CONDITIONS ET CIRCONSTANCES DE NOTRE ENQUETE
Au début de nos travaux, nous n’avions en vue que de mettre au clair l’anthropologie préhistorique de l’Armorique, afin de pouvoir consolider les bases de nos recherches en préhistoire. Mais nous nous sommes vite rendus compte qu’il aurait été très intéressant de savoir Ce qui s'était passé depuis, les vues classiques nous semblant tout à fait insuffisantes. D’autre part, il nous semblait particulièrement urgent qu’une enquête d'ensemble soit tentée, les relations et la vie moderne multipliant les échanges de population au risque de tout brouiller dans quelques décades. Après ce dégrossissage, des enquêtes détaillées dans les secteurs favorables seraient d’un meilleur rendement. |
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En dépit des inconvénients de la méthode, nous avons pensé que les conseils de révision nous donnaient le moyen classique d’obteuir une représentation proportionnelle au nombre des habitants masculins (l’anthropologie des femmes étant toujours un mystère relatif, ne concorde pas toujours très bien). Nous avons été heureux de trouver auprès des autorités administratives, militaires et civiles. la compréhension et les autorisations nécessaires.
En avril 1946, nous avons fait une enquête d’essai, pour méttre au point nos méthodes et nous rendre compte des résultats possibles lors du conseil de révision itinérant de la classe 1945, dans l'arrondissement de Quimper (soit tout le Sud-Finistère), cette région étant choisie parce qu’elle correspondait à ce que nous connaissions le mieux, à l’époque, au point de vue anthropologie préhistorique.
Puis, documenté sur ce qu’il valait mieux faire ou ne pas faire, et mieux outillé, nous avons pu, en novembre et décembre 1946, profiter du centre d’appel installé à Vannes pour réviser les conscrits du deuxième demi-contingent de la classe 1946, issus des trois départements occidentaux : Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan.
Par ailleurs, il nous à été évidemment donné de réunir, au hasard des circonstances et de nos déplacements, quelques fiches individuelles. En particulier, à l’occasion d’une enquête ethnographique, nous avons pu en 1947 étudier de plus près la population du Cap Sizun.
Au total, nous avons donc limité notre enquête, pour une première tranche, à la Basse-Bretagne et aux régions immédiatement voisines. C’est d’ailleurs la région la plus intéressante. Ille-et-Vilaine et Loire-Inférieure sont, semble-t-il, plus homogènes, et passent insensiblement aux provinces voisines: ce sont des marches. La vraie Bretagne est à l’Ouest, là où l’on parle encore breton et là où il a été parlé il n’y à pas bien longtemps.
1) Conditions de travail lors des Conseils de Révision
En général, lors des enquêtes anciennes (comme ‘celles de R. Collignon), c'était le médecin du Conseil qui prenait, quand il en avait le temps, des mesures et des observations. Intercalé dans la chaîne des « stations » successives que devaient suivre les conscrits, mais sans d’autres soucis que nos recherches, nous pouvions étudier le contingent tout entier (sauf aux rares moments de presse. où il importait de ne pas trop retarder tout le système).
Lors de l’enquête limitée à l’arrondissement de Quimper, nous avions divisé le travail, nous bornant aux diamètres mesurés avec le compas d'épaisseur et aux appréciations de couleur ; un aïde utilisait la glissière, et nous empruntions la taille mesurée par les gendarmes. Ayant constaté les défauts de cette procédure (mesures prises. par différents aides non comparables; mesures des gendarmes trop arrondies), nous avons tout mesuré nous-mêmes lors de l’en-
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quête définitive, et dictions nos chiffres à un aide qui faisait office de simple secrétaire et s’occupait en outre de relever l’état civil des conscrits.
De la première enquête, nous n’utilisons pour le présent travail que les mesures que nous avons prises nous-mêmes au Compas d’épaisseur, le reste nous ayant cependant donné des indications très utiles. Il n’est donc pas nécessaire de discuter ici les conditions souvent trop rapides et irrégulières des conseils de révision itinérants.
Au centre d'appel, il était plus facile de s'organiser pour travailler méthodiquement et régulièrement (regrettons que, pour des raisons financières faciles à concevoir, la procédure par centres d'appel n’a pas été maintenue en usage; d’autres enquêtes plus poussées auraient pu être faites, en améliorant organisation, instrumentation et en utilisant un ou deux collaborateurs sélectionnés : par suite du retour au conseil de révision itinérant, nous estimons qu'il est à peu près inutile de chercher à les utiliser, à moins de se limiter à une ou deux mesures, celles nécessaires à l’indice céphalique par exemple). Cependant, il fallait opérer rapidement, et par conséquent tous les mouvements se réduisaient à quelques réflexes automatiques. Or il est très difficile de contrôler des gestes autoimatiques, au cas où, à ce nouveau rythme, on aurait tendance à s'éloigner des conditions normalisées que l’on peut respecter dans la prise ordinaire des mensurations. En somme, c’est dans ces conditions de travail quasi industrielles, que peut influer le plus l’équation personnelle de l’opérateur.
C’est dire que nous ne cherchons pas à présenter nos mensurations comme particulièrement rigoureuses. Cependant, en dépit des écarts probables, dans l’ensemble il y a une compensation suftisante. Et surtout, le critère principal d’efficience, c’est que les erreurs n’ont pas eu une prise suffisante pour oblitérer la sériation véographique des moyennes et supprimer toute distribution raisonnable des principaux caractères, en les empêchant de se confirmer mutuellement les grandes lignes de leur répartition. Ce n’est que pour certaines mesures, telles que les dimensions nasales, qui sont petites, et pour lesquelles par conséquent l’erreur relative est plus forte, qu’on peut se demander s’il y a soit oblitération, soit distribution sans signification raciale. Nous discuterons chaque cas séparément, de même que l’influence des instruments employés. De toutes manières, nous étions tenus de nous limiter à un petit nombre de caractères, choisis parmi ceux qui nous semblaient devoir être les plus sensibles aux variations raciales, et choisis par suite des possibilités d'utiliser du matériel convenable. Si le travail était à recommencer, nous nous y prendrions certainement autrement !
Choix des sujets: en principe, nous avons mensuré tous les conscrits bretons qui se présentaient à nous, ne voulant pas influencer les statistiques par un choix qui aurait pu être inconsciemment partial. Cependant nous n’avons pas retenu: 1) quelques individus particulièrement malpropres, pour éviter d’infecter les autres cons-