‹ Armorial du BibliophileChapitre 82 sur 97 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

Lors du mariage de Loufs XIV, Mazarin donna une fête à toute la cour.

Les invités, avant de se mettre à table, visitèrent la bibliothèque, comme nous l'apprend la Muse royale, dans son numéro du 7 septembre 1 660 :

Toute cette royale troupe Qui traîne la fortune en croupe Et qui fait la figue au destin, Auantce somptueux festin Visita la bibliothèque Où sont, outre la langue grèque, Tous les idiomes diuers Qui se, parlent dans l' Vniuers En un nombre infini de liures Valans des milions de liures, Biens curieux et bien scauans, Tant d'illustres morts, que viuans, Disposés en vn fort bel ordre, Ordre où certes on ne peut mordre, Par vn homme (1) très-intelligent Et mêmement très-diligent A rassembler là les volumes Seulement des capables plumes :

Car là, les ignares, vraiment, N'ont place n'y rang nullement.

Le 1 1 septembre, Loret, en parlant de la même lête, nous montre encore ce qu'était alors la bibliothèque de Mazarin. Chacun se presse pour admirer les merveilles accumulées dans le palais du cardinal,

Mais, surtout, la bibliothèque Contenant maint œuure à la grèque, Et des rangs de liures nombreux Persans, latins, chinois, hébreux, Turcs, anglois, allemans, cosaques, Hurons, if oquois, siriaques, Brefs tant de volumes diuers D'auteurs tant en proze qu'en verf , Qu'on peut, sans passer pour profane, Alléguer que la Vaticane N'a point tant de liures de prix, Ny tant de rares manuscrits.

(t) La Potterie, bibliothécaire. Dans une lettre à Spon du 9 juin 1654, Guy-Patin en fait un portrait peu flatté.

io6

AHMORIAL DU BIBLIOPHILE.

Mazarin ne survécut qu'une année à cette espèce de restauration. Par une disposition testamentaire, il voulut que toute sa bibliothèque fût jointe au collège des Quatre-Nations, qu'il avait fondé et qui devait être destiné à recevoir des écoliers nés dans les quatre provinces réunies à la France sous son ministère. Pour la construction de ce collège, il affecta une somme de deux millions ; plus, soixante et dix mille liv. de rente annuelle (i). Les bâtiments élevés à cet effet, sur l'emplacement de la Tour de Nesle, d'après les dessins de Levau, servent' actuellement à la bibliothèque dite Mazarine et à l'Institut.

MAZARIN (Michel), frère du précédent, né en 1607, mort à Rome le i<r septembre 1648. On l'inhuma dans l'église des Dominicains de la Minerve. Il avait été successivement général de l'ordre de Saint-Dominique, archevêque d'Aîx et cardinal du titre de Sainte-Cécile, le 7 octobre 1647. Enfin il succéda à Louis de Bourbon, prince deCondé, comme vice-ro; de C-ttalo^ne.

(t) Franklin, HUt. de la biblioth. Maja-

MAZARIN (Armand-Charles de la Porte, duc de la Meilleraye et de), pair de France et grand maître d'artillerie.

Par suite de son mariage avec Hortense Mancini, nièce de Mazarin, le cardinal l'institua son héritier universel, à la charge par lui de porter les armes pleines de Mazarin et de substitution graduelle et perpétuelle.

Il mourut en son château de la Meilleraye (Vendée), le 9 novembre 171 3, âgé de près de 82 ans.

L'époux de la belle mais infidèle Hortense chercha et trouva dans les charmes délicats de la bibliophilie l'oubli de ces vanités que lui refusaient son caractère et son tempérament.

Délaissé par sa jeune femme, les livres lui restèrent. Déjà son père, le duc de la Meilleraye Charles de la Porte, — voyez ce nom, — lui avait laissé quelques volumes, qui se reconnaissent par le croissant symbolique chargé d'hermines.

A ce premier fonds, Armand ajouta ce qu'il possédait en propre, et successivement sa collection s'augmenta, au point que de son temps elle passait pour l'une des plus nombreuses et même des mieux choisies.

On y voyait toutes les éditions classiques connues sous le nom de varia vari or um que le goût public commençait à distinguer ; plusieurs incunables d'un grand prix, et qui sont venus depuis enrichir les bibliothèques publiques de la capitale; enfin beaucoup d'autres livres aussi recommandablcs par l'officine que par le luxe de l'habillement. ■

ARMORIAI. DU BIBLIOPHILE.

On trouve pour sa. marque ce fer h chiffre

Comme ci-dessus.

accompagné de son chiffre

formé des lettres A. C. M. {Arm.-Ch Maz.),

puis celui-ci

est alors composé des lettres A. C. D. L. P. M. (Arm.-Ch. de la Por. Maz.),

enfin celui-là

(Jules- Arm.-Ch.

nS

les circonstances ordinaires de „ vie, comme â la tribune,- les passions, chez lui, se répandaient comme une lave brûlante. Il avait conçu le dessein gigantesque de constituer la plus riche et la plus nombreuse bibliothèque du monde. La mort, qui l'arrêta pour ainsi dire au milieu de sa carrière, ne lui permit pas de le réaliser.

Cependant la collection qu'il avait amassée an milieu de toutes ses préoccupations politiques atteste que le bibliophile était digne de l'orateur. Les plus célèbres cabinets de son temps, français et étrangers, furent mis à contribution par lui. 11 acheta en bloc la bibliothèque de Buffon, et les amateurs savent combien les livres de cette provenance sont précieux tant â cause de leur objet propre que des notes qu'ils contiennent, écrites de la main même du grand naturaliste.

Mirabeau possédait en outre une magnifique collection d'objets d'art et de curiosité, tels que tableaux, gravures, estampes, bronzes, pierres gravées, camées antiques, médailles, meubles, et autres produits artistiques de tous les temps et de tous les pays, dont le catalogue fut rédigé par le nommé A.-J. Pailler.

Les volumes du célèbre constituant se recommandent moins par la forme que par le fond : les singularités littéraires et bibliographiques, les belles reliures, les éditions rares, tous ces charmants petits riens qui font épanouir d'aise le candide bibliophile ne pouvaient toucher le cceurdu Titan.

Catalogue des livres... de feu Mirabeau l'aîné, député et ex-président de l'Assemblée nationale...— Parts, Roie* et Belin, 1791, in-8.

ARMORUL DU BIBLIOPHILE.

MIRE(Aubert Le), en latin Miraus, né le 3o novembre 1573, à Bruxelles, d'une famille originaire de Cambrai, mort a Anvers le 19 octobre

D'azur, au chevron d'argent accompagné de 3 miroirs de même, 2 en chef, t en pointe.

Ce fut à la fois un des plus féconds écrivains et un des plus ardents bibliophiles de la Flandre, a Car, dit le P. Jacob, il n'a cessé de donner des livres au public, et d'en rechercher de toute part pour accomplir sa bibliothèque. »

Presque tous les volumes qu'il avait si laborieusement amassés enrichissent aujourd'hui les bibliothèques publiques de la Belgique et particulièrement celle d'Anvers, à l'érection de laquelle il avait si puissamment contribué.

