IV. — Types aberrants
IL est nécessaire de discuter brièvement le cas de quelques sujets, dont les auteurs ont donné des interprétations assez particulières, et de voir si dans notre série il y aurait d’autres exemples pouvant s’y rapporter.
1. — « Négroïdes »: G. Hervé, puis R. Verneau avaient considéré comme négroïdes deux crânes provenant de Quiberon, l’un du gisement gaulois de l’îlot de Toul-Bras, l’autre du dolmen de Conguel, ces deux stations étant d’ailleurs très voisines. Ces auteurs les rangèrent parmi les survivants du type pléistocène de Grimaldi.
Par la suite, S.-J. Péquart (fide E. Pittard) émit l’hypothèse que les « négroïdes » de Toul-Bras et de Conguel étaient « des individus africains venus en Armorique avec des garnisons qui auraient contenu des hommes du continent noir. » En effet, il attribuait le gisement de Toul-Bras à l’époque romaine, mais ne précisait rien quant à Conguel, implicitement rajeuni par son hypothèse. Il faut noter que les conditions de gisement du crâne de Conguel sont assez obscures, les indicâtions du fouilleur, F. Gaïllard, ne les précisant pas. Il n’est donc pas exclu qu’il puisse être question d’une sépulture secondaire. Dans ces conditions, on disposerait d’une solution élégante pour expliquer la présence de types négroïdes dans le Morbihan
Mais en fait, la réalité même de ces affinités africaines est sujette à de sérieuses contestations. H.-V. Vallois, réétudiant le crâne de Toul-Bras, montra qu’il ne différait guère de ses contemporains gaulois (on lui avait présenté Toul-Bras comme de la Tène III), et qu’il fallait abandonner à son sujet toute parenté négritique. Il n’avait pas eu à étudier le crâne de Conguel, et réservait son opinion à ce sujet. Mais il à bien voulu nous dire que ne croyant plus même aux caractères négroïdes de la race de Grimaldi, il à d'autant moins de raisons d’en admettre des résurgences protohistoriques en Europe.
Nous n’avons pu avoir en mains ni l’un ni l’autre de ces sujets, mais nous avons tout lieu de penser aussi qu’en fait il ne s’agit que de cas extrêmes des Méditerranoïdes.
D’ailleurs, provenant de la couche la plus élevée de la nécropole de Saïint-Urnel, en Plomeur (il est vrai que ce niveau a été considéré par les fouilleurs comme gallo-romain, ce qui permettrait également de supposer que l'individu er question est une importation), nous avons un sujet gaulois présentant une nette platyrhinie
(7,38). Les bords inférieurs de l’échancrure nasale sont mêmes plutôt mousses, mais le reste des caractères ne diffère pas de l’ensemble, et l’on ne peut y voir qu’un cas de variation individuelle.
Reportons-nous aux données concernant l'indice nasal : pour la série entière, nous avions 15 % de platyrhiniens, et ceux-ci étaient même légèrement plus fréquents au Mégalithique et au Bronze. Ce ne Sont pas là des valeurs exceptionnelles. En général, dans les séries de crânes pré- et protohistoriques, comme actuels, plus on
F1G. 14. — Toul-Bras en Quiberon, N°°1.
: Gaulois ou Romain de type Dinarique.
Dessins d’après photographies au téléobjectif, 1/4. Norma facialis, occipitalis, verticalis, lateralis.
descend vers le Sud, plus les indices sont élevés. C’est d’ailleurs pourquoi on interprète souvent climatologiquement le degré d’ouverture du nez. Comme il existe dans la civilisation mégalithique surtout des éléments d’origine méridionale, on peut voir dans la tendance à la platyrhinie un reflet physique des mêmes affinités. Maïs une telle hypothèse n’est même pas indispensable.
2 Dinariques. Le sujet n° 1 de Toul-Bras (fig. 14), étudié
PL en
en détail par H.-V. Vallois, et diagnostiqué comme Dinarique, lui
fut présenté comme gaulois. Pour expliquer sa présence, cet auteur
fut amené à supposer qu’il s'agissait d’un descendant des « prospecteurs arménoïdes » de‘l’Age du Bronze, selon la théorie de Peake
et H. Fleure, en vogue à l’époque. Depuis, l’auteur a été amené à
rejeter cette théorie. Maïs d’autre part la présence de De dans le protohistorique de la Méditerranée occidentale au Sud « la Gaule à été reconnue, et ce type est encore plus largement nr tifié en Europe Centrale. Quelques immigrations ne seraient donc pas très étonnantes.
Or, un peu avant H.-V. Vallois, et tout à fait indépendamment. E. Pittard eut à étudier le même crâne. Il semble l’avoir trouvé si singulier qu’il n’a pas voulu en donner de diagnose raciale. Comme on lui avait présenté le sujet comme romain, il semble avoir abondé dans le sens de l’hypothèse de $.-J. Péquart citée plus haut à propos des « Négroïdes »: il s'agissait d’un mercenaire romain.
Aucun autre individu présentant des caractères franchement dinariques n’a été d’ailleurs rencontré. Les Dinariques, à affinités cypriotes, qui ont été signalés en Espagne, sont assez rares, pour qu’il semble douteux qu’il puisse en être venus beaucoup dans nos régions. Nous avons déjà dit qu’on n’a pas signalé en Armorique de représentants du « Beaker folk » (métis de Dinariques et de Nordiques, sorte de préfiguration de la « race lorraine » ?), quoique quelques campaniformes bretons aient des ressemblances avec les gobelets britanniques. Même s’il en était trouvé, ce ne pourrait être que des exceptions.