LÉANS
Il commença de servir fort jeune sous le nom de chevalier de Thorigny ; fut fait capitaine de cavalerie au régiment de Longue ville en 1667, au siège de Lille ; fit la campagne de 166S en Hollande et suivit le duc de la Feuillade à Candie, où il fut grièvement blessé ; il se trouva aux combats de Sintzheim et de Turkheim, à la bataille de Trêves, assista auxjsiéges de Condé, de Bouchain et de Luxembourg, et partout il se fit remarquer par sa valeur. Enfin en 1708 on le chargea de l'expédition qui devait assurer la descente du prétendant en Ecosse. Cette expédition n'eut aucun succès, n Tout le fruit de l'entreprise a fut perdu, dit Voltaire. Il n'y eut 0 que Matignon qui y gagna : ayant « ouvert les ordres de la Cour en « mer, il y vit les provisions de maré- ^ chai de France : récompense de ce « qu'il voulut et qu'il ne put faire. » Ce maréchal, chose assez rare chez 'un militaire, aimait passionnément la
lecture, et se plaisait en la société des savants et des lettrés.
MATIGNON ( Jacques-François-Léonor de Goyon, sire de), comte de Thorigny et duc de Valentinois. Il naquit à Thorigny en Normandie, le 22 novembre 1689, et mourut à Paris le 23 avril 175 1.
Colonel d'infanterie à l'âge de i3 ans, puis mestre de camp du régiment Royal-Etranger cavalerie eni7io,àla tête duquel il servit en Flandre dans les campagnes de 171 1 et 1712 ; se . trouva aux sièges de Douai, du Quesnoy et de Bouchain ; en Allemagne 1713, aux sièges de Landau et de Fribourg; en Espagne,sous les ordres du maréchal duc de Berwick. Ensuite il fut pourvu en 1713, par la démission de son père, de la charge de lieutenant général de la province de Normandie.
En faveur de son mariage avec la duchesse de Valentinois, Louis XIV lui accorda un brevet à Marly, le 24 juillet 171S, portant nouvelle érection du duché de Valentinois en pairie.
Enfin il fut reçu pair de France le 1 4 décembre de la même année.
Avant son mariage il portait :
Après son mariage avec loaise-ffippolyte Grimaldi (1), duchesse de Valentinois, il ajouta sur le tout l'écu des Grimaldi
Comme ci- dessus.
qui est : fuselé d'argent et de gueules.
MAUPEOU (René-Charlesde), chancelier de France, né à Paris en i6687 mort en 1775, à l'âge de 87 ans.
D'argent, au porc-épic de sable.
Maupeon fut d'abord conseiller au Parlement, maître des requêtes, puis président à mortier, premier président, ensuite chancelier de France le i5 septembre 1768, sur la démission de Lamoignon.
(t) Nëc le to novembre 1697, morte à Monaco, de la peûte vérole, le »ç »ept. 1731.
Les livres à sa marque sont très-frévjuents. La Bibliothèqi^ Nationale en recèle un grand nombre.
Catalogue des livres de la bibliothèque de feu Mgr 4e chancelier (Maupeou)... — Paris, Musier Jils, 1775, in-8
MAZARIN (le cardinal] Jules, ministre d'État, né à Pescina, dans l'Abruzze, le 14 juillet 1602, mort à Vincennes le 9 mars 1661.
MazarinI Laquais parvenu»
Par goût ou par ostentation, ce mitrophore avait rassemblédans son palais les plus splendides produits de l'art et des lettres.
On sait ce que tout cela nous a coûté.
Un jour il réalisa la pensée de Richelieu ou plutôt celle de de Thou ( 1 ) : il mit sa bibliothèque à la disposition du public.
11 est vrai qu'il nous rendait en quelque sorte notre bien, mais il y en a tant qui le gardent, et sans vergogne.
Le conseiller et le... ministred'Anne d'Autriche posséda successivement deux collections délivres : Tune, vendue en i652 par ordre du Parlement; l'autre, qui forme encore aujourd'hui le fond de la bibliothèque Mazarine.
La première eut pour base celle de Jean Descordes (2) , chanoine de Limoges, qui avait été commencée par le savant Simèon Dubois, en latin Bosiusj lieutenant général de la sénéchaussée de la même ville.
Les. richesses bibliographiques de Descordes furent acquises par Mazarin au prix de vingt-deux mille livres,
( 1) Voy. ci-après Richelieu et de Thou- (2) V. ptus haut ce 00m
T. Il
soit cent dix mille francs de notre monnaie actuelle ; et, d'après Naudé, qui en dressa la catalogue, elles renfermaient près de six mille volumes.
Par suite d'augmentations subséquentes habilement dirigées, la bibliothèque du cardinal, en 1643, était regardée, selon le P. Jacob (1), « pour Tune des plus accomplies de l'Europe ».# On y comptait alors douze mille volumes imprimés et quatre cents manuscrits in-folio a couuerts de maroquins incarnat avec des filets d'or (2) ». Parmi ces manuscrits figurait la fameuse collection Loménie (3), conservéeaujourd'huidansnotre grand dépôt national.