Foppens, Bibliotheca Belgica. — Le P. Jacob, Traicté des plus belles bibliothèques.

MIROMÉNIL (Armand-Thomas, Hue de), chancelier de Fronce, né en 1723 dans l'Orléanais, mort en

ARMORIAI. DU BIBLIOPHILE.

Catalogue des livres composant la bibliothèque de M. Méliand, conseiller d'État... — Parts, Morel, 1747, în-8*.

MENAGE (Gilles) commença sa bibliothèque encore au biberon. Il naquit le i5 août 161 3, et vers 162 5 à peu près sa collection paraissait fort remarquable, surtout en ouvrages classiques grecs et latins qu'il expliquait aperto libro.

Pour qu'il pût se livrer avec tranquillité aux lettres, on le pourvut de quelques bénéfices, entre autres du doyenné de Saint- Pierre-d'Angers.

Ce fut alors qu'il fît marquer ses livres de ce fer

D'argent, au sautoir d'azur chargé d'un soleil du premier.

Doué d'une mémoire prodigieuse et d'une rare aptitude au travail, il avait logé dans son cerveau presque tous les auteurs anciens, et la plupart des modernes.

Aimant beaucoup à parler, et désireux de montrer son acquit, une fois lancé, il ne s'arrêtait qu'au moment

où l'auditoire, saturé de sa pédantesque conversation, se retirait en bâillant.

< Voilà qui est admirable, lui dit e un jour M" de Rambouillet, im- ■ patientée de son intarissable babil, a mais dites-nous présentement quelo que chose de vous, a

Cela était bien difficile à Ménage, lui qui, appliqué sans relâche a enregistrer dans sa tête tout ce que les autres avaient pensé, oublia de penser par luimême.

Croirait-on qu'un regard de M>°* de Sévigné, son ancienne élève, — circonstance aggravante , — faillit pétroliser ce grenier d'abondance ?

C'est pourtant comme j'ai l'honneur de vous le dire, cher lecteur.

Et puis, pour être savant on n'en est pas moins homme.

Une de ses plus intraitables prétentions était de donner l'étymologie de tous les mots français.

11 ne rêvait qu'étymologie.

Si l'étymologie n'eût pas existé, il l'aurait inventée.

C'était l'étymologie faite homme.

Il mourutd'uneétymologie rentrée,

Cette catastrophe eut lieu le 2 3 juillet 1692.

Que l'étymologie lui soit légère I

En mourant, il légua tous ses volumes — nous allions dire toute son érudition — à la maison professe des jésuites de Saint-Louis.

En signe de reconnaissance, les religieux de cet établissement firent pla-

cer sur chaque volume de Ménage cène pompeuse légende: Ex tibrîs, quosdomini professa; Partsiensi Soc.

Jesu testamento reliquit clarissimi D. MGIDWS MENAGIUS patritius Andegavensis,vir interlitteratos erudilissimus. Anno 1692.

Une particularité :

Ménage mettait toujours sur le titre de ses livres la date de l'acquisition.

Celui sur lequel nous avons pris la marque ci-dessus portait ces mots :

Emptus anno 1660.

MÉNARD DE CLESLE (François- Didier), conseiller maître à la Cour des comptes de Paris, reçu le 12 mars 1738. Il naquit le i*r avril 1697, et mourut en février 1772.

ARMORIAI. DU BIBUOPKIUC.

Pompadour, né 1 17 mai 1781.

D'or, à troh martes d'azur.

Marque frappée sur: Horatii... emblemata. Aatuerpix, 1642, in-4°. — Coll. Mirante.

MÉNARS (Abel-François, marquis de Marigny et de), directeur des bâtiments, jardins, arts et manufactures du roi, frère de madame de

De gueules, à deux bars adossés à"or.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M, le marquis de Ménars, commandeur des ordres du roi; conseiller ordinaire d'épée, lieutenant général des provinces de Beauce et d'Orléanais, directeur et ordonnateur général des bâtiments du roi... — Paris, Pîssot, 1782, in-8".

MÉRARD DE SA1NT-JUST (Simon-Pierre), ancien maître d'hôtel de Monsieur, depuis Louis XVIII, né à Paris en 1749, mort en la même ville le 17 août 1812.

Voici un de ces littérateurs qui doi ventunfameuxcierge à la bibliophilie.

Sans l'amour des livres, Mérard de Saint-Just serait complètement oublié.

Cependant il ne manquait pas d'esprit.

Ce qui démontre une fois de plus que l'esprit est insuffisant, si l'on n'a pas une parcelle de ce certain petit je

ARKOtUL MI

ne sais quoi que la fée Mab a soufflé dans sa bulle hermétique.

Sa bibliothèque était peu nombreuse.

■ Elle est petite, disait-il, mais elle est encore trop grande pour contenir de bons livres. ■

Il imitait Socrate, mais pouvait-il mieux faire ?

[I n'avait pas en haute estime les éditions qu'on appelle princeps, parce que, selon lui, — et il n'a pas tous les torts, — ces éditions, excepté celles des Aides, sont en général très -incorrect es, imprimées sur du papier mal fabriqué et désagréable à la vue et au toucher. Jamais il n'aurait pu se résoudre à acquérir ces sortes d'ouvrages qui n'ont d'autre mérite que leur rareté, et dont la possession ne sert qu'à montrer la fortune d'un particulier plus curieux d'étaler des richesses imaginaires, que d'avoir des livres pour les nobles jouissances de l'esprit : ■ semblable a ces gentilshommes qui montrent avec orgueil les titres de leur noblesse, et qui ne sauraient prouver pour leur compte un seul acte de grandeur d'âme. ■

La majeure partie de son cabinet provenait de ceux de la marquise de Pompadour, de la du Barry, de MM. de Boze, de Gaignat, d'Avoult, de Randon de Boisset, Mel de Saint Céran, mylord Ken, Mac-Carthy, Goutta rd, Saint-Foi x, Charron de Menars, le duc d'Aumont, etc.

Mérardde Saint-Just, en véritable amateur, recherchait les reliures non les plus riches, mais les plus élégantes et les mieux soignées : aussi tous ses livres, habillés en maroquin rouge, vert, bleu, violet, noir, rouge ou citron, sortaient des mains des Dusseuil, Padeloup, La Ferté, Derome le jeune.

Chameau, Chaumont, de Paris; Roger

BIBLIOPHILE. 1 I 1

Payne et Baumgarthen, de Londres.

Les volumes reliés pour lui portaient primitivement cet écusson à ses armes

Bandé de vair et-d'a^ûr.

Devise :- L'honneur et l'amour* Pendant la -Révolution, il remplaça

l' écusson par ce chiffre

formé des lettres M. S., initiales de son nom patronymique»

Catalogue des livres en très-petit nombre qui composent la bibliothèque de M. Mérard de Saint-Just, ancien maître d'hôtel de Monsieur, frère du roi. — Paris, Didot l'aîné, 1783, in-18. — Tiréà 25 exemplaires.

