte qu'ils ont porté les armes durant les troubles, ont usurpé le nom de gentilhomme pour s'exempter induement de la contribution des tailles, » et leur lit défense « de prendre le titre d'écuyer et de s'insinuer au corps de la noblesse, sinon entre autres à ceux qui sont issus d'aïeul et père qui ont fait profession d'armes. » Trois générations de services militaires y compris celle de Vinquicté, qui donnaient une possession d'état de noblesse de cent années, conféraient la noblesse à celui qui avait vingt années de services personnels (2). Ces principes furent consacrés par divers arrêts, et notamment, lors de la recherche des usurpateurs de noblesse, par deux jugements des commissaires au profit des descendants de deux capitaines (3).

La noblesse militaire reçut son organisation régulière et définitive sous Louis XV, qui, par son édit de 1750, exigea trois degrés au lieu de deux, trente ans de services et l'obtention de la croix de Saint-Louis pendant trois générations, pour conférer la noblesse transmissible.

(1) Du .MéGK, Hist. des Institut, de la ville de Toulouse, I, 215.

(2) LoiSBAU, Traité des Ordres, 48, 49.

(3) RkllkCI'ISK» Traité de In Noblesse. — I.A ROQCF, 404, 1731.

Kij introduction' historique.

« L'intention de Sa Majesté, disait l'ordonnance interprétative de 1752, a été que la profession des armes pût anoblir de droit à l'avenir ceux des officiers qui auroient rempli les conditions qui y sont prescrites, sans qu'ils eussent besoin de recourir aux formalités des lettres particulières d'anoblissement. Elle a cru devoir épargner à des officiers parvenus aux premiers grades de la guerre et qui ont toujours vécu avec distinction, les peines d'avouer un défaut de naissance souvent ignoré ; et il lui a paru juste que les services de plusieurs générations dans une profession aussi noble que celle des armes pussent par eux-mêmes conférer la noblesse. »

Les officiers généraux acquéraient la noblesse pour eux et leurs descendants en légitime mariage, du jour de leur brevet de maréchal de camp. Les autres officiers, en descendant jusqu'au grade de capitaine , devaient fournir la preuve de trois générations de services militaires, par la représentation des commissions et des brevets de l'ordre de Saint-Louis, et obtenir des lettres d'approbation de service (1). Beaucoup de familles n'avaient pas d'autres titres pour figurer dans les assemblées de la noblesse en 1789.

La faveur de nos rois pour la noblesse militaire ne s'arrêta pas là. Le grade d'officier dans l'armée de terre, ou celui d'aspirant garde de la marine, était conféré aux gentilshommes qui pouvaient fournir la preuve de quatre degrés de noblesse paternelle devant les généalogistes du roi ; des écoles furent ouvertes aux jeunes gentilshommes, fils d'officiers qui avaient péri au service, ou qui n'avaient pas de ressources suffisantes pour assurer l'avenir de leurs enfants: Y École royale militaire; Y École de Brieime, Y École de la Flèche; le Collège des Quatre-Nations ; les Compagnies de cadets-gentilshommes; Y École de Saumur; avec des succursales ou écoles préparatoires dans les collèges de province, tels qu'à Auxerre, Beaumont, Dole , Effiat , Pont-à- Mousson, Sorrèze, Tournon, Vendôme, etc. Les filles d'officiers

(I) Coih de la Noblesse française, 44, 47, 1858, Paris, Dcntu.

INTRODUCTION HISTORIQUE. Ixiij

qui avaient fait leurs preuves étaient élevées à la maison de Sainl-Cyr, à la maison royale de l Enfant-Jésus et dans des maisons particulières fondées à Rennes, à Lyon, à Nancy, etc.

Sous l'empire, il n'existait pas à proprement parler de noblesse militaire ; les grands dignitaires seuls , parmi lesquels on comptait le grand connétable, le grand amiral et le vice-connétable, portaient, en vertu de leurs fonctions, le titre de prince et d'altesse sérénissime, et leurs fils celui de duc, comte et baron, après institution de majorât. Le titre de chevalier était commun à tous les membres de la Légion d'honneur, militaires ou non, et pouvait se transmettre à la descendance après institution de majorât d'un revenu de 3,000 fr.

L'art. 13 du décret du i" mars 1808, qui accordait des titres personnels à la plupart des fonctionnaires de l'ordre civil , avait réservé à l'empereur le droit d'accorder les titres qu'il jugerait convenables « aux généraux et officiers militaires qui se distingueraient par les services rendus à l'État. »

La maison de Saint-Denis et les succursales d'Ecouen et de Saint-Germain donnent aujourd'hui l'éducation gratuite à plus de neuf cents filles des membres de la Légion d'honneur sans fortune.

L'école de la Flèche est une école préparatoire pour les fils d'officiers sans fortune ou morts sur le champ de bataille.

Le gouvernement actuel n'a encore usé de sa prérogative souveraine d'anoblissement que pour consacrer le souvenir des deux plus beaux faits d'armes des deux dernières guerres : la prise de la tour Malakoff et la bataille de Magenta.

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