A cette époque Mazarin commença l'exécution du dessein qu'il avait formé de livrer sa bibliothèque aux travailleurs. Quelques historiens ne font remonter l'origine de sa publicité qu'en 1 69 1, d'autres en 1 648 ; mais M. Franklin (4) a établi d'une manière incontestable, pièces à l'appui, que c'est définitivement en 1 643 qu'il faut fixer la date de l'initiative du cardinal.
Remarquons qu'il n'y avait alors dans toute l'Europe que trois établissements de ce genre dans lesquels le public était admis. C'était la bibliothèque Ambrosïenne, fondée à Milan en 1608 par le cardinal Borromée; celle de Bodley, à Oxford, en 161 2, et celle dite bibliothèque Angélique, ouverte à Rome, en 1620, par Angelino Rocca.
La Bibliothèque du Roi, établie rue de la Harpe, renfermant à peine dix mille volumes, gardait ses richesses
(1) Traicté des plus belles biblioth.
(a) Ibid.
(3) Voy. plus haut ce nom.
(4) Hist. de la biblioth, Mazarine. Travail i intéressant et savant.
comme un avare son or; et ce fut seulement en i652 que celle de l'abbaye de Saint-Victor communiqua librement les siennes.
Le règlement de la bibliothèque de Mazarin, rédigé par Naudé, reposait sur de larges bases; et, il nous faut bien l'avouer, on y sent un certain souffle démocratiqueque nous sommes heureux de constater pour l'édification de nos contemporains, « Elle sera, dit ce règlement, ouuerte pour tout le
MONDE SANS EXCEPTER AME VIVANTE, de-
puis les huict heures du matin iusques à vnze, et depuis deux iusques à cinq du soir ; il y aura aussi des chaires pour ceux qui ne voudront que lire, et des tables garnies de plumes, encre et papier pour ceux qui voudront escrire ; et le bibliothécaire auec ses seruiteurs seront obligez de donner aux estudians tous les liures qu'ils pourront demander, en telle langue ou science que ce soit, et de les reprendre et remettre en leurs places, quant ils en auront fait, en leur baillant les autres dont ils auront besoin (i). x»
Cette bibliothèque ainsi constituée ne répondait pas encore à l'ambition de Mazarin. Il y avait là de grands vides qu'il désirait combler. Dans ce but, à l'exemple de Richelieu (2), il envoya chercher à l'étranger ce qu'il ne pouvait trouver chez nous. Naudé fut investi de cette mission. Nul mieux que lui n'était capable de s'en acquitter avec plus de soins et de discernement.
Il visita d'abord la Flandre , puis l'Italie, et de ces deux contrées rapporta, tant en manuscrits qu'en imprimés, quatorze mille volumes environ.
(1) Naudé, Mascurat.
{%) Voy. plus loin ce nom.
Il repart ensuite pour l'Allemagne, fouille» avec qptte double vue du chercheur passionné, les collections publiques et particulières ; écréme les plus célèbres librairies d'outre-Rhin; enlève ce qui reste de plus précieux dans la fameuse bibliothèque de Philisbourg ; revient par Lyon, où il visite le maréchal de Villeroi, qui, à toutes ces .moissons de livres « en courant amassées », ajoute encore une grande quantité de volumes provenant de la collection du cardinal de Tournon (1).
Pendant douze années consécutives, Naudé, ce «grand ramassier(a)», parcourut les principales villes de l'Europe recueillant tout ce qu'il pouvait rencontrer de rare et de précieux.
Dans l'accomplissement de sa mission bibliographique, Naudé mettait tant d'ardeur, qu'il avait plutôt l'air d'un marchand rapace que d'uq amateur éclairé. Il achetait à la toise et sans se soucier de la qualité : aussi les librairies où il avait passé a semblaient-elles avoir été dévastées par un ouragan (3)».
On le conçoit facilement, avec un homme aussi actif et aussi connaisseur que Naudé, et qui du reste, grâce à la haute influence de son patron, ne reculait devant aucune difficulté pour s'approprier les ouvrages qu'il convoi-
(1) Hàxmt^Mascurat.
(2) La Rymaille des bibliotières.
(3) Sous le nom de Janus Nicius Erythrssus, dans une lettre datée de Rome en 1645 et adressée ad Thyrrenumt c'est-à-dire à Fabio Chigi, alors nonce à Cologne, Victor- Jean Rossi écrit : c Hoc vero an no, tanta vi ac contention e aoimi, suum hoc studium in Italiam invexit (Naudœus), ut non hominis unius sedulitas sed calamités qustdam per omnVs bibliopolarum tabernas pervasisse vîdeatur. 1 Voy. Epistolœ ad diverses ; Colonise, 1645 et 1649, 2 vol.in-18.
ARMORIAI. DU BIBLIOPHILE.
tait, la bibliothèque de Mazarin s'accrut rapidement et dans des proportions fabuleuses. En 1647, elle passait à bon droit pour la plus belle de l'Europe, et Naudé, dans son naïf enthousiasme, n'hésite pas a la proclamer la «huictièmemerveillederUnivers(i)«.
. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au dire de Lemaire (2) elle fît l'admiration des rois d'Angleterre et de Danemark, qui témoignèrent en la voyant le désir d'en posséder chacun une semblable.
A ce moment elle renfermait plus de quarante-cinq mille volumes, dont douze mille in-folio. Là, suivant le Songe burlesque de Polichinel,
Liures tant rares que vulgaires Dont chascun Jusqu'aux çlus coquins Reueitud'un beau marroquin, D'vnc rauissante raaniire Se tenoit à sa chascunière Selon le rang où les mettoit Celur qui nous les achetoir.
Si riche de son propre fonds, cette collection était en 'outre relevée par la magnificence' des reliures et la beauté des éditions. Mazarin ne confiait l'habillement de ses livres qu'à des artistes éprouvés, qu'il entretint constamment au nombre de douze auprès de lui de 1643 à 1647 {3). Les plus habiles d'entre eux furent Petit et Saulnier. Cependant, en voyant ces reliures si coquettes et si gracieuses en maroquin rouge à pointillé avec compartiments à petits fers, qui font les délices des amateurs, nous ne serions pas étonné d'apprendre que Le Gascon, le maître par excellence, eût travaillé pour lui.
Les volumes reliés par ses artistes à
(1) Naudé, Aduis à Noss. du Parlement.
(1) Paris ancien et moderne, I. II.
13) Ed. Fourhikb, Hist. de ta rti. en
France.
gages portaient tous ses armes frappées sur les plats, et le maroquin rouge était leur couverture sacramentelle. Les fers varient quelquefois, non dans le fond de l'écu, mais dans le nombre et la disposition particulière des ornements extérieurs. En voici d'abord deux : l'un
D'azur, à un faisceau d'or, lié d'argent, du milieu duquel s'élève une hache consulaire de même; à la/asce de gueules, seulement chargée de trois étoiles dor.
timbré seulement du chapeau de cardinal, j
portant en plus la couronne ducale.
Avec ces armes vient toujours, aux angles des volumes, ce chiffre
ARMORIAI BU BIBLIOPHILE.
sévères de l'héraldique. Le modèle suivant.
soutenu d'un double rinceau, formé des lettres C. J. M. (cardinal Jules Mazarin),
ou bien cet autre
compose seulement des lettres J. M.
On trouve encore l'écusson de Mazarin sur des exemplaires de dédicace, que l.'s auteurs, dans un but intéressé, lui adressaient en les faisant richement orner. Là souvent elles affectent une 'orme un peu en dehors des habitudes
d'origine julienne, nous montre à peu près ce que doivent être les autres de ce genre.
Parfois elles sont entourées de légendes pompeuses.
Cet exemple
donnea: une idée de l'imaginative d
courtisans en ces sortes d'occasions.
A une semblable bibliothèque il fallait un local digne d'elle.
En 1640, Mazarin acheta l'hôtel Tubeuf (1), alors situé à l'angle de la rue Vivienne et de la rue Neuve-des- Petits-Champs. Tubeuf avait réuni à son hôtel (2) celui de Duret de Chevri (3) qui lui était contigu et qui occupait le coin formé par les rues Neuve-des-Petits-Champs et Richelieu (4).
C'est laque, dès l'origine, Mazarin résolut d'établir la plus somptueuse collection bibliographique qui se fût jamais vue en France et même à l'étranger.
Pour approprier ces deux hôtels à la destination qu'il leur réservait, il appela toutes les ressources de l'art.
L'architecte François Mansard éleva le monument^ et les peintres Romanelli et Grimaldi vinrent tout exprès de Rome pour le décorer. C'est là enfin que huit ans plus tard, avec la satisfaction bien légitime de l'homme qui a réussi dans son entreprise, il put voir son rêve réalisé !
Pour porter aux « races futures » la pensée qui l'anima, Mazarin voulait en quelque sorte mettre un sceau sur le front de l'édifice par l'inscription suivante qu'il avait fait graver en
(1) Jacques Tubeuf, président à la Chambre des comptes de Paris et intendant des finances d'Anne d'Autriche, mort en 1669.
(2) Bftti vers i633 par Pierre le Muet.
(3) Charles Duret de Chevri, bibliophile distingué. Voir son nom, plus haut.
(4) Ces deux hôtels, reconstruits en partie et aménagés avec ce goût qui distingue les architectes de notre époque, constituent aujourd'hui les informes bâtiments de la Bibliothèque Nationale.
lettres d'or sur une plaque de marbre noir(i): .
lvdovico xiy
Féliciter imperante, ANNA AVSTRIACA
CASTRORVM MATRE (2) AVGVSTISSIMA REGNVM SAP1ENTER MODERANTE ,
Jvlivs S. R. £. Cardinalts Mazarinvs Vtriqve consiuorvm minister
accept1ssimvs
B1BLIOTHECAM HANC
Omnivm lingvarvm, artivm,
scientiarum
LlBRIS INSTRUCTISSIMAM Vrbis SPLENDORI,
Galliarvm ornamento ,
dlsciplinarvm incremento
lvbens volens
pvblice patere volvit
Crnsv perpetvo dotavit
Posteritati commendavit