Ce catalogue ne contient que 57a

articles : ce n'est pas le tiers des ouvrages que possédait Mérard. Il en avait déjà perdu environ deux cents et des plus précieux par un accident.

De plus, une caisse remplie de mille volumes, la crème de sa collection, qu'il avait expédiée en Amérique, fut saisie par les Anglais le 12 décembre 1782.

Lorsqu'il apprit cette nouvelle, en homme d'esprit, il se contenta de répondre : c Je forme seulement un seul vœu : je désire que celui à qui reviendra cette part de butin puisse connaître le prix du trésor.qu'il possède ! »

Catalogue des livres de M*** (Mérard deSaint-J ust). — Paris, Mauger, 1799, in-8\

Celui-ci fut dressé lorsque Mérard voulut se débarrasser de quelques ouvrages soit doubles, soit d'importance médiocre, pour en avoir de plus dignes de sa collection.

MESMES (de).

Cette famille , originaire d'Ecosse, qui tient une si large place dans la magistrature française, occupe encore un rang distingué dans les lettres et surtout dans les fastes de la bibliophilie.

JEAN-JACQUES (1), I* du nom, aimant les lettres et les arts, au dire de Scévole de Sainte-Marthe (2), dès le commencement du xvi* siècle amasse tableaux, livres et manuscrits et jette en quelque sorte le fondement de cette bibliothèque qui, sous ses descendants,

(i) Premier président au parlement de Normandie, né le ii mai 1490, mort le a3 octobre i559.

(2) Elogia doctorum in Gailia viromm.

devait faire l'admiration des amateurs français et étrangers.

HENRI Ier (1), son fils, chevalier, seigneur de Roissy, chancelier de Navarre et ambassadeurde Henri II, roi de France, malgré les préoccupations des affaires publiques, cultive les lettres et continue la collection paternelle avec tant d'ardeur qu'elle arrive bientôt à un développement tel, que les plus hautes personnalités d'alors, scientifiques et littéraires, entre autres Passerat, Turnebe, Marsil, Fauchet, n'hésitent pas dans leurs éloges à la comparer aux plus splendides du temps.

On y voyait les premiers produits de l'imprimerie, d'anciens manuscrits avec miniatures qu'il avait fait venir d'Italie et de la Belgique; ainsi que d'autres manuscrits arabes, coptes, arméniens, grecs, latins et français.

A ces raretés, Henri ajouta le riche cabinet de médailles qu'il avait acquis de Chaduc (2).

François Pithou (3), dérogeant à son austérité habituelle, traite Henri de Mesmes' de a sot bibliotaphe, qui enterrait dans son cabinet et ne communiquait à personne des livres rares et curieux, ni plus ni moins que s'il eût été un tombeau ».

Cependant les mémoires contemporains, d'une manière unanime, tiennent l'ambassadeur du roi de France

(1) Né en i53i, mort le 1" août 1S96.

(2) Louis Chaduc, né à Riom en 1564, conseiller au préaidial de cette ville. Ce fut un bibliophile distingué et en outre un grand amateur d'objets d'art. Son cabinet de médaille», acheté par de Mesmes, passa ensuite à Gaston d'Orléans, puis à la Bibliothèque du Roi.

(3) Mort le i*r novembre 1596.

ARMORIAL DU MBMOPHILE.

pour un homme instruit, magnifique, protégeant les gens de lettres (i) et leur ouvrant avec libéralité tous ses trésors bi bliographiques»

Henri Ier décédé, cette précieuse collection, portée par lui à un si haut degré de prospérité, passa entre les mains de

JEAN-JACQUES II (2), qui l'entretint et l'augmenta encore pour, à son tour, la laisser à son fils aîné

HENRI II (3), le plus illustre des membres de cette illustre maison.

« Si vous iettez les yeux sur lui, dit le P.. Jacob, il esbîouyt les plus sçauants : si vous contemplez son intégrité, sa vie est vne perle sans tache : si vous pesez sa dignité, il est des premiers du plus auguste parlement du monde. Or donc toutes ces qualités, avec l'affection qu'il a pour les livres, le rendent amateur des sciences et des livres, et ainsi il a fait sa bibliothèque l'une des plus accomplies de Paris. »

Il était si savant et se plaisait si fort en la conversation des gens instruits, que l'on disait de lui qu'en huit jours il épuisait un docteur (4).

Tallemant des Réaux, qu'on peut croire quand il loue, dit qu'il était «-l'homme de la robe qui avoit le plus bel esprit et qui escrivoit le mieux en

françois » .

Henri II continua les traditions de son aïeul : poètes, savants et artistes

(1) Le poète Passent fut pendant trente années son hâte.

(2) Mort doyen de* tous les conseils le 3o octobre 1642.

(3) Président à mortier au Parlement de Paris» mort en i65o.

(4) Menagiana, t. IV, p. 175.

T. II

trouvaient auprès de lui un généreux accès.

Naudé (1), t ce génie des bibliothèques (2) », eut la garde de toutes ces richesses, et durant ses fonctions il composa ce curieux livre: Advispour dresser une bibliothèque, qu'il dédia à son patron. Dans ses additions à l'histoire de Louis XI il consacra encore un passage ad bibliothecam Memmianam.

g Vn autre rare espritde ce temps, le R. P. Léon de Saint-Jean, prédicateur du roi et Prouincial des Pères Carmes Réformez de la prouince de Toulouse, a fait aussi vn liure latin sur cesubiect, soubs ce titre : Idea bibliothecœViuentis et mortuce ad henricum Memmium (3). »

Comme tous les amateurs passionnés, Henri de Mesmes faisait des dépenses inouïes pour accroître et illustrer ses collections artistiques et littéraires.

On rapporte qu'il chargeait les voyageurs de* lui procurer tous les manuscrits qu'ils pouvaient rencontrer dans les contrées qu'ils exploraient. Et Naudé affirme que son maître, dans le même but, entretint une correspondance avec un orfèvre de Paris établi à la cour du Grand Mongol. Les missives de cet artisan étaient formées de rouleaux en papier fabriqué avec du coton rouge, et enfermées dans de, longs étuis faits avec des roseaux.

Cette fameuse bibliothèque eut le

(1) V. Mazarîn.

(2) Le P. Jacob, Traicté des plviMks

Bibltoth. ■ 4| :j

(3) Ibid. L'ouvrage dont il parle n'a jamai» vu le jour. • •. '

sort t hélas ! de toute chose ici-bas: elle alla

Où va la feuille de rose Et la feuille de laurier.

Après avoir brillé avec tant d'éclat, étonné par ses. splendeurs le monde savant, elle disparut tout à coup comme une étoile filante. Et, chose singulière, on n'en a pas même conservé le souvenir dans un catalogue !

Henri 1 1 mort, elle passa d'abord à

JEAN-ANTOINE Ier(i),pUisà JEAN-JACQUES III (2), enfin,à

JEAN-ANTOINE II (3), comte d'Avaux.

Celui-ci, on ne sait pourquoi, se débarrassa subitement d'une grande partie des livres imprimés. On les vendit en 1706 avec ceux de la célèbre collection. Bigot (4). Et ce que Ton ne peut comprendre, pour effacer la trace de leur provenance, les armes de la maison de Mesmes furent enlevées des plats en coupant avec un couteau la partie du cuir surlaquelle elles étaient frappées, détruisant ainsi de superbes reliures /la plupart des chefs-d'œuvre du genre.

Barbarie inutile. L'empreinte de l'écusson parut encore assez sur le carton des couvertures pour dévoiler cette misérable supercherie dont tout Paris se moqua.

Une des principales richesses de

(1) Président à mortier au Parlement de Paris, mort en 1673, âgé de j5 ans.

(2) Aussi président en la même cour et membre de l'Acad. française, mort le 9 juillet 1688.

(3) Président à mortier et de l'Acad. franc. U naquit le 18 novembre 1661 et mourut le a3 août 1723.

(4) V. ce nom.

cette collection était un magnifique recueil d'auteurs classiques des Aldbs, en grande partie imprimé sur vélin et orné de splendides miniatures, provenant de Grolier (1).

Ce recueil, peut-être le plus riche de ceux dont la bibliographie nous ait conservé le souvenir, « tomba entre les mains d'un gredin de notaire qui n'achetoit des livres que pour en tapisser son cabinet, et qui, absolument incapable de connoître le mérite de ceux-là, les fit impitoyablement dépouiller de ces vêtements précieux et respectables pour les revêtir de reliures modernes plus brillantes à son gré, attentat véritablement digne de l'indignation des honnêtes gens, et qui méritoit incomparablement mieux la berne ou les étrivières, que celui de ce vieillard du Boccalin, qui s'amusait à lire des chansons et des madrigaux avec des lunettes (2). »

Depuis Jean-Jacques Ier jusqu'à Jean- Jacques III, du xv'au xvu* siècle, c'est-à-dire pendant six générations consécutives, les livres des de Mesmes eurent invariablement cette marque à leurs armes frappée sur les plats :

; Écartelé : au 1, d'or, au crois sant de sable; au 2 et 33 dtor% à a

(1) Prospkr Marchand, HisU de rimpr.

(2) Ibid.

ARMORIAI. DU BIBLIOPHILE.

Il5

lions léopardés de gueules, armés et lampassés d'azur, qui est de Bigorre ; au 4, <Tor, à la pointe ondée d'azur, surmontée d'une étoile de sable, qui est de Lassuis.

Ceux que le dernier propriétaire ajouta portaient celle-ci

Comme ci-dessus.

qui ne diffère de la précédente que par les ornements extérieurs et les insignes de la présidence.

Vers 1731, les deux filles du comte d' A vaux, la duchesse de Lorges (1) et la marquise d'Ambres (2), vendirent au roi les manuscrits dont elles avaient hérité, au nombre de 600 environ, sur l'estimation de l'abbé Sallier, alors garde de la Bibliothèque du Roi.

(1) Marie-Anne-Antoinette, néele i5 mai 1696, mariée à Guy-Nicolas de Durfbrt, duc fe Lorges, dont elle fut la seconde femme, fclle mourut en 1767.

W Henriette -Antoinette, née le 29 avril 1698; elle avait épousé Louis-Hector Seipieur, comte de Gelas, marquis d'Ambres.

De l'ensemble on fit deux parts.

Celle concernant la diplomatie entra au dépôt delà guerre ; l'autre, relative aux belles-lettres, fut placée dans notre grande bibliopole, où elle forme un fonds spécial sous le nom de ses anciens possesseurs.

Quant au reste des livres imprimés, ceux qui ne firent point partie de la première vente entrèrent dans la circulation commerciale à peu près à la même époque, mais on ne sut jamais comment.

«Sic transit gloria mundil

ajouterait madame de Se vigne.

MESMES (Jean-Jacques de), fils de Jean- Antoine II, comte d'A vaux, né le 23 avril 1675, mort à Paris le 2 février 1 744.

Il avait été nommé chevalier bailli et grand'croixde l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, capitaine de la patronne de Malte, commandeur des commanderies de Sommereux et de Haute- Avesnes, et ambassadeur dudit ordre en France en 1715.

Il fut aussi nommé abbé commandataire de l'abbaye royale de Valleroy, ordre de Cîteaux, diocèse de Reims, le 17 mai 1710, puis prieur commandataire du prieuré de Saint-Denis-del'Estréeen 1721.

Jean-Jacques de Mesmes avait réuni une belle collection de livres que Ton vendit à sa mort, et Ton en trouve des exemplaires dans presque toutes les bibliothèques de Paris.

H fi AKMOH

Ces livres portaient d'abord ce fer

DU BIBLIOPHIÎ.F.

Bourgogne, d'une famille noble de cette province, le 1 1 avril 1705, et mourut à Chaillot lez-Paris, le 2.] juin 1780.

La collection de cet amateur était assez curieuse, et renfermait 6,336 articles.

Il eut deux marques : celle-ci d'abord

Comme ci-dessus.

comme grand'croixde l'ordre deMalte; puis celui-ci

Comme ci-dessus.

lorsqu'à ses titres, il ajouta ceux de commandeur de l'ordre, et d'abbé de Valleroy.

Avec ce dernier figurent toujours aux angles ou sur le dos trois croissants entrelacés.

MILLET DEMONTARBI(Nicolas- Charles), écuyer, conseiller du Roi, contrôleur général du marc d'or des ordres de Saint-Michel et du Saint- Esprit Il naquit à Issurtille, en

De gueules, à 5 losanges d'argent posés en croix.

puis celle-là

Comme ci-dessus.

après qu'il fut nommé contrôleur général du marc d'or.

vin delà ville de Lyon. 1644.

AÏIMOBIAL DL' BIBLIOPHILE.

U premier, se couve Sur : Poto ! MINET DE LAGARDETTE.éch.

de Régnier -Desmarais, 1753, in-12.

— Gollect. Didot.

Catalogue des livres de feu M. Millet, seigneur de MontarbL — Paris, Lamy, 1781, in-8, 2 part, avec une pagination particulière.

M1LON DE MESNE (Alexandre), seigneur de Varenne et autres lieux, docteur de Sorbonne, prieur de Villers-Saint-Sépulcre , prévôt d'Oe, en l'église de St-Martin de Tours, aumônier du Roi.

Il avait été nommé évéque et comte de Valence, puis députéde sa province à l'assemblée du clergé, tenue aux Grands-Augustins en 173S. Ce prélat mourut vers 1772.

D'azur, à lafasce d'argent accompagnée de 3 trèfles d'or.

MIRABEAU (Honoré-Gabriel-Riquetti, comte de), né le 9 mars 1749, mort à Paris le 2 avril 1791.

De gueules, à la fasce d'or chargée d'une merlette de sable, accompagnée de 3 croissants d'or, 2 en chef, 1 en pointe.

D'a\ur, à la bande d'or accompagnée en chef d'une demi-fleur de lis du même, défaillante à dextre, fiorencée d'argent, et en pointe de trois étoiles d'argent en orle.

Le caractère de Mirabeau se décelait jusqu'en ses moindres actes. Dans

nS

les circonstances ordinaires de la vie, comme a la tribune, les passions, chez lui, se répandaient comme une lave brûlante. Il a,*«it conçu le dessein gigantesque de constituer la plus riche et la plus nombreuse bibliothèque du monde. La mort, qui l'arrêta pour ainsi dire au milieu de sa carrière, ne lui permit pas de le réaliser.

Cependant la collection qu'il avait amassée au milieu de toutes ses préoccupations politiques atteste que le bibliophile était digne de l'orateur. Les plus célèbres cabinets de son temps, français et étrangers, furent mis à contribution par lui. Il acheta en bloc la bibliothèque de Buffon, et les amateurs savent combien les livres de cette provenance sont précieux tant à cause de leur objet propre que des notes qu'ils contiennent, écrites de la main même du grand naturaliste.

Mirabeau possédait en outre une magnifique collection d'objets d'art et de curiosité, tels que tableaux, . gravures, estampes, bronzes, pierres gravées, camées antiques, médailles, meublés, et autres produits artistiques de tous les temps et de tous les pays, dont le catalogue fut rédigé par le nommé A.-J. Paillet.

Les volumes du célèbre constituant se recommandent moins par la forme que par le fond : les singularités littéraires et bibliographiques, les belles reliures, les éditions rares, tous ces charmants petits riens qui font épanouir d'aise le candide bibliophile ne pouvaient. toucher le cœur du Titan.

Catalogue des livres... de feu Mirabeau l'aîné, député et ex-président de l'Assemblée nationale... — Paris,Ro- ;e( et Belin, 1791, in-8.

ARNORUL DU BIBLIOPHILE.

MIRE (Aubert Le), en latin Mirteus, né le 3o novembre 1573, a Bruxelles, d'une famille originaire de Cambrai, mort à Anvers le 19 octobre

Ua^ur, au chevron d'argent accompagné de 3 miroirs de même, 2 en chef, 1 en pointe.

Ce fut à la fois un des plus féconds écrivains et un des plus ardents bibliophiles de la Flandre, a Car, dit le P. Jacob, il n'a cessé de donner des livres au public, et d'en rechercher de toute part pour accomplir sa bibliothèque. 0

Presque tous les volumes qu'il avait si laborieusement amassés enrichissent aujourd'hui les bibliothèques publiques de la Belgique et particulièrement celle d'Anvers, a l'érection de laquelle il avait si puissamment contribué.

Foppens, Bibtiotheca Belgica. — Le P. Jacob, Traicté des plus belles bibliothèques.

MIROMÉN1L (Armand -Thomas, Hue de), chancelier de France, né en 1723 dans l'Orléanais, mort en

ARMORIAI. D

sattrredeMiroménil (Normandie) le 6 juillet 1796.

D 'argent, à trois hures de s de sable.

nglier

La bibliothèque de ce magistrat, si connu dans la lutte du parlement contre la cour, était considérable et renfermait des productions curieuses et rares dans toutes les branches du savoir humain; " ;

La plupart des volumes étaient habilement reliés et portaient sur les plats les armes ci-dessus.

Mous les avons relevées sur un exemplaire de l'Histoire des Révolutions d'Angleterre,vaiT\iTpia. Paris, 1786, 2 vol. pet. in-8" reliés en beau maroquin vert, avec filets, et dorés sur tranches.

Voy. le n* 1257 du Catal. Guntz-

BEBGBH.

. MITTE (Melchior), comte de Miolans, ministre d'État , lieutenant

général de* années du Roi , chevalier de Tordre du Saint-Esprit. Il mourut le 10 septembre 1649, "B6" de 63 ans.

D'argent, au sautoir de gueules, à ta bordure de sable chargée de 8 /leurs de lis d'or.

MOLE (Mathieu), seigneur de Champlâtreux, le célèbre président à mortier au. Parlement de Paris, l'une des plus grandes figures dont s'honore la magistrature française, néen 1584, mort le3 janvier i656, ' âgé de 72 ans.

Le président Mole possédait une bibliothèque composée de livres dont la plupart furent habillés par Le Gascon.

Il avait eu deux fers, qui offrent

ARMOMAL BU BlBLIOPUlLK.

quelques différences dans les ornements : celui-ci

Ecartelé : au i et 4, de gueules, au chevron d'or accompagné en chef de 2 étoiles de même, et en pointe d'un croissant d'argent; au 2 et 3, d'argent, au lion de sable lampassé de gueules.

qui est toujours accompagné de scn chiffre

formé des lettres I.M.O.L.E.

Presque tous les livres de ce savant bibliophile passèrent entre les mains de son 3" fils, François

MOLE, abbéde Sainte-Croix de Bordeaux, conseiller au parlement en i65o, maître des requêtes vers 1657.

Mort le 2 S mai 1 7 1 a, âgé de 87 ans.

Comme ci-dessus.

En 1669, l'abbé de Sainte-Croix vendit à la Bibliothèque du Rot quatre-vingt-treize manuscrits.

Le gros de la collection Mole ne fut vendu que vers 1676.

ÀBMOKIAL du MOLE 1>E CHAMPLATREUX

{ Ed o u a rd - F ra n ço i s M a t h i e u ) , pe t i tfils de Mathieu, président à mortier au Parlement de Paris, né le 5 mars 1760, mort le 20 avril 1794, sur r*échaf;iud révolu 1

Comme ci-dessus.

Marque frappée sur : Géorgiques de Virgile, traducL de Dclille, 1770, in-8'. — Collect. Didot.

MONCEAUX D'AUXY (Charles- Emmanuel, comte de), de Neufville, né le 1 5 avril 1752. Il avait été capitaine-lieutenant au service de l'impératrice de Hongrie. Dégoûté de la carrière militaire, il se retira vers 1783 en sa terre, ou il se livra tout entier a l'étude des lettres.

Èckiqueté d'or et de gueules.

MONTCHAL (Charles de), archevêque de Toulouse, l'un des plus savants prélats qui aient occupé ce siège. Ilnaquitâ Armonay d'unapothicaire de cette ville, en 1589, et mourut le 22 août 16S1 à Carcassonne, où il s'était rendu pour assister aux Etats du Languedoc.

De gueules, au chef d'or chargé de 3 molettes d'éperon <ta\ur.

Devise : Je Fai gaignée.

L'archevêque de Toulouse avait une bibliothèque fort importante, dont parle Gassendi avec beaucoup d'éloges dans sa Vie de Peiresc.

MONTCHAL (Jean-Pierre de), frère du précédent ,seigneurdeLagrange, d'abord conseiller au Grand Conseil le 7 janvier i632, puis maître des requêtes le 29 décembre 1637.

Il mourut en 1 65 3.

Sa bibliothèque était considérable

,22 ARHORIAL SU BIBLIOPHILE.

et le P. Jacob en Taisait le plus grand I Lazare. Il fut conseiller honoraire

cas- au Parlement de Paris en août 1689.

Il eut d'abord ce fer

puis celui-ci

qui ne diffère que par la manière dont l'écu est posé et par quelques légers changements dans les attributs inté-

MONTAGNAC {Nicolas de), doyen des chevaliers de l'ordre de Notre- Dame du Mont-Carmel et de Saint*

De subie, au saatoir d"atgent accompagné de 4 molettes de même.

MONTALIVET {Jean- Pierre Bachasson, comte de), né à Sarreguemines en 1766, mort le 2 janvier 1823, dans sa terre de La Grange (Nièvre).

Chiffre formé des lettres B. M .

entrelacées, initiales des noms Bachasson Montalivet.

AllMORIAL DU

MONTAUSIER (Charles de Sainte- Maure, duc de), dé le 6 octobre 1610, mort le 17 mai 1690. Il avait épousé

JuLIE-LuCINE d'AnGKNNES DE RAM- BOUILLET, née en 1607, morte le i5 novembre 1671.

Ecartelé: au 1 et 4, d'argent, à la fasce de gueules-, au 2 et 3, d'azur, semé de France, qui est de Montausier-, accolé de Vécu de Julie d'Angennes, qui porte ecartelé : au 1 et 4, de sable, au sautoir d'argent, qui est d' Angennes; au 2 et 3, d'hermines, au chef de gueules, qui est de Vivonne.

La bibliothèque du duc de Montausier était considérable et jouissait d'une réputation méritée.

Marolles, dans sa Description de Paris, en parle ainsi :

Monsieur de Montausier en fait une si belle Avec tant de prudence et de discrétion, Qu'il seroit mal aisé d'en troubler l'union Sans choquer le dessein d'un excellent modèle.

Elle était surtout riche en manuscrits; et c'est la, comme chacun sait, que se trouvait, à l'origine, le chefd'œuvre calligraphique de Jarry, la Guirlande de Julie.

Ce manuscrit, unique en son genre, orné de fleurs peintes en miniature

par le célèbre Robert, avait été vend11 1 5 louis d'or après la mort de la fille de Montausier (1) à l'amateur Moreau, valet de chambre du duc de Bourgogne (2).

Celui-ci le céda à Gaignières qui à Gaignat dont la bibliothèque fut dispersée en 1769.

On l'acheta alors 780 livres pour la Vallière, puis 14,510 livresâ la vente de ce dernier.

L'heureux possesseur de cette rareté est aujourd'hui M. le vicomte de Galard de Béarn, gendre de M. le duc d'Uzes.

Aux angles des plats et sur le dos des volumes reliés aux armes de Montta Lister on trouve le chiffre suivant

formé des lem a, j . ., initiales des prénoms des deux époux.

Les autres livres de Montausier passèrent à sa mort dans la bibliothèque du comte Pajot d'Ons-en-Bray. — V. ce nom.

MONTBERON (François de), chevalier ^des ordres du Roi et lieutenant général de ses armées. Il na-

(1) Marte-Julie de Sainte-Maure, morte le 1 4 avril i6ç5, âgée de 48 ans. Eifa avait épousé Emmanuel de Crusaol, I l'du nom, duc dlJzts, d&edé le f juillet 1691.

(») Le grand Dauphin, mort en 171 1.

ARMORIAI. DU DIBI.IOPHII.1

quit en mai i632, et mourut à Cambrai le 16 mars 1708.

Ecarielé.au 1 et 4, Jase é d'argent et d'a{ur; au 2 et 3 , de gueules.

MONTCALM (Louis-Daniel de) de Gozon de Candiac, né à Cabriac, diocèse de Mende, le 2 3 septembre 1676, mort à Montpellier ie i3 septembre

Sur le titre d'un volume de la collection Didot, intitulé ; Cy est le romant de la ro\e, superbement habillé et aux armes de Charles - Baschi d'Aubaïs, nous avons trouvé cotte note manuscrite : Dono dédit D. Lud. Daniel de Montcalm de Go\on de Candiac anno M. D. CC. VlII.dieXXIVjanuarii.

Eeartelé:aui,tfa%urtà3 colombes

d'argent , becquées et membrées de gueules; au 2 et 3 , de sable, à la tour d'argent donjonnée de tourelles de même; au 4, de gueules, à la bande d'azur bordée d'argent, à la bordure crénelée de même.

MONTENAY (Jean de), supérieur général deschanoines réguliers de

la congrégation de France, abbé de Sainte-Geneviève. 16m.

D'a\ur,àiJleursdelisd'or, 2'jet 1.

MONTESQUIOU (Daniel de), seigneur de Préchac, lieutenant général des armées du roi, né le i3

décembre 1634, mort le 25 juillet

', à deux tourteaux de gueules

AllMORIAL DU BIBLIOPHILE.

en pat. L'écu surmonté de la croix de commandeur de Saint-Lazare.

Devise : Âtavis et armis.

Louis XIV, pour récompenser ses services, l'avait nommé chevalier de ses ordres, puis commandeur de L'ordre de Saint-Lazare, ce que montrent, du reste, les trois colliers dont l'écu est entouré.

La bibliothèque de cet amateur était-elle nombreuse ? C'est ce que nous n'avons pu savoir. Mais à coup sûr elle devait être bien choisie, car la marque ci-dessus était frappée sur un exemplaire d'Ovide, Venetits in œdibus, i5o2-i5o3, în-8", édition que les amateurs recherchent à cause de la difficulté de la trouver complète.

MONTESQUIOU D'ARTAGNAN (Pierre de), maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, lieutenant général de la province d'Artois. Il naquit en 1640, et mourut le 12 août 1725, au Plessis- Piquetlez-Paris, où il fut inhumé.

Comme ci- dessus.

Ce brave militaire vécut et mourut pour ainsi dire l'épée à la main, et l'on se demande comment, avec une

vie aussi active, i] ait eu le temps de se constituer une collection de livres.

Quoi qu'il en soit, les volumes portant ses armes étaient remarquables parleur bonne condition. Il avait aussj un cabinet de curiosités, et malgré toutes nos recherches nous n'avons pu savoir ce que devinrent et ses livres et ses curiosités.

MONTESQUIOU-FEZENSAC (François- Xavier • Marc - Antoine , duc de) , né au château de Marsan, près d'Auch (Gers), en 17^7, mort dans le mois de février i832.

Parti : au i,de gueules plein ; au 2, d'or, à deux tourteaux de gueules posés lun au-dessus de Vautre.

C'est l'auteur de la Charte octroyée que l'on remplaça plus tard par la Charte bâclée, et cetle-ci par le Couronnement de l'édifice,

Qui s'écroula sanglant sous tecrimeet la honte.

Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. ... (l'abbé duc de Montesquiou), dont la vente se fera le lundi 21 mai i832... — Parts, de Bure frères, i83a, in-8», 60 p.

"° • ARHORUL

les circonstances ordinaires de la vie, comme a la tribune, les passions, chez lui, se répandaient comme une lave brûlante. 11 avait conçu le dessein gigantesque de constituer la plus riche et la plus nombreuse bibliothèque du monde. La mort, qui l'arrêta pour ainsi dire au milieu de sa carrière, ne lui permit pas de le réaliser.

Cependant la collection qu'il avait amassée au milieu de toutes ses préoccupations politiques atteste que le bibliophile était digne de l'orateur. Les plus célèbres cabinets de son temps, français et étrangers, furent mis à contribution par lui. Il acheta en bloc la bibliothèque de Buffon, et les amateurs savent combien les livres de cette provenance sont précieux tant à cause de leur objet propre que des notes qu'ils contiennent, écrites de la main même du grand naturaliste.

Mirabeau possédait en outre une magnifique collection d'objets d'art et de curiosité, tels que tableaux,, gravures, estampes, bronzes, pierres gravées, camées antiques, médailles, meublés, et autresproduits artistiques de tous les temps et de tous les pays, dont le catalogue fut rédigé par le nommé A.-J. Pailler.

Les volumes du célèbre constituant se recommandent moins par la forme que par le fond : les singularités littéraires et bibliographiques, les belles reliures, les éditions rares, tous ces charmants petits riens qui font épanouir d'aise le candide bibliophile ne pouvaient toucher lecceurduTitan.

Catalogue des livres... de feu Mirabeau l'aîné, député et ex-président de l'Assemblée nationale... — Paris, Ro- %et et Beltn, 1791, in-8. '

M I RE (Aubert Le), en latin Mirants, né le 3o novembre 1573, à Bruxelles, d'une famille originaire de Cambrai, mort a Anvers le 10 octobre

&a\ur, au ckevron d'argent accompagné de 3 miroirs de même, 2 en chef, 1 en pointe.

Ce fut à la fois un des plus féconds écrivains et un des plus ardents bibliophiles de la Flandre. « Car, dit le P. Jacob, il n'a cessé de donner des livres au public, et d'en rechercher de toute part pour accomplir sa bibliothèque. 8

Presque tous les volumes qu'il avait si laborieusement amassés enrichissent aujourd'hui les bibliothèques publiques de la Belgique et particulièrement celle d'Anvers, à l'érection de laquelle il avait si puissamment contribué.

Foppens, Bibliotheca Belgiea. — Le P. Jacob, Traicté des plus belles bibliothèques.

MIROMÉNIL (Armand-Thomas, Hue de), chancelier de France, né en 1723 dans l'Orléanais, mort en

satfcrredeMiroménîl (Normandie) le 6 juillet 1796.

ARHORIAL DU B1BLIOPHILR.

If argent, à trois hures de sanglier de sable.

La bibliothèque de ce magistrat, si connu dans la lutte du parlement contre la cour, était considérable et renfermait des productions curieuses et rares dans toutes les branches du savoir humain- ' '}

La plupart des volumes Étaient habilement relieset portaient sur les plats les armes ci-dessus.

Nous les avons relevées sur un exemplaire de l'Histoire des Révolutions <Tv4ïi£/ertrre,parTurpin.Paris,i786,

2 vol. pet. i n-8<> reliés en beau maroquin vert, avec filets, et dorés sur tranches.

Voy, le na 1257 du Catal. Guntz-

MITTE (Melchior), comte de Mio- !ans, ministre d'État , lieutenant

général des années du Roi , chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il mourut le 10 septembre 1649, flB* de 63 ans.

D'argent, au sautoir de gueules, à la bordure de sable chargée de 8 fleurs de lis d'or.

MOLE (Mathieu), seigneur de Champlâtreux , le célèbre président a mortier au. Parlement de Paris, l'une des plus grandes figures dont s'honore la magistrature française, né en 1 584, mort le 3 janvier 1 656, ' âgé de 73 ans.

Le président Mole possédait une bibliothèque composée de livres dont la plupart furent habillés par Le Gascon.

Il avait eu deux fers, qui offrent

MONTMORENCY (Anne, premier duc de), le célèbre connétable, le type de la bravoure française. Né en 1493, mort le 12 novembre 1567 des suites des blessures qu'il reçut à la bataille de Saint-Denis.

Cet a incomparable conseiller d'Etat », comme on le nommait alors, ce preux, si connu dans nos annales militaires, menait de front l'épée et les arts, les foudres de la guerre et les «doux présents de la paix». Au milieu des camps, il s'occupait encore des choses de l'esprit (1). e II aimait singulièrement les lettres et les savants, ainsi que tesmoigne la quantité de livres manuscrits qu'il eut soin d'assembler en la bibliothèque de son chasteau de Chantilly... et le grand nombre d'escrits que plusieurs célèbres et signalez personnages lui dédièrent (2). »

Quand les auteurs ne lui dédiaient pas leurs œuvres, ils les lui adressaient richement habillées avec ses armes et les insignes de sa dignité frappées sur les plats :

AKMOHIAL DU BIBLIOPHILE.

C'est ainsi que nousavons vu sonécu d'un côté, et de l'autre, son épée de connétable chargée d'une fleur de lis et entourée de son ceinturon, ou se lit AQAAN02,

(1) Du Chi*n>, Ilitt. de la Maison de Montmorency, p. 411.

(a) Jeik i>m Mentira, baron d'Oppede, lui dédia m traduct. en ver* des Triompha de Pétrarque. Pari», i5Î8, in-*.

sur un volume intitulé : / tre libri di Messer Giovan Battista Susia délia tngiustitia de duelto et di coloro cke lo permettono. In Venégia, Gabriel Giolitodi Ferrari, i555, in-4" (1).

La primitive possession de ce livre a mis à la torture tous les bibliophiles qui l'ont eu entre les mains; et il y avait de quoi , songez donc 1

Des savants, et des plus autorisés même, n'ont pas craint de quitter un instant les profondeurs abstruses de la science, pour venir éclairer de leurs lumières cette simple question bibliophilique : in tenui labor.

Dans un recueil (2) sérieux et recommandable a tous égards, on donne comme premier possesseur François duc de Montmorency, maréchal de France, mort en i5oo.

(1) Ce volume, qui bit partie de la collection Didoi, représente l'une des plus belles reliure* du xvf siècle. Elle est en veau fauve, A compartiments mosaïques, peint* avec une grande délicatesse et rehaussé* d'or.

(3) Bibliophile illustré.

Puisque l'épée de connétable figure sur la couverture, il est incontestable que c'est a un connétable qu'il a d'abord appartenu.

Par conséquent,la première personne qu'on aurait dû écarter, c'est précisément ce même François, car il ne fut jamais revêtu de cette dignité. El puis, nous ne voyons nulle part son nom cité dans la pacifique Légion des chercheurs de livres.

Or la famille Montmorency a fourni trois connétables : Mathieu en 1160; Anne en 1 S 3 7 , et Henri, le second iils de celui-ci, en 1593,

De Mathieu, il ne faut pas en par 1er, Restent Anne et Henri, le père et le fils.

Si c'eût été Henri, l'ordre du S-- Esprit existant depuis 1 578, on n'aurait pas manqué de joindre au collier de l'ordre de S. -Michel celui du S.- Esprit, ainsi que cela se pratiquait d'une manière sacramentelle.

Donc à Anne et à Anne seul on doit

attribuer la première possession de

l'œuvre di Messer Giovan Battista.

Et c'est ce que] nous avons fait (1),

MONTMORENCY (Henri II, duc de), paire! maréchal de France, ledcrnier de la branche cadette de cette maison si féconde en grands hommes. Il naquit à Chantilly en i5g5 et fut décapité le 3o octobre 1637.

Mort à l'âge de 38 ans, le bouillant héros de Veillane, presque toujours dans les camps, n'eut pas les loisirs de se former une bibliothèque.

(1) En cela nous sommes d'accord avec l'Hùtoirt de la Bibliophilie.

ARMORtAL DU BIBLIOPHILE.

La marque qui suit

Comme ci-dessus.

est frappée sur les plats d'un «emplaire de dédicace adressé à sa veuve (1) conservé à la Bibliothèque Nationale

sousleno4<,Ln^oç.6.

L'écu est accompagné d'alérions et d'H couronnés.

MONTMORENCY (Anne-Léon, • I" du nom, baron de), duc et pair de France, chef de nom et d'armes de sa maison, né en 1705, mort vers i785.

Le chef de la maison de Montmo-

(1) MttHe-Fe"lice Orsini deBracciano. Apre» le supplice de son mari, elle se relira dans le couvent de la Visitation, à Moulins, où elle mourut le 5 janvier 1666, igee de 66 ans.

rency porte l'écusson en bannière arrondie.

D'or, à la croix de gueules cantonnée de 1$ alertons d'azur.

Devise: Dieu ayde au premier baron chrestien.

Devise grecque : AIIAAN02, rappelant l'étymologie de Montmorency formé de deux mots latins : Morts et morari, qui n'erre point, qui reste fixe, immuable.

La marque de cet amateur pourrait montrer, s'il en était besoin,à quel degré le duc de Montmorency aimait les livres.

Sa collection était des mieux choisies, et les livres se distinguaient par la beauté de l'édition et la richesse de l'habillement.

Aussi sont-ils très-recherchés des amateurs. Beaucoup de volumes de cette provenance se trouvent dans les diverses bibliothèques de Paris et particulièrement à la Bibliothèque Nationale.

MONTMORENCY (Anne-Léon, II* du nom, duc de), fils du précédent, appelé d'abord le marquis de Fosseuse, né le 1 1 août 173 1 .

Il fut nommé maréchal de camp le

25 juillet 1762, et mourut le 1* septembre 1799, à Munster, où il avait émigré.

La bibliothèque du fils fut formée concurremment avec celle du père.

Cette marque est frappée sur un État militaire de 1788.

MONTMORENCY-LUXEM- BOURG (Charlotte-Anne-Françoise, duchesse de), seconde femme du précédent, à qui elle apporta le titre de duc de Montmorency. Née le 17 novembre 1757.

Montmorency, accolé de Montmorency- Luxembourg.

Marque frappée sur : Théâtre de Pradon.— Paris, iy3t, in-ia.— Coll.

MORAHTE.

MONTMORENCY-LUXE M* BOURG (Christian -Louis de), princedeTingry.appelé le maréchal de Montmorency, dernier fils du

premier maréchal de Luxembourg.

Il mourut le 23 novembre 1746.

De Montmorency, chargé en cœur de Luxembourg.

Catalogue 'des livres de la bibliothèque de M. le maréchal de Montmorency...— Paris, G. Martin, 1747,

MONTMORENCY (Charles- François, II* du nQm.de), duc de Piney- Luxembourg, pair et maréchal de France, appelé le maréchal de

Luxembourg. llnaqu'n le 3i décembre 1702, et mourut le 18 mai 1764.

Comme ci-dessus.

Il faut bien le reconnaître quand le fait se présente, — et cela n'est pas d'ailleurs si fréquent, — les princes ont parfois du bon.

Le maréchal de Luxembourg était réellement un galant homme, aimant les livres et les arts, et protégeant les

gens de lettres.

Chacun sait — d'après les Confessions — que Jean-Jacques Rousseau trouva chez lui l'accueil le plus géné-

Sa bibliothèque, dont l'auteur de l'Emile profitait largement, se faisait remarquer par de nombreuses éditions classiques et du meilleur choix, mais encore par la plupart des ouvrages qui se publiaient de son temps sur les arts, les lettres, les sciences et la philosophie.

Le maréchal bibliophile eut deux femmes qui toutes deux ont partagé son goût pour les livres.

La première fut Marie- Sophie- Emile-Honorate Colbert de Seignelay, morte le 29 octobre 1747.

Elle était fille de Marie-Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay.et de Marie- Louise de Furstenberg.

Les volumes de sa bibliothèque par

ticulière se distinguaient de ceux de son mari par cet écusson :

ARKORIAL DU BIBLIOPHILE.

Duchesse de Bouffiers elle portait

Deux écus accolés : le premier, de Montmorency -Piney- Luxembourg ; le second, écartelétau i et\y de Furstenberg ; au 2 et 3, contre-écartelé : au 1 et 4, de Go von -Matignon; au 2, <TOrléans-Longueville ; au 3, de Bourbon St-Pol. Et sur le tout de Colbert.

La seconde, c'est l'aimable et spirituelle duchesse de Bouffiers, dont les grâces incendièrent le cœur, si inflammable du reste, de ce pauvre Jean- Jacques.

Madeleine-Angélique de Neufville de Villeroi, veuve du duc de Bouffiers, épousa, le 29 janvier 1750, le maréchal de Luxembourg. Elle naquit vers 1707, et mourut en janvier 1787.

Elle laissa l'une des plus belles bibliothèques de son époque, tant au point de vue littéraire que de la richesse de l'ornementation.

deftovvn.m&, accolé de Nbufvillb; maréchale de Luxembourg,

. de MONTMORBNCY-LuXEMBOURQ, acCOlé

de Neufville.

Catalogue des livres de M. le maréchal de Luxembourg. — Paris, Pissot, 1764, in-8°.

MONTMORENCY-LAVAL (le marquis de} , maréchal des camps et armées du roi , né le 27 sep-

tembre 1723, mort le i3 juin 1783,

De Montmorency, la croix chargée de cinq coquilles d'or dont l'une en cœur.

C'était en outre un grand amateur d'objets de curiosités.

Notice des livres composant la bibliothèque de M. le marquis de Montmorency-Laval, maréchal des camps et armées du roi... — Paris, Nyon rainé, 1784, in-8".

MONTMORENCY-LA VAL (Marie- Louise de), fille de Claude- Roland, comte de Montmorency - Laval, et d'Elisabeth de St-Simon-Rouvray, dernière abbesse de Montmartre à Paris. Elle naquit en 1723 et mourut en 1793 sur l'échafaud révolutionnaire.